Belgique: Eglise anglicane, laïcs et accession des femmes au (090589)
Hasselt, 9mai(APIC/CIP) Invité à s’exprimer à l’occasion d’un récent
séjour en Belgique, l’évêque anglican John Dennis, accompagné de deux de
ses collaborateurs prêtres du diocèse de Saint Edmundsbury, dans la province anglaise du Suffolk, a donné une conférence sur les défis actuels auxquels doit faire face l’Eglise anglicane. La spiritualité anglicane, l’accession des femmes au sacerdoce, les vocations dans l’Eglise et le rôle des
laïcs, notamment, ont été placés au centre des débats.
Il n’y a pas, à proprement parler, de spiritualité anglicane typique. La
Communion Anglicane est plutôt traversée de divers courant - venant des
Eglises protestantes, évangéliques, catholiques et des Eglises libres - qui
s’influencent mutuellement. S’il n’y a pas de spiritualité propre, il y a
néanmoins une identité du peuple des croyants, souligne Mgr Dennis. "The
Common Book of Prayer", le grand livre de la liturgie anglicane qui date de
1662 mais dont la dernière révision remonte à 1980, est là pour en
témoigner.
A travers l’histoire, rappelle Mgr Dennis, l’Eglise anglicane a été
amenée à privilégier deux grands moments dans la Liturgie des Heures qui,
dans la liturgie catholique, en comporte toujours sept. Il s’agit de la
prière du matin et de la prière du soir, rassemblements liturgiques de et
pour la communauté. Et si l’eucharistie elle-même était passée à l’arrièreplan, il faut y voir l’effet indirect de la place de plus en plus centrale
accordée à la prière de choeur.
Prêtres et laïcs
En ce qui concerne les vocations sacerdotales, très en recul dans les
années 60 et 70, elle est stable aujourd’hui. Mgr Dennis y voit plutôt un
signe des temps. "Que nous dit Dieu dans notre situation?", se demande-til, en constatant qu’il y a trop peu de prêtres (185) pour prendre en charge chacune des 449 paroisses du diocèse. Il lui semble, dès lors, que Dieu
renvoie la question: "Faut-il un prêtre résident dans chaque paroisse? Ne
faut-il pas compter sur un rôle plus important des laïcs?"
De fait, l’évêque mise sur la coresponsabilité des laïcs. Et donc sur
leur formation: "C’est une des grandes priorités du diocèse". Ainsi un des
prêtres collaborateurs de l’évêque assure-t-il chaque semaine un cours de
formation biblique pour des laïcs. Ceux-ci étant appelés, par la suite, à
devenir officiellement "lecteurs", donc à faire l’homélie et à assumer la
responsabilité de certains services. La fonction de lecteur, dans l’Eglise
anglicane, n’est pas un ministère ordonné.
95% des prêtres anglicans sont mariés. S’agissant de la spiritualité des
laïcs, on observe chez de nombreux croyants le refus d’imiter la "famille
cléricale". En réalité, c’est la bible qui est la principale source d’inspiration. Sur l’espace de trois à quatre ans, des programmes de lecture
et de réflexion permettent de parcourir toute la Bible en famille. Cette
lecture s’accompagne souvent de chants et de réflexions. En outre, de
nombreux petits groupes permettent d’approfondir et d’étudier la Bible ensemble.
Une Eglise synodale
"L’Eglise anglicane est une Eglise synodale", se plaît à insister Mgr
Dennis. A tous les niveaux, explique-t-il, la coresponsabilité des prêtres
et des laïcs se traduit par un droit à prendre ensemble les décisions. Et
si le collège épiscopal est représenté pour toute l’Angleterre par 50
membres dans la "House of Bishops", et les prêtres par 250 membres dans la
"House of Clergy", il y a également 250 laïcs dans la "House of Laity".
Il est sans doute paradoxal, ajoute l’évêque de Saint Edmundsbury, que
l’Eglise anglicane soit une Eglise épiscopale. C’est même une sorte de
"monarchie constitutionnelle". Mais l’influence de l’évêque, très importante au plan moral, est aussi la manifestation visible de la caractéristique
de l’Eglise: sa présence rappelle à chacun qu’il est membre du peuple de
Dieu.
Accession des femmes au sacerdoce
Verra-t-on demain des femmes prêtres en Angleterre, voire même évêque
comme celle qui fut ordonnée il y a quelques mois dans l’Eglise épiscopalienne à Boston? En dehors de la doctrine, chaque Eglise locale au sein de
la Communion Anglicane a le pouvoir de décider par elle-même, répond Mgr
Dennis. Ce qui ne signifie pas que les problèmes soient forcément plus faciles à résoudre. En Angleterre, rappelle l’évêque, il n’y a pas encore de
femme prêtre. Mais il y a des diaconnesses qui sont ordonnées: leur institution dans l’anglicanisme remonte à une centaine d’année, mais elles ne
sont reconnues comme membres du clergé en Angleterre que depuis quatre ans.
En Amérique, l’Eglise épiscopalienne permet depuis plusieurs années aux
femmes d’être ordonnées prêtres: la possibilité qu’elles soient également
ordonnées à l’épiscopat en dérive logiquement.
On n’en est pas encore là en Angleterre, ou l’ordination des femmes au
ministère sacerdotal reste pour l’instant à l’état de question. Les objections qui sont formulées ne sont pas de nature théologique, mais pratiques.
Selon Mgr Dennis, un consensus se fera tôt ou tard sur le plan pratique.
Mais, ajoute-t-il, cela ne fera que renforcer le défi actuel lancé à
l’Eglise: comment vivre en harmonie tout en faisant droit à la diversité?
(apic/cip/pr)