"C’est le travail à la base qui donne sa noblesse à la politique"
Bruxelles, 19avril(APIC/CIP) "Je me considère comme représentant de la
base sans frontière". C’est par ces mots que Jef Ulburghs, prêtre limbourgeois (Belgique) de 67 ans, s’est présenté le 19 avril à Bruxelles devant
les journalistes auxquels il a remis un bilan d’activités fraîchement
rédigé: "Quatre années au parlement européen". Prêtre, Jef Ulburghs est en
effet également parlementaire européen.
Une jeunesse à Zoder, petit village limbourgeois d’agriculteurs et de
mineurs, puis 27 ans passés dans la région liégeoise en qualité de séminariste puis de prêtre, avant de poursuivre dans le Limbourg, une fois créé
le diocèse de Masselt, son engagement parmi les mineurs et les immigrés:
voilà les grands axes du parcours de Jef Ulburghs. Avec, pour finir, un
mandat de parlementaire européen. "Ce n’est pas moi qui ait brigué un mandat politique, explique-t-il, c’est le petit peuple des sans-voix, des
sans-pouvoir qui me l’a confié".
"La politique par en bas"
Arrivé au terme de son mandat européen, le prêtre parlementaire est prêt
à "replonger dans la base", qu’il a mis un point d’honneur, en tant que
chrétien et socialiste, à ne jamais quitter. "J’ai opté, dit-il, pour la
politique la plus noble: celle qui se fait par en bas, pour mieux être la
voix des sans-voix, des démunis, des immigrés, des déconsidérés". le prêtre
parlementaire a donc choisi de collaborer avec des groupes de base, "qui
collent à la réalité sociale et disposent d’experts bénévoles bien plus motivés que certains bureaucrates européens fort bien rémunérés".
Comment Jef Ulburghs concilie-t-il son ministère de prêtre et son mandat
de parlementaire? "D’abord, répond-il, l’option d’être la voix des plus
démunis correspond à des critères évangéliques. Et je peux me flatter
d’avoir présenté à Strasbourg un rapport sur l’Europe sociale, c’est-à-dire
sur 30 à 40 millions de pauvres pour qui l’Europe n’existe pas!" Durant ces
quatre ans, le prêtre parlementaire a entre autres obtenu que le parlement
européen se penche d’urgence sur des problèmes d’actualité comme le sort de
certains prisonniers politiques d’Amérique latine, ou de certains défenseurs des droits de l’homme à l’Est comme à l’Ouest.
Quelle Europe pour les pauvres en 1992 ?
En optant pour un socialisme vrai et une radicalité évangélique, fait-il
remarquer, "je ne crois pas avoir trahi mes origines. Du reste, je ne me
suis pas enrichi. Beaucoup le font sur le dos de l’Europe. Moi, j’ai plutôt
peur de l’Europe des riches, du grand marché européen que l’on prépare pour
1992. Car quelle Europe y aura-t-il demain pour les pauvres ?"
Jef Ulburghs, qui ne nie pas que son rôle politique comme prêtre lui
vaut des sympathies mais aussi des incompréhensions, déclare que s’il était
dans un autre diocèse que le sien, il serait peut-être déjà suspendu dans
l’exercice de son ministère. Mais, ajoute-il, "je n’entend ni défier mon
évêque ni compromettre ma mission de prêtre". (apic/cip/pr)