Belgique, 27novembre(APIC) Cent quarante-neuf supérieurs religieux masculins et féminins de toute la Belgique, dont quarante-trois supérieurs majeurs, ont publié vendredi 25 novembre une déclaration commune de solidarité avec Mgr Pedro Casaldaliga, évêque brésilien.
Voici le texte de cette déclaration : "Un évêque brésilien, Mgr Pedro
Casaldaliga, évêque de Sao Felix do Araguaia, est actuellement l’objet de
manoeuvres inquiétantes. Suite à une visite "ad limina" à Rome, en juin, ou
des remontrances lui ont été faites, la nonciature du Brésil lui a adressé
un document en provenance des Congrégations romaines des évêques et de la
doctrine de la foi. Ce document qui porte le titre d’"intimation", c’est-àdire de mise en demeure, enjoint Dom Pedro de s’abstenir de toute prise de
parole publique, de tout écrit et de tout déplacement dans un autre diocèse. Ce texte a été transmis par le Vatican à la nonciature qui l’a ensuite
envoyé à l’évêque, sur papier à en-tête de cette nonciature, sans porter ni
signature ni cachet d’authentification de l’une des Congrégations se trouvant à l’origine du document. Celui-ci n’a de ce fait aucune valeur juridique, et Dom Pedro a refusé de le signer, ce que lui demandait la nonciature.
Par ailleurs, la plus grande chaîne de radio-TV et de journaux, O Globo,
a reçu communication du contenu de ce document, vraisemblablement de la
nonciature elle-même ou de la Curie romaine; elle a ainsi diffusé une information selon laquelle une sanction de silence total était imposée à
l’évêque.
Qui est Dom Pedro Casaldaliga ? C’est l’évêque d’une prélature très
pauvre de l’intérieur du Brésil, dans le Mato Grosso. Il s’est solidarisé
fortement avec les paysans sans terre et avec les communautés indiennes.
Poète, il dénonce avec force la violence dont sont victimes les pauvres et
accuse les fauteurs de violence : le système de la grande propriété, les
grands propriétaires, les politiciens, policiers et juges vendus, etc. De
plus, il s’est publiquement solidarisé avec le peuple nicaraguayen, en particulier dans sa protection contre l’intervention des Etats-Unis par le financement de la guerre menée par la Contra. A ce titre il s’est joint à Miguel d’Escoto, prêtre et ministre, lors de son jeûne de protestation. Cela
a fortement indisposé l’épiscopat du Nicaragua et la diplomatie vaticane.
...le président de la Conférence épiscopale brésilienne, Mgr Luciano
Mendes, a publiquement exprimé sa confiance en Dom Pedro, tandis que plus
de vingt évêques ont protesté contre la procédure en cours.
Ces événements suscitent réflexions et questions à deux niveaux.
Le premier est celui de la procédure indigne et injustifiable quant au
respect des personnes. L’"intimation" adressée à un évêque de renoncer à la
prise de parole, à l’écrit et à la circulation est une mesure particulièrement sévère et inhabituelle. Une telle intervention devrait se faire, s’il
y a grave nécessité, dans une relation directe de la Congrégation compétente à la personne concernée et par document authentifié, et non par l’intermédiaire de la nonciature (à la rigueur ce pourrait être par l’intermédiaire du président de la Conférence épiscopale). La procédure est, en l’occurence, d’autant plus insidieuse que la communication de l’information aux
médias donne à entendre qu’une sanction a été prise.
Le second niveau, plus important et plus fondamental, porte sur la cause
que représente et symbolise Dom Pedro Casaldaliga. Pour le Brésil et pour
l’Amérique latine, cet évêque est l’un de ceux qui représentent publiquement à la fois la cause des paysans et des Indiens soumis à la violence
brutale des régimes en place, des sociétés nationales et multinationales et
des grands propriétaires et la cause de l’indépendance, de l’autonomie et
de la dignité des peuples face à l’impérialisme nord-américain. En sanctionnant Dom Pedro, c’est aussi cette lutte que le Vatican disqualifie aux
yeux des pouvoirs et d’une partie de l’opinion publique. Dom Pedro était
l’une des bêtes noires du régime militaire au Brésil, qui avait cherché à
le faire expulser à plusieurs reprises : voici que l’Eglise vient prêter
main-forte aux secteurs les plus conservateurs et oppresseurs du Brésil !
Nous, supérieurs et supérieures religieux, nous exprimons notre étonnement, notre tristesse, notre inquiétude et notre protestation face à de
telles manières de faire. Des manoeuvres ecclésiastiques cherchent à faire
taire, par la contrainte ou par les pressions morales, les voix dérangeantes dont le cri apparemment excessif n’est que l’écho de l’excès de
souffrance imposé à des millions de personnes. Une politique de nominations
impose de plus en plus d’évêques conservateurs et soumis, au Brésil et ailleurs, contre les options et les avis majoritaires des Conférences épiscopales. Ces manoeuvres et cette politique risquent d’étouffer la voix de
l’Evangile et de priver de toute crédibilité le choix prioritaire des
pauvres déclaré par l’Eglise". (apic/cip/cor)