Belgique: inventaire des archives du Concile Vatican II (240489)
Louvain-la-Neuve, 24avril(APIC/CIP) La Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique) annonce la publication d’un
premier volume consacré à l’inventaire des archives dont elle dispose sur
le Concile Vatican II. Ces archives sont d’une grande importance pour
apprécier le rôle historique du Concile, comme cela fut souligné lors d’une
rencontre organisée le 22 avril à la Faculté.
Cette rencontre portait précisément sur un volet de l’histoire du Concile Vatican II, qu’étudie le Séminaire Lumen Gentium dans le cadre de la Faculté de théologie. Les archives sur le Concile sont actuellement regroupées en trois fonds: le fonds Moeller, le fonds Thils et le Fonds Houtart.
L’inventaire a été réalisé sous la direction du professeur Claude Soetens
et paraîtra sous le titre "Concile Vatican II et Eglise contemporaine" dans
les cahiers de la "Revue Théologique de Louvain". La constitution d’un Comité intercontinental chargé de repérer les archives concernant Vatican II
en vue de la publication d’une histoire du Concile à l’échelle mondiale a
en outre été annoncée.
L’histoire d’un document
Les constitutions, décrets et déclarations du Concile Vatican II ont
tous une histoire, plus ou moins longue. Le Séminaire tenu à Louvain-laNeuve a consacré sa récente séance à l’histoire de la Constitution pastorale "Gaudium et Spes" sur "l’Eglise dans le monde de ce temps", texte promulgué au terme du Concile, le 7 décembre 1965.
Au moment de l’ouverture du Concile, le 11 octobre 1962, aucun texte
n’était pourtant prévu sur ce sujet et aucune des dix commissions constituées n’en était chargée, rappelle le professeur Houtart, qui participa à
l’élaboration du document. En fait, explique-t-il, depuis la première annonce du Concile en janvier 1959, un rétrécissement des perspectives
s’était opéré, malgré les appels répétés du pape Jean XXIII pour que le
Concile discerne "les signes des temps" et s’intéresse à la pauvreté, aux
inégalités dans la société et à la paix dans le monde.
Pour François Houtart, un évêque comme Dom Helder Camara a joué un rôle
important pour la prise en compte par Vatican II des problèmes concrets de
l’humanité. L’ancien archevêque d’Olinda et Récife, au nord-est du Brésil,
comptait moins sur les assemblées plénières pour faire progresser les perceptions que sur les contacts informels. Aussi multiplia-t-il les initiatives de rencontres, notamment entre les secrétaires des épiscopats de
différents pays.
Le professeur Houtart relève aussi l’action du cardinal Leo-Joseph Suenens (Belgique) qui, en décembre 1962, réunit au Collège belge de Rome une
cinquantaine d’évêques pour amener le Concile à consacrer un document aux
grandes questions de la société.
L’Eglise et les faits sociaux
Un bon quart de siècle s’est écoulé depuis Vatican II mais l’histoire de
"Gaudium et Spes" et de ses répercussions est très instructive, souligne
François Houtart, qui propose en finale trois réflexions.
Comment articuler la réflexion théologique et l’observation des réalités
concrètes? Cette difficulté, très ressentie au Concile, subsiste encore.
Elle n’est pas propre à l’Eglise: c’est tout le problème du passage d’une
pensée théorique et abstraite voire métaphysique à une pensée qui se nourrit de l’analyse des phénomènes observés.
Dans la préparation des textes conciliaires, les discussions ont été
traversées par des références implicites aux grandes conceptions modernes
de l’homme et de la société. "L’Eglise a donc tourné la page de l’Ancien
Régime", observe le professeur Houtart. Mais, ajoute-t-il, l’Eglise s’est
adaptée avec optimisme aux valeurs du libéralisme bourgeois, sans trop remettre en cause la société. Le Concile, de plus, qui est resté fort centré
sur l’Europe et son analyse de société très marquée par l’idée de couches
sociales, tient peu compte d’une opposition de fait entre groupes ou entre
classes.
Enfin, toujours selon François Houtart, les nombreux développements suscités par "Gaudium et Spes" se sont surtout produits dans les Eglises non
européennes. Les encycliques récentes, ajoute-t-il, sont même "en retrait"
par rapport au document conciliaire quant à la manière de lire les phénomènes sociaux. Malgré un vocabulaire nouveau, l’analyse reste liée à une vision de société que Vatican II essayait précisément de dépasser.
(apic/cip/pr)