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    Regard et analyse sur une guerre dévastatrice (110394)

    Belgique: délégation de l’Eglise orthodoxe serbe reçue par Pax Christi

    Bruxelles, 11mars(APIC) Répondant à une invitation de Pax Christi International, une délégation de l’Eglise orthodoxe serbe a été reçue du 5 au 10

    mars en Belgique. Elle a eu d’importants entretiens avec des représentants

    du mouvement catholique pour la paix, présidé par le cardinal Danneels. La

    délégation de l’Eglise orthodoxe serbe a ensuite analysé les raisons d’une

    guerre dévastatrice. Un regard reproduit ci-dessous et posé au terme d’une

    visite de cinq jours.

    La délégation orthodoxe serbe était composée de trois personnes: Mgr Amfilohije Radovic, métropolite du Montenegro; Mgr Danielo Krnstic, évêque de

    Budapest; l’archiprêtre Dragan Terzic, responsable du bimensuel serbe "Orthodoxie".

    "Nous nous sommes sentis chez nous!", a déclaré la délégation du Synode

    de l’Eglise orthodoxe serbe après son accueil les 5 et 6 mars à l’abbaye de

    Chevetogne (Ciney), connue pour pour son ouverture oecuménique, notamment

    en direction des Eglises orientales. "Les divergences dogmatiques n’empêchent pas l’amour fraternel", a relevé la délégation devant la presse.

    Après deux journées d’études, la troisième étape de la visite, du 8 au 10

    mars, a permis à la délégation orthodoxe de nouer des contacts avec l’évêque et le diocèse d’Anvers,ainsi qu’avec des représentants d’autres Eglises.

    La visite de la délégation orthodoxe serbe fait suite à la visite que le

    cardinal Danneels avait effectuée à Belgrade, le 30 août et le 1er septembre dernier, à l’initiative de Pax Christi.

    Premières impressions

    Peu avant de regagner Belgrade, la délégation orthodoxe serbe a confié

    ses premières impressions aux journalistes. "Nous avons eu peu de temps

    pour faire connaissance avec la Belgique, dit Mgr Radovic, métropolite du

    Montenegro. Mais nous avons été sensibles au dynamisme de la communauté ecclésiale. Les difficultés linguistiques que vous connaissez peuvent vous

    aider à mieux comprendre ce que nous vivons. Chez vous, en Belgique, le litige verbal ne s’est pas transformé en guerre, mais est devenu source de

    créativité. Nous espérons qu’un jour, ce sera le cas chez nous. Et nous

    prions pour que ce jour arrive".

    Une vieille guerre

    Selon Mgr Radovic, l’Occident a été piégé par l’image trompeuse d’une

    Yougoslavie unifiée, telle que que le pouvoir communiste l’a propagée après

    la seconde guerre mondiale. "Or, quand cette guerre a pris fin, la guerre

    civile entre monarchistes et communistes chez nous n’était pas terminée. Le

    pouvoir a caché à l’opinion publique mondiale les fosses communes où des

    Serbes exécutés avaient été jetés. Le drame des Balkans, ces dernières années, c’est la reprise d’une guerre qui n’avait pas été enterrée.

    "Nos peuples se battent encore pour des frontières qui, à la différence

    de chez vous, n’ont pas été résolues au XIXe siècle. Nous pensions avoir

    trouvé des solutions. Mais il semble, après l’écroulement de la dictature

    communiste, que toutes nos victoires anciennes aient été annulées."

    Présenter le drame des Balkans comme une "guerre de religion" ne correspond cependant pas à la réalité, souligne le métropolite du Montenegro.

    "Le communisme athée a éloigné tellement de gens de la religion que la voix

    de l’Eglise aujourd’hui n’est plus entendue. Ce que nous avons vécu n’est

    pas une guerre de religion, mais une guerre civile. On y trouve, certes,

    une coloration religieuse, mais par effet absurde: ce ne sont pas les autorités religieuses, mais les chefs politiques, c’est-à-dire les anciens

    communistes qui, dans cette guerre, font appel à la religion!"

    Aussi la délégation orthodoxe serbe dénonce-t-elle l’identification abusive Eglise catholique et nation faite par le chef des Croates: "C’est encore pire que chez les Irlandais!", relève Mgr Krstic. Chez les Serbes aussi, l’identification entre l’Eglise orthodoxe et la nation peut jouer, admet la délégation, "mais chez nous c’est plus complexe". Pour les orthodoxes serbes, "la cause principale de la guerre en Bosnie a été la décision

    prématurée de reconnaître l’Etat unitaire de Bosnie".

    Avant d’obtenir son indépendance au Congrès de Berlin (1878), la Serbie,

    rappelle la délégation, a subi la loi de l’empire ottoman, dont les sujets

    privilégiés résidaient dans les villes: officiers, commerçants et artisans

    musulmans, etc. Les chrétiens serbes ont été relégués à la campagne. Or,

    les villes ne constituent aujourd’hui que 10% du territoire, relèvent les

    Serbes, qui demandent aussitôt: "Pourquoi les musulmans voudraient-ils

    plus? Si les Serbes (un tiers de la population) occupent les deux tiers du

    territoire, n’est-ce pas ce que les Ottomans ont voulu hier?"

    Les réfugiés et l’embargo

    La guerre en Bosnie a fait d’innombrables victimes et provoqué un vaste

    exode de réfugiés. Bizarrement, s’étonne la délégation serbe à Bruxelles,

    l’Occident semble ignorer l’existence de 700.000 réfugiés en Serbie, dont

    40.000 musulmans. Le métropolite du Montenegro ajoute que ces réfugiés

    sont, eux aussi, victimes de l’embargo, que le Synode de l’Eglise serbe a

    d’ailleurs jugé "inhumain et immoral". L’embargo empêche quasiment l’approvisionnement en médicaments, ce qui augmente encore le dépit de la population, qui ne s’est toujours pas remise de "50 ans d’embargo communiste".

    Mgr Radovic estime que l’embargo favorise l’accroissement du flux des

    réfugiés et sape gravement le moral d’une population où l’on voit augmenter

    le taux de suicide comme le taux de criminalité, sous l’instigation des mafias italienne, turque, serbe ou albanaise.

    Le Kosovo, une terre sainte

    Quand au Kosovo, ses "graves problèmes" résultent, selon la délégation

    orthodoxe, d’une "injustice séculaire". Le parti communiste, ayant pris la

    relève de l’occupation ottomane, a voulu faire une grande république balkanique, explique Mgr Radovic. Après la seconde guerre mondiale, 200.000

    Serbes ont été expulsés, mais les communistes n’ont pas autorisé leur retour. Certains ont voulu faire sécession et se rattacher à l’Albanie.

    Le métropolite du Montenegro précise: "Nous pensons que la population du

    Kosovo doit pouvoir disposer de tous les droits humains fondamentaux et que

    ces droits doivent également être reconnus aux minorités, comme dans toute

    démocratie. Mais appuyer le mouvement séparatiste reviendrait à préparer

    une guerre plus terrible encore que celle qui a dévasté la Bosnie." Pour

    les Serbes, relève Mgr Krstic, le Kosovo est une terre sainte, "tout comme

    Jérusalem pour les Juifs". "C’est là que se trouvent nos plus beaux monastères, nos reliques, le berceau en notre culture. Au Moyen Age, le Kosovo

    faisait partie du grand patriarcat de Pecs". "La paix ne s’impose pas"

    "Nous ne demandons pas de privilèges", insiste Mgr Krstic, "mais ne nous

    faites pas pires que nous sommes, ne nous satanisez pas ! Dieu seul peut

    savoir qui a commis les crimes qui ont été commis." Que pense la délégation

    des signes de paix qui se sont accumulés depuis le début du mois de mars?

    Mgr Radovic en prend acte, mais commente aussitôt: "La paix ne s’impose

    pas. Le plan Vance-Owen n’a pas réussi parce qu’il voulait imposer la paix

    sans connaître la situation. Actuellement, l’idée d’une fédération entre

    Croates et musulmans ne paraît pas durable. L’expérience de cinq siècles

    nous apprend qu’il vaut mieux être bons voisins que de se disputer dans la

    même maison. Imposer aux Serbes à tout prix une fédération avec les musulmans: actuellement, c’est impossible." (apic/cip/pr)

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