"Gagner sa vie" ou "faire de l’argent"?
Bruxelles, 12février(APIC) Les manoeuvres boursières purement spéculatives doivent être assimilées à un vol, lequel doit être pénalisé: c’est la
conclusion d’une réflexion menée sur l’enrichissement spéculatif par la
Commission belge Justice et Paix de la partie francophone du pays.
Hier en France, aujourd’hui en Belgique ou ailleurs, la spéculation oblige des Etats à dépenser en quelques jours des sommes énormes pour défendre leur monnaie. On a vu des entreprises rentables rachetées et démantelées uniquement pour assurer le monopole d’un produit; un périodique financier vanter la possibilité de faire des gains en bourse de l’ordre de 20
à 50% en quelques mois... Ces pratiques, que Justice et Paix distingue néamoins "des pratiques professionnelles saines du métier de banquier ou des
opérations financières normales", ont amené la Commission à réfléchir sur
cette utilisation de l’argent et à prendre position.
Justice et Paix fait la distinction entre "gagner sa vie" et "gagner de
l’argent". Par le premier terme, la Commission désigne "les pratiques par
lesquelles quelqu’un, en échange de services rendus à la collectivité ou de
risques pris dans cette perspective, reçoit une rétribution proportionnée".
A l’inverse, le second terme désigne "les pratiques par lesquelles certaines personnes obtiennent parfois des sommes considérables sans rendre aucun
service à la collectivité, voire même en lui étant nettement préjudiciables".
La Commission range dans la seconde catégorie "les manoeuvres boursières
purement spéculatives et déstabilisatrices" - à distinguer, selon elle, de
la "gestion saine et rationnelle des portefeuilles de placement" -; ou encore les OPA (offres publiques d’achat) "qui, s’écartant des finalités normales de ces pratiques, ont pour seul but de faire un profit immédiat (ou à
long terme, comme dans le cas des monopoles) sans souci des autres conséquences de l’opération".
Vol...
La définition fournie par Justice et Paix couvre en fait des pratiques
économiques qui visent "des bénéfices complètement disproportionnés en regard des services rendus ou des risques pris". Des pratiques qui ne "font"
pas vraiment de l’argent, ajoute la Commission, mais "le prennent ailleurs".
Ainsi, les millions que certains s’approprient lors de spéculations sur
les monnaies se paient en dernière analyse par les contribuables et par les
allocataires sociaux, affirme la Commission. "Racheter des entreprises dans
le seul but de les démanteler prive des centaines de travailleurs de leur
emploi et les met à charge de la collectivté. Les plantureux bénéfices tirés de certaines opérations commerciales ou financières avec le tiers monde
se paient aussi, soit directement par les populations locales, soit par une
destruction massive de l’environnement. De manière générale, ces gains démesurés sont illégitimement mis à la charge d’autres". Pour cette raison,
Justice et Paix estime que "la qualification éthique qui convient à ce type
d’enrichissement est celle du vol. Même s’il s’agit de comportements plus
complexes que le vol d’un billet de 1000 francs dans la poche de son voisin".
Justice et Paix en appelle à la conscience éthique des populations pour
que, dénonçant et réprouvant de telles pratiques, elles n’hésitent pas à
les considérer comme des vols. En critiquant aussi une culture ambiante qui
estime normal de s’enrichir sans contrepartie justifiée. La Commission demande enfin aux pouvoirs publics "d’adopter et d’appliquer des normes juridiques et des mesures techniques de nature à entraver de tels gains disproportionnés et à les pénaliser". (apic/cip/pr)