"Accentuez votre pression sur l’Afrique du Sud"
Bruxelles, 18janvier(APIC) Quatre personnalités religieuses mandatées par
le Conseil Oecuménique des Eglises (COE) étaient à Bruxelles le 18 janvier
pour demander aux Européens d’accroître leur pression sur l’Afrique du Sud.
"C’est la seule manière de contraindre Pretoria à négocier pour une abolition définitive de l’apartheid", ont-elles déclaré, répétant ainsi le message que la délégation avait déjà lancé trois jours auparavant à Berne.
C’est dans le cadre d’un "programme de lutte contre le racisme" approuvé
par le COE au terme d’une conférence internationale tenue en mai 1987 à Lusaka, en Zambie, qu’un groupe de personnalités a été chargé d’interpeller
les Occidentaux sur leur attitude à l’égard de l’Afrique du Sud.
"Ne soyez pas dupes!"
"Ne croyez pas que l’Afrique du Sud soit prête à changer de régime", a
insisté à Bruxelles le pasteur Frank Chicane à l’adresse des Occidentaux,
en ajoutant: "Vous vous êtes réjouis de l’aboutissement des négociations
récentes en vue d’une indépendance de la Namibie et du retrait des troupes
cubaines de l’Angola. De là à saluer ces négociations comme l’événement de
l’année 1988, j’avoue ne pas bien suivre la presse occidentale. Comme si
l’Afrique du Sud avait subitement consenti à un changement politique ou, du
moins, de mentalité". En fait, a poursuivi le pasteur Chicane, "le gouvernement sud-africain a été contraint de faire des concessions à cause d’une
modification de l’équilibre des forces en présence". Mais l’apartheid est
toujours là, "avec sa répression contre les cités noires. Jamais le gouvernement de Pretoria ne négociera une abolition de l’apartheid s’il n’y est
pas forcé par des sanctions économiques de la part notamment des pays occidentaux que nous visitons", a-t-il ajouté.
A mesure que la pression morale, politique et économique s’accentue, le
régime sud-africain prend d’ailleurs des mesures de représailles. Les Eglises en ont particulièrement fait les frais l’an dernier. A quelques semaines d’intervalle, en effet, des actes de malveillance ont entraîné une
destruction des locaux de la Conférence des évêques catholiques, ainsi que
ceux du Conseil des Eglises d’Afrique du Sud. "Comment les chrétiens peuvent-ils réagir devant cela? Je vous le répète, a dit Frank Chicane, c’est
le système d’apartheid qu’il faut abolir. Car c’est lui qui engendre toute
cette violence. Ce n’est donc pas le moment de relâcher la pression sur le
gouvernement d’Afrique du Sud", s’est-il exclamé.
Membre de la délégation, la brésilienne Lysaneas Maciel a pour sa part
demander "de ne pas se contenter des déclarations de principe. Et si la
plupart des pays se déclarent contre l’apartheid, "combien de dirigeants de
sociétés, de banquiers et d’hommes politiques prennent des décisions en
conséqence". Selon Lysaneas Maciel, "si l’on ne fait pas cela aujourd’hui,
on se rend complice de la violence de demain. Accentuons donc notre pression". (apic/cip/pr)