Belgique: Conférence de Mgr Danneels (030791)
Informer pour libérer
Bruxelles, 3juillet(APIC) "Le journaliste est à la fois agent de liberté,
de vérité et d’éducation. Et le journaliste chrétien a une contribution importante à apporter pour créer des passerelles entre la culture moderne et
l’Evangile". C’est en ces termes que le cardinal Danneels a défini le rôle
du journaliste chrétien, à l’occasion de la remise des diplômes à 27 étudiants européens de l’Institut catholique de journalisme Robert Schuman à
Bruxelles.
Dans sa conférence, le cardinal Danneels s’est réjoui que des journalistes se soucient d’allier la compétence professionnelle et le sens de
l’Eglise. Ces deux exigences, a-t-il souligné, vont naturellement de pair
pour qui a compris que la foi est liée à la communication: "En Dieu, il n’y
a que communication. En Dieu, la communication se fait personne. La Parole
de Dieu, le Verbe, c’est quelqu’un: Jésus". Pour témoigner de cette réalité, l’Eglise elle-même "ne peut être qu’un espace de communication".
L’archevêque de Malines-Bruxelles reconnaît pourtant que les rapports
entre l’Eglise et les médias ont longtemps été vécus dans la tension. Au
siècle dernier, on identifiait tellement le moyen et le contenu de la communication que l’on imaginait difficilement, dans l’Eglise, accorder crédit
à d’autres médias qu’à la "bonne presse". Progressivement, cependant, une
ouverture s’est produite, que le Concile Vatican II a consacrée en 1963 par
un document sur les moyens de communication sociale (Décret "inter mirifica"). A cette ouverture, le pape Paul VI a donné plus d’ampleur encore dans
son Instruction "Communion et Progrès", parue il y a vingt ans.
Dans l’optique de Vatican II, les médias sont désormais considérés comme
"producteurs de culture et d’éthique", a relevé le cardinal Danneels, ajoutant que "l’on est donc aujourd’hui à pied d’oeuvre dans l’Eglise pour tenir compte des médias et se soucier de la présence des chrétiens dans ces
médias".
Dans la liberté et la vérité
C’est dans ce contexte que le cardinal Danneels a précisé comment il
voit le rôle du journaliste. "Le journaliste est avant tout un agent de
liberté, a-t-dit. Sa première mission est de rendre compte des faits, et
rien que des faits. A ce titre, il est le gardien de la liberté du peuple
contre toute tentative de manipulation. Car tout trucage de l’information
est une atteinte à la liberté. Et ceci peut poser des problèmes redoutables, même dans l’Eglise".
"Le journaliste est aussi un agent de vérité", a poursuivi l’archevêque,
précisant que la vérité déborde la simple perception des faits. "Car les
faits, pris en eux-même, n’ont pas de sens. Le sens ne peut surgir que de
la réflexion sur les faits, de l’interprétation". Par conséquent, rapporter
une accumulation de faits ne suffit pas: "L’information massive peut aussi
occulter la vérité. Il doit y avoir, dans l’information, un principe d’ordre, un début d’interprétation universalisable". Le cardinal Danneels n’attend pas pour autant des journalistes une réflexion close, mais une information qui, soucieuse aussi du sens et de l’esprit, "donne à réfléchir".
En étant agent de liberté et de vérité, le journaliste devient un "agent
d’éducation", a relevé encore le cardinal Danneels. Il partage, sous cet
angle, la mission de tout éducateur: "sauver l’être humain, libérer de ce
qui l’empêche de devenir pleinement homme ou pleinement femme".
Inculturer l’Evangile
Du journaliste chrétien, l’archevêque de Malines-Bruxelles attend
d’abord qu’il assume la mission de tout journaliste et la vive en se sachant appelé à être "un expert en humanité et en divinité". L’enjeu de cette mission est de "libérer en l’homme ce qu’il y a de plus profond".
Le cardinal Danneels ne pense pas que le journaliste chrétien doive pour
autant se transformer en prédicateur. "Le langage du prédicateur, a-t-il
précisé, se veut performatif: il vise à la conversion des coeurs; son rôle
est d’évangéliser la culture. Le rôle du journaliste chrétien est plutôt
d’inculturer l’Evangile, de traduire les valeurs évangéliques dans la culture d’aujourd’hui, sans quitter le langage de l’information et de l’interprétation. Il accomplira d’autant mieux cette mission qu’il sera un agent
de liberté et de vérité, rapportant des faits exacts et significatifs.
La religion dans les médias
Elargissant son propos, le cardinal Danneels a émis quelques réflexions
sur la manière dont les faits religieux sont aujourd’hui présentés dans les
médias. Il constate, d’une part, que les phénomènes religieux n’ont jamais
fait autant l’objet de "médiatisation", et d’autre part, que "les médias
s’intéressent souvent aux faits religieux sauvages".
En même temps qu’il se réjouit de l’intérêt porté par les médias aux
faits religieux, l’archevêque de Malines-Bruxelles relève un danger: "Mis
en scène de manière massive dans les médias, le phénomène religieux risque
d’être banalisé, de perdre son mystère". En outre, l’accumulation de faits
présentés sans discernement donne l’impression que tout se vaut. Dès lors,
s’est demandé le cardinal Danneels, le chrétien lui aussi n’est-il pas tenté de "se composer un menu à la carte, plutôt que de prendre le plat du
jour proposé par l’Eglise"?
Par ailleurs, le fait religieux n’échappe pas plus que d’autres faits à
certains réflexes des médias, souvent portés à privilégier les aspects insolites ou négatifs. A propos de l’actualité ecclésiale, le cardinal Danneels a observé que le risque est grand de "parler davantage des francs-tireurs que des apôtres". Il rapporte, à ce propos, un mot de Mgr Guy Riobé,
l’ancien évêque d’Orléans, qui constatait: "Si je parle cent fois de la
prière et une fois du danger de la bombe atomique, les médias ne retiendront que mes déclarations sur la bombe atomique".
La langue et la plume de l’Eglise
Dans la dernière partie de son exposé, le cardinal Danneels est revenu
sur le rôle des journalistes chrétiens comme contribution aux rapprochements entre l’Evangile et la culture moderne. "La rupture entre Evangile et
culture est sans doute le drame de notre époque, comme ce fut aussi celui
d’autres époques", écrivait Paul VI en 1975 dans son exhortation apostolique sur l’évangélisation. A cet égard, l’archevêque de Malines-Bruxelles a
noté que la culture occidentale d’aujourd’hui bénéficie moins qu’auparavant
de l’apport d’écrivains et d’artistes chrétiens. "Il y a peu d’écrivains
chrétiens, a-t-il remarqué, qui traitent avec une sensibilité religieuse
des sujets divers, et pas seulement de thèmes religieux. De même, plusieurs
grands films à veine religieuse de ces dernières années, comme "Thérèse"
d’Alain Cavalier, sont dus à des auteurs qui ne se réclament pas du
christianisme. Or l’avenir de l’humanité et le témoignage de l’Eglise se
jouent aussi dans le domaine proprement culturel, et pas seulement dans la
lutte pour la justice ou la pratique de la charité"
"Vous participez à la mission évangélique et diaconale de l’Eglise, a
conclu le cardinal Danneels à l’intention des journalistes chrétiens. Vous
êtes la langue et la plume de l’Eglise." Le cardinal a ajouté trois souhaits: que les journalistes chrétiens aient le souci de donner aussi un début d’interprétation évangélique des événements qu’ils rapportent; que l’on
puisse faire, en radio et en télévision, une plus grande place au témoignage concret des chrétiens; que les journalistes "donnent la parole à des
personnes qui ont quelque chose à dire sur le pourquoi de leur vie et
qu’ils laissent leurs interlocuteurs parler, et non seulement répondre aux
questions posées par celui qui mène l’interview..."(apic/com/sjb)