Belgique: L’enthousiasme né du grand (280689)
Bruxelles, 28juin(APIC/CIP) Plus d’un mois après le grand Rassemblement
oecuménique de Bâle, l’enthousiasme des participants n’est pas retombé.
Trois d’entre eux ont, lors d’une table ronde organisée le mardi 27 juin à
Bruxelles, relevé la "dimension historique" de cet événement : la précédente rencontre des Eglises d’Europe remonte bien au-delà de la Réforme et même de la rupture avec l’orthodoxie en 1054. En fait, il faut remonter
jusqu’au second Concile de Nicée, en 787, mais c’était en Asie mineure !
"Le fait même de s’être réunis est extrêmement important, plus encore
que les documents qui ont été élaborés", a estimé le Père John Lucal, de
l’Office catholique d’information sur les problèmes européens (OCIPE).
D’ailleurs, a-t-il poursuivi, le cardinal Martini, archevêque de Milan et
président du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE), en
convenait lui-même: "Le document final de Bâle n’est pas un chef d’oeuvre,
mais c’est une base possible pour un chemin ultérieur. C’est une plateforme
sérieuse à partir de laquelle on peut travailler en commun".
"L’Acte unique des Eglises chrétiennes d’Europe"
Le grand effort de concertation oecuménique qui a trouvé, en Europe, un
point culminant dans la rencontre de Bâle, plonge ses racines, pour une
part, dans un "oecuménisme social" auquel le mouvement "Life and Work" (Vie
et Travail), fondé en 1927 par l’archevêque luthérien suédois d’Uppsala, a
donné une impulsion décisive. Autres racines: l’effort pour une unification
et une intégration de l’Europe. La rencontre de Bâle représente en somme
"l’Acte unique des Eglises chrétiennes d’Europe", a relevé le Père Lucal,
par analogie avec le document établissant l’ouverture du grand marché intérieur entre les pays de la CEE à l’horizon de 1992/93.
En fête et en marche
"C’était la fête permanente", a témoigné pour sa part Colette Coppieters, du Service oecuménique européen pour le développement. Et cela n’a
été possible que parce que le Rassemblement a d’abord été imprégné de la
foi des uns et des autres, une foi capable de dissiper "l’air lourd et
raréfié des vieux couplets".
Malgré la difficulté d’aborder les problèmes jusque dans leurs dimensions mondiales, les interpellations ont été très différentes et fort impliquées dans la vie sociale, politique et économique. Colette Coppieters
en résume ainsi les grands axes. Sur la justice: "Le monde ne peut plus
continuer selon le modèle: les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent". Sur la paix: "Il est urgent d’organiser le monde autour de la
paix, au lieu de se prémunir contre la guerre". Sur la sauvegarde de la
création: "C’est un vaste appel oecuménique à un Nouvel Ordre Ecologique
International".
Un tiers de femmes parmi les délégués des Eglises habituellement si masculine: voilà qui a réjoui Colette Coppieters. S’y ajoutent la qualité des
grandes célébrations oecuméniques et la marche originale qui a permis à
quelque 5.000 personnes de divers pays de se promener le long du Rhin et de
franchir, sans pièces d’identité, les trois frontières suisse, allemande et
française. Cela ne préfigure-t-il pas ce que pourrait être l’Europe de
1992/93 quant à l’accueil des travailleurs migrants et des réfugiés? se
sont demandés les marcheurs.
Un renversement copernicien
Quant au pasteur Marc Lenders, de l’Association oecuménique pour Eglise
et Société, il a souligné que le Rassemblement de Bâle avait été "vraiment
oecuménique". Selon lui, "il n’était plus question, cette fois, de la participation de telle ou telle confession au simple titre d’observatrice.
Toutes les Eglises étaient sur pied d’égalité.
"Bâle, a ajouté le pasteur Lenders, c’était aussi autre chose qu’une
grande conférence oecuménique. D’abord, c’était une vaste célébration. Ensuite, ce n’était pas une réunion au sommet, d’où il faudrait après redescendre vers la base, mais un point d’aboutissement de tout un travail antérieur de concertation depuis la base et avec dialogue interconfessionel.
A leur arrivée à Bâle, les délégués des différentes Eglises ont d’ailleurs
reçu sur le thème de la rencontre un document de travail qui, à leur plus
grande joie, avait été enrichi - et non nivelé - par des milliers d’amendements apportés au préalable de divers côtés. Et à Bâle, quelque 500 nouveaux amendements ont été apportés pour faire de ce texte de 32 pages le
document final du Rassemblement; il a été voté par 504 délégués présents le
dernier jour. Même si ce document a des points faibles - par exemple, quant
au regard porté sur l’économie -, il a l’avantage d’être l’émanation, la
cristallisation de ce qui se vit vraiment dans les Eglises".
Autre grande leçon que Marc Lenders retient de l’événement de Bâle: "Il
nous faut réimaginer des pèlerinages, des marches en avant, pris en charge
par tous les chrétiens. Tout en évitant, bien entendu, le risque d’un eurocentrisme. Car je crois beaucoup au travail en commun et aux célébrations
en commun pour manifester l’unité de notre témoignage. Le rôle des Eglises
n’est pas de faire tout le travail nécessaire dans une société, notamment
pour faire avancer la justice. Le rôle des Eglises, je le vois volontiers
dans l’optique de ce théologien qui disait: "Si nous regardons le monde
sans Dieu, nous avons une fausse vision du monde. Si nous regardons Dieu
sans le monde, nous avons une fausse vision de Dieu". (apic/cip/pr)