La Jeunesse étudiante chrétienne dénonce "la stratégie de l’élastique"
Bruxelles, 14février(APIC) Ramener la scolarité obligatoire de 18 à 16
ans en Belgique? L’idée fait son chemin. Pour le ministre de l’Education
Elio Di Rugo et son collègue néerlandophone, on peut même dire qu’elle est
mûre. Elle suscite pourtant le commentaire de la Jeunesse étudiante chrétienne belge (JEC) qui, sans se poser en défenseur inflexible de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, dénonce cependant "la stratégie de l’élastique" appliquée en matière d’éducation en Belgique.
Quand, il y a dix ans, la scolarité a été portée de 16 à 18 ans, on l’a
justifiée par le souci de donner aux jeunes, par une meilleure formation,
des chances supplémentaires d’échapper au chômage. Or, non seulement le
chômage des jeunes est tout aussi important aujourd’hui, mais le nombre des
jeunes en situation de décrochage scolaire est inquiétant. Si elle comprend
l’indignation du ministre de l’Education - "Les écoles ne sont pas des
parking!" - la JEC pose aussi la question: "Est-ce la faute des jeunes si
les écoles me savent pas répondre à leur mission faute de moyen?"
Souci pédagogique ou économique?
L’organisation de jeunesse, opposée au départ à la prolongation, constate que les gouvernements qui se succèdent "naviguent à vue, particulièrement en ce qui concerne la politique de la jeunesse. En 1983, on a voulu
camoufler les statistiques du chômage: "M. Di Rugo agit comme ses prédécesseurs". Les finances de la communauté vont mal? On parle de supprimer entre
cinq et six mille emplois d’enseignants belges, lesquels rejoindront les
jeunes de 16 ans et plus "qui iront grossir les rangs des demandeurs d’emplois. Ce n’est plus la communauté qui est concernée, mais le ministère national de l’Emploi et du Travail".
La JEC proteste contre cette politique: "Le jeu qui consiste à déplacer
le problème d’un ministère à l’autre, d’une compétence à l’autre doit cesser. Nous attendons de M. Di Rugo qu’il fasse une analye objective et correcte des besoins pédagogiques et de formation des jeunes du secondaire, et
plus particulièrement du technique et du professionnel, du personnel d’encadrement indispensable aux écoles, cela dans le but offrir aux jeunes un
maximum de chances d’insertion au niveau professionnel et humain".
A cause des jeunes...?
Le système de formation en alternance n’a rien changé, note la JEC, qui
dénonce ce qu’elle appelle la stratégie de l’élastique". Depuis 1983, la
création de l’Enseignement à horaire réduit a suscité, malgré les moyens
dérisoires, des expériences de formation en alternance. Et la JEC de faire
remarquer que cela a permis à des jeunes en rupture scolaire de se réapproprier un savoir tout en apprenant un métier. "Pour jouer son rôle d’insertion réelle, le contrat de formation en alternance doit être valorisé par
un salaire".
Selon le mouvement de jeunesse, "le problème de fond demeure: il n’y a
pas d’emplois à la clé en suffisance dans les entreprises, et les contrats
d’emploi légaux prévus pour les jeunes stagiaires sont réservés à une minorité sélectionnées". C’est pour cette raison, et non "à cause des jeunes",
comme le prétend le ministre dans une interview, que la formation en alternance n’a pu se développer. De plus, fait-on remarquer, les employeurs et
les syndicats ne jouent pas le jeu. La JEC se demande "ce qu’on attend pour
mener enfin une politique cohérente pour les jeunes et plus spécialement
pour les plus exposés d’entre eux; ce qu’on attend pour aborder les vrais
problèmes...?"
Question sans réponse
En proposant de ramener la scolarité à 16 ans, le ministre se débarrasse
d’une partie des vrais problèmes, estime-t-on dans les milieux de jeunesse.
Les jeunes libérés de l’obligation scolaire à 16 ans auraient droit au chômage? Réponse du ministre: "Les jeunes doivent faire leurs expériences".
Cela veut-il dire qu’ils n’auraient pas droit au chômage et que, vu leur
peu de formation, ils n’auraient aucune chance d’assurer leur autonomie
dans la société? qu’ils sont condamnés à vivre aux crochets de leurs parents ou à la petite délinquance? que les projets exprimés par le ministre
et les enquêtes médiatisées dont il a pris l’initiative "ne sont que des
coups de pub?" que la communauté francophone de Belgique, qui déjè gère
parcimonieusement sa politique de formation permanente des jeunes, n’a aucun projet pour toute une partie de la jeunesse en décrochage scolaire?
Bref, dit la JEC, "que la communauté et son ministre de l’Education n’ont
aucune réponse pour les jeunes exclus du système scolaire et, au-delà, de
la société?"
"Nous ne sommes toujours pas des défenseurs inflexibles de la scolarité
obligatoire jusqu’à 18 ans, assurent les responsables de la JEC, mais il
nous apparaît essentiel qu’une mesure la ramenant à 16 ans soit accompagnée
de mesures et de moyens pour assurer le suivi du public prioritaire et précarisé qui est concerné par cette disposition. En d’autres termes, quelles
seront les structures mises en place par la communauté pour donner à ces
jeunes l’occasion de poursuivre leur formation, pour avoir accès au marché
de l’emploi, pour devenir des acteurs à part entière de la société, en faisant des expériences positives?" (apic/cip/pr)