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    Belgique: la "Nouvelle évangélisation vue d’Afrique" (220290)

    Une conférence critique du Père Luneau

    Namur, 22 février (APIC) Le Père René Luneau, dominicain français qui a dirigé l’édition de l’ouvrage: "Le rêve de Compostelle. Vers la restauration

    d’une Europe chrétienne?" a tenu récemment une conférence au Grand Séminaire de Namur sur la "Nouvelle Evangélisation vue d’Afrique". Dans sa conférence le Père Luneau s’est exprimé notamment à propos du rôle décisif joué

    par le christianisme dans le vieux continent, et a analysé la situation démographique dans le monde qui verra selon lui les Eglises africaines prendre un poids de plus en plus important.

    Pour le Père Luneau, l’Europe moderne est également le fruit de la Réforme protestante, de la Renaissance, du siècle des lumières, de la Révolution française, des développements nationalistes, industriels et ... militaires. Pourquoi le regard porté par l’Eglise sur le monde actuel s’est-il

    à ce point transformé depuis le Concile Vatican II qu’il paraît singulièrement "appauvri"? demande le Père Luneau. Vingt ans après la constitution de

    Vatican II sur "L’Eglise dans le monde de ce temps" (Gaudium et Spes), on

    parle, en effet, du monde moderne en termes d’aveuglement et d’orgueil, répond-il. Et de se demander: "Comment évangéliser un monde pour lequel on a

    si peu d’estime?

    De plus, a poursuivi l’orateur, s’il est vrai que l’Europe a changé la

    face du monde, quel ne fut pas le prix de cette "gloire"? La traite des

    Noirs a concerné 15 à 20 millions d’esclaves. Les traumatismes engendrés

    par la colonisation de l’ Afrique restent vivaces. Le génocide indien en

    Amérique latine a été le fait de peuples "catholiques". On ne peut parler

    de l’Europe, commente le Père Luneau, sans se souvenir de cet énorme passif: "Notre continent reste aujoud’hui encore perçu comme agressif, dominateur, conquérant" constate le religieux dominicain.

    Une nouvelle répartition démographique

    Le Père Luneau a ensuite invité son auditoire à prendre conscience de la

    nouvelle répartition démographique. En 1950, le monde comptait 2,5 milliards d’habitants. Aujourd’hui, la population mondiale a plus que doublé. En

    l’an 2000 elle comptera encore un milliard supplémentaire d’être humains.

    Dans moins de vingt ans, l’Afrique, à elle seule, aura atteint le milliard

    d’habitants.

    Ces bouleversements démographiques, a relevé le Père Luneau, le monde

    catholique les subit aussi. En 1980 , les Eglises occidentales rassemblaient 44% de la population catholique du globe, et les Eglises du Tiers-Monde

    56%.Fin 1987, ces chiffres étaient respectivement de 38% et 62%. On prévoit

    qu’avant l’an 2000, le tiers de la communauté catholique mondiale appartiendra au Tiers-Monde. Bientôt les grandes masses chrétiennes ne seront

    plus en Occident. Les Eglises africaines prendront un poids de plus en plus

    important. "Nous considérons la tradition chrétienne occidentale comme universelle. Mais elle apparaîtra de plus en plus comme provincialiste", a affirmé l’orateur.

    Il serait souhaitable que l’importance toujours croissante des Eglises

    non occidentales aboutisse à un "rééquilibrage" au sein de la catholicité.

    Car il existe entre les Eglises pauvres, majoritaires et jeunes, d’une

    part, et les Eglises riches, minoritaires et vieillissantes, d’autre part,

    un rapport de subordination en argent, en personnel et en autorisations,

    qui est de plus en plus inacceptable.

    L’Afrique, terre d’avenir pour l’Evangile

    L’orateur, qui venait de rentrer d’un séjour en Afrique, a également

    évoqué le futur Synode des évêques africains. Il n’y a pas lieu, a-t-il

    souligné, de craindre une rupture de ce côté: "l’Afrique n’est pas terre de

    schisme". Mais l’Africain a d’abord besoin de nourriture, de santé, de sécurité... or la recherche de ces biens-là est devenue pour lui essentielle.

    C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le danger de multiplication

    des Eglises afro-chrétiennes. "Finalement, que ce soit en Afrique ou en Europe, c’est le monde actuel, avec toutes ses caractéristiques, qui est le

    lieu de la Parole de Dieu et qui est promis à l’Evangile. L’Afrique a une

    population jeune et une extraordinaire croissance. Le christianisme y est

    en expansion. Mais il n’est pas dit que l’indifférence et l’athéisme n’y

    progresseront pas. Quant à l’Europe, sa sécularisation ne signifie pas athéisme. L’avenir de l’Eglise se trouve aussi en Occident. Mais il s’y trouve à travers une "tension pascale" de mort et de vie" a conclut le Père René Luneau.(apic/cip/pr/ak)

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