Belgique: expulsé du Chili il y a 2 ans, le prêtre Pierre Dubois (020289)
Louvain-la-Neuve, 2février(APIC) Expulsé du Chili il y a 2 ans, le prêtre
français Pierre Dubois était, le 30 janvier, de passage au monastère SteGertrude de Louvain-la-Neuve, en Belgique. Il a témoigné au sujet de la
résistance des pauvres à Santiago, notamment dans le quartier populaire de
la Victoria, son ancienne paroisse dont il reste canoniquement le curé.
Pierre Dubois était au Chili le confrère d’un autre prêtre français, André
Jarlan, tué d’une balle dans la nuque par les militaires.
"La dictature chilienne continue de vouloir apparaître comme chrétienne
et démocratique, alors qu’elle est païenne et totalitaire", commente Pierre
Dubois. Pour ce dernier, cette hypocrisie est entretenue dans un but
précis: "Obtenir des défenseurs des droits de l’homme et de l’Eglise en
particulier, qu’ils ferment les yeux". Comme le régime de Pinochet ne parvient pas à obtenir toute la complicité passive dont il a besoin, poursuitil, "il cherche à diviser. Au nom de la sécurité nationale. On oppose, par
exemple, les ’bons’ chrétiens et les autres, les ’mauvais’, les infiltrés".
Les manoeuvres de la dictature chilienne pour diviser les gens sont
nombreuses et habiles, constate le prêtre français. C’est pourquoi, relèvet-il, sous le poids de la répression, les Chiliens ne voient pas d’emblée
comment réagir. Et d’affirmer: "Depuis le coup d’Etat du général Pinochet
en 1973, la situation des pauvres n’a cessé d’empirer: chômage, dégradation
de la santé, sous-alimentation d’un enfant sur trois ou quatre dans les
’poblaciones’ et absence d’horizon pour les jeunes..."
Le ballon contre les robots
Et pourtant, raconte Pierre Dubois, les pauvres ont appris à organiser
leur résistance. Ainsi, pour décompresser la "psychose de guerre" alimentée
par la présence massive des militaires à la Victoria, on s’est mis à jouer
au ballon en pleine rue. Un groupe de femmes a fini par imiter les enfants.
Et un jour ou des véhicules de police ont voulu foncer dans le quartier,
elles leur ont barré le chemin avec leur jeu.
"Evidemment, pour que la population d’un quartier résiste et obtienne le
départ de la police, il faut s’entendre, car il y a toujours un risque à
courir. Mais si on est plusieurs à l’assumer, on devient une véritable force morale", souligne Pierre Dubois. Et de citer l’exemple des manifestatons
surprises de trois minutes: la dispersion rapide empêche les arrestations;
et si un manifestant est arrêté, des gens se précipitent en nombre autour
des véhicules de police, prêts à s’y engouffrer avec celui qui a été pris.
Autre "arme "utilisée par les plus pauvres: les bougies, qu’ils allument
par milliers et qui, devant les armes des militaires, donnent une étrange
impression de force. "L’humour est une arme considérable pour transformer
quelqu’un. Quand les militaires ont été dressés comme des robots pour s’attaquer aux ’mauvais’, explique encore le prêtre, il faut trouver le moyen
de solliciter chez eux les restes d’humanité et non les réactions des robots". Au fond, conclut-il, les armes des militaires alimentent la logique
de la guerre et du profit. C’est cette logique qu’il faut briser: on
n’arrête pas le capitalisme avec un fleuve de sang, disait André Jarlan,
mais en tarissant le fleuve d’argent qui l’alimente".
Aujourd’hui, Pierre Dubois est chargé des exilés chiliens en France, en
Belgique et en Suisse. Sans oublier qu’il est lui-même un exilé... "Depuis
que je suis moi-même exilé du Chili, ou j’ai passé 23 ans, et que je me
retrouve en Europe, je perçois, à travers mille détails, l’incompréhension
vis-à-vis des étrangers qui sont à notre porte". (apic/cip/pr)