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    Belgique: Jacques Delors au Forum européen des laïcs (070792)

    "Donner une nouvelle âme à l’Europe"

    Anvers, 7juillet(APIC) "Si dans les dix ans qui viennent, nous n’avons

    pas réussi à donner une âme, une spiritualité, une signification à l’Europe, nous aurons perdu la partie". C’est ce qu’a déclaré lundi à Anvers,

    Jacques Delors, président de la Commission européenne, devant les participants au Forum européen des laïcs.

    L’année 1992 est une année charnière de la construction européenne, a

    rappelé Jacques Delors. Le traité de Maastricht marque une nouvelle étape.

    C’est la fin de la phase économique de la construction de l’Europe. Le débat sur le sens de l’union européenne, estime J. Delors, devient un enjeu

    politique majeur. "On ne réussira pas l’Europe uniquement avec l’habileté

    juridique ou le savoir faire économique. Il est impossible de mettre en

    pratique les potentialités de Maastricht sans souffle."

    Pour le président de la Commission européenne, il s’agit de remettre en

    question notre modèle de consommation et de démocratie: "Voulons-nous une

    Europe fermée sur elle-même et entourée d’un mur de Jéricho? Voulons-nous

    transmettre à nos enfants un continent marginalisé dont les citoyens ne rêvent que d’un deuxième frigo et d’une deuxième voiture?" "La démocratie ne

    va pas très bien à l’Ouest", où l’on a "perdu le sens de la responsabilité

    et de la solidarité".

    Jacques Delors a désigné quatre préoccupations majeures. Le risque principal est pour lui le matérialisme qui entraine la médiocrité culturelle et

    soumet la société à l’influence des émotions superficielles orchestrées par

    les médias. Ce qui finit par dégôuter le citoyen de la politique. Le deuxième enjeu est l’entrée dans une ère post-nationale qui invite à mieux gérer les interdépendances entre les pays. Les Européens restent trop passifs

    devant la montée de la pauvreté et peu pressés de repenser le dialogue

    Nord-Sud. La troisième question est celle du choix entre un élargissement

    et un approfondissement de la Communauté européenne. Les deux options sont

    nécessaires, insiste Jacques Delors, pour que l’Europe ne devienne pas "une

    grande zone de libre échange sans aucune politique sociale, écologique et

    scientifique". A propos le l’Europe orientale, J. Delors dit ne pas tenir à

    une adhésion prématurée à la Communauté.

    Le rôle des Eglises

    Par ailleurs, avec le Conseil de l’Europe, le président Delors réclame

    une "Charte de la bio-éthique" pour affirmer la priorité de la personne humaine sur les objectifs de profit. Il attend "que les Eglises se fassent

    entendre sur ces enjeux fondamentaux".

    Le christiannisme est un facteur constitutif très important de notre histoire commune, souligne J. Delors. "Il n’y a pas un endroit au monde où

    soient mieux harmonisées les relations entre les individus et la société.

    Cela est dû, à mon avis, à l’influence du christianisme. La société américaine est plus individualiste, alors que la société japonaise est plus

    communautaire. Les douze chefs d’Etat sont d’accord sur ces deux dimensions, mais il manque du soufle à notre vision."

    A propos de l’immigration, J. Delors renvoie à un double problème à

    coordonner sur la base d’un option morale d’ouverture ou de fermeture: la

    maitrise des flux migratoires et l’intégration des étrangers dans nos

    sociétés. Et le président de conclure: "l’Europe sera grande si elle

    apporte à ces questions une réponse satisfaisante, sinon elle n’intéressera

    plus personne." (apic/cip/mp)

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