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    Rwanda reçus par le cardinal Danneels

    Belgique: Des missionnaires rentrés du (030594)

    "Que vont devenir nos communautés ?"

    Malines, 3mai(APIC) Une trentaine de missionnaires belges rentrés depuis

    quelques jours du Rwanda, ainsi que des représentants du Comité des Instituts Missionnaires, ont été reçus lundi à l’archevêché de Malines, répondant ainsi à l’invitation du cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles. Les missionnaires, originaire de l’archidiocèse, ont plaidé avec chaleur la cause du Rwanda, préoccupés qu’ils sont par le destin

    des communautés laissées sur place.

    "Que vont devenir nos communautés ?". La plupart des prêtres sont partis

    la mort dans l’âme et vont parfois jusqu’à se reprocher d’avoir dû "abandonner" leurs fidèles. Ils se sentent, aujourd’hui encore, responsables de

    leurs communautés.

    La haine à la radio

    Tous ont mis l’accent sur le fait que les troubles avaient été fomentés

    par des groupes minoritaires qui ont voulu donner une ampleur ethnique au

    contentieux politique sur les suites à réserver aux accords d’Arusha. Les

    maux qu’on déplore aujourd’hui dans le pays ont néanmoins des causes plus

    profondes et multiples, et peuvent avoir des racines très anciennes.

    Un fait est sûr : Radio Mille Collines et La Radio se sont livrées à une

    campagne systématique de dénigrement voire de "haine". Or, ces deux radios

    sont les seuls sources d’information en dehors de l’émetteur national, qui

    ne fournit que des nouvelles officielles, privilégiant forcément le point

    de vue gouvernemental. De plus, le pays n’ayant pas de journaux, les deux

    radios avaient une large audience et, en l’absence de toute concurrence,

    elles ont pu répandre à leur aise leur message de terreur. Elles ont ainsi

    contribué à générer une situation d’hystérie collective. Ce qui, selon les

    missionnaires belges, explique en partie l’étendue du "carnage".

    Les missionnaires ont également fait remarquer que, depuis des années,

    les cours d’éducation civique entretenaient également la haine. On y

    gonflait les méfaits du colonialisme et les abominations des Tutsis, et on

    y exagérait les tensions et les oppositions ethniques. Celles-ci ont sans

    doute aussi été avivées par les pressions suscitées du dehors par certains

    Rwandais qui, depuis leur exil à l’étranger, préparaient la confrontation.

    Une jeunesse désespérée

    S’y ajoute la situation économique lamentable où se trouve le Rwanda :

    un pays très peuplé, avec une population très jeune dont la plupart ne

    trouvent plus un lopin de terre. La réaction, devant cette situation, y

    compris dans l’Eglise, reconnaissent les missionnaires, était assez souvent

    de laisser tomber les bras. On n’y a donc pas bien perçu ce que signifie la

    montée de toute une jeune génération sans projets d’avenir.

    De plus, la plupart de missionnaires ont été frappés par l’extension

    qu’a prise, ces dernières années, à la manière d’un mode de vie, "la culture de la drogue", expliquant peut-être aussi l’explosion "diabolique" de

    ces dernières semaines. Autre facteur à ne pas sous-estimer, la frustration

    permanente de n’avoir pas devant soi un avenir de paix. Comment ne pas se

    sentir victime d’une manipulation permanente, se demandent même certains

    missionnaires ?

    Un pays "christianisé" ?

    L’Eglise du Rwanda a sans doute joué un rôle ambigu, pour avoir été au

    moins partiellement identifiée avec le pouvoir. Certes, le Rwanda est le

    pays le plus christianisé d’Afrique, avec une intense vie sacramentelle et

    des manifestations très pieuses, mais "la foi semble avoir relativement peu

    d’impact sur les comportements quotidiens", constatent des missionnaires

    belges.

    L’Eglise est pourtant très appréciée pour son engagement social et sa

    contribution à l’édification d’un état de droit. Plusieurs la considèrent,

    en outre, comme un moyen de s’élever dans l’échelle sociale. Ce qui ne veut

    pas dire, précisent néanmoins les rapatriés, qu’il n’y ait pas de profondes

    et authentiques aspirations spirituelles.

    Des espoirs pour demain

    Reste une oeuvre patiente à reprendre et à laquelle l’Eglise a jusqu’ici

    grandement contribué, remarquent les missionnaires ; bâtir une société plus

    solidaire. Malgré tout, la promotion de l’entraide entre les personnes a

    produit des fruits réels et remarquables, soulignent les prêtres et religieuses rentrés du Rwanda. Cette entraide constitue pour beaucoup un signe

    encourageant. Le soutien mutuel est d’autant plus impressionnant qu’il se

    pratique entre Hutus et Tutsis.

    C’est là, sans doute, que résident les meilleurs espoirs d’une réconciliation future. Entretemps, il est à craindre que le génocide et les épidémies fassent encore plusieurs dizaines de milliers de victimes. D’où les

    appels des missionnaires pour que l’on continue à dénoncer les atrocités, à

    presser les hommes politiques de ne pas laisser pourrir la situation au

    Rwanda. L’Eglise peut-elle prendre une quelconque initiative pour amener

    les partis en conflit à négocier ? Les missionnaires s’interrogent. Au

    cardinal Danneels, ils ont surtout demandé de soutenir un projet : créer

    une nouvelle station radio pour fournir aux Rwandais une information

    équilibrée. (apic/cip/be)

    Encadré

    L’évêque de Butare serait vivant

    Quant au sort réservé à l’évêque de Butare, Mgr Jean-Baptiste Gahamanyi,

    personne ne sait encore s’il est encore en vie ou s’il a été tué. Le 28 avril, le vicaire épiscopal de Butare, Patrick Hungerbühler, avait annoncé, à

    Rome, que selon certaines informations, son évêque aurait été enterré vivant. Depuis, des soeurs de l’Institut Saint-Boniface de Detmold en Allemagne ont cependant apporté un démenti à cette information, sur la base de

    renseignements recueillis par téléphone auprès de leurs consoeurs de Bujumbura au Burundi.

    Des religieuses rwandaises qui ont pu quitter leur pays ainsi qu’un

    Franciscain croate de Kivumu ont confirmé, depuis Bujumbura, qu’ils avaient

    encore vu Mgr Gahamanyi le jeudi 28 avril, qu’il était "en lieu sûr" dans

    son diocèse, où il bénéficiait de la protection des militaires de la garnison locale. Le consul d’Italie au Rwanda, qui a effectué ces derniers jours

    plusieurs navettes entre Bujumbura et Kigali, a confirmé le 2 mai qu’il

    avait encore vu l’évêque de Butare le 30 avril et qu’il s’était entretenu

    avec lui. (apic/cip/be)

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