Bruxelles/Louvain-la-Neuve, 23octobre(APIC/CIP) Dans le cadre de l’Année
de la Famille, le Conseil Interdiocésain de Pastorale Familiale (CIPF)
organisera, les 22 et 23 avril 1989, un colloque sur le thème : "Comment
présenter aujourd’hui le sacrement du mariage?" Pour préparer ce colloque,
un week-end de réflexion sur ce même thème vient de réunir différents
spécialistes et responsables chrétiens à Louvain-la-Neuve.
Pendant longtemps, la culture occidentale s’est forgée sur des bases
chrétiennes. Les marques de la tradition chrétienne restent profondes, mais
la situation a changé. Dans un monde pluraliste, les valeurs ne sont pas
perçues de la même façon par tout le monde. Le domaine familial est un
domaine parmi d’autres ou les idées et les attitudes diffèrent.
Les jeunes face au choix amoureux et au mariage
Dès l’adolescence, l’amour, le mariage, la passion sont au coeur de la
crise juvénile, constate le Dr. Philippe van Meerbeeck. C’est à la fois une
souffrance et une espérance : dans la recherche de son identité, l’adolescent découvre à quel point sa sexualité lui montre un manque. Dans leur
quête, les jeunes attendent des adultes un discours serein et éclairant.
Car le choix amoureux qu’ils sont en train d’ébaucher les angoisse et leur
pose le problème d’une distinction nécessaire mais difficile : le besoin à
combler n’est pas encore le désir de l’autre pour lui-même.
Alors que la famille reste très valorisée, tout le monde ne se marie
pas. Il n’y a par exemple plus qu’un mariage civil sur trois dans une ville
comme Bruxelles qui débouche sur un mariage à l’église.
Le sociologue Pierre Delooz observe que le mariage fait l’objet d’une
évaluation permanente : les avantages qu’il procure sont mis en balance
avec les efforts ou contributions qu’il implique pour chacun. Le mariage
pose donc problème, surtout à partir du moment ou les avantages qu’on en
attend ne l’emportent plus sur les contributions. La femme, notamment, a
souvent l’impression d’être frustrée dans ses aspirations à l’égalité.
Eduqués et informés par des adultes, les jeunes de 18 à 24 ans se
révèlent, dans leurs attentes à l’égard du mariage très semblables aux
adultes. Pour eux aussi, et de plus en plus, le mariage est à la fois une
expérience amoureuse et la résultante d’un calcul, d’une évaluation : le
mariage d’amour se double d’un mariage de raison. Et ceci a des répercussions sur l’avenir du couple, de la famille, des enfants.
Une spiritualité conjugale
Ce n’est pas parce que le mariage pose problème que l’Eglise doit retirer ses exigences en matière de morale conjugale et familiale. Mais la
morale est trop souvent coupée de ses racines : "Nous faisons trop de
morale et nous manquons de mystique", avait déclaré le cardinal Danneels en
1980 au Synode des évêques sur la famille.
Henri Wattiaux, théologien et moraliste, a volontiers emboîté le pas du
cardinal Danneels pour montrer l’importance d’une spiritualité conjugale.
Coupés d’une spiritualité, les préceptes moraux aboutissent trop souvent à
la culpabilisation excessive, au découragement et à l’indifférence.
Le mariage comme sacrement
La grande intuition chrétienne est que le sacrement assume une réalité
humaine. Tout mariage humain, dit Mgr Houssiau, promeut des valeurs
humaines que Dieu veut pour tout homme : l’épanouissement de l’autre, la
procréation, l’édification harmonieuse de la société. Unité et
indissolubilité sont les qualités idéales qui sont requises pour un mariage
déjà d’un point de vue humain, de même que celui-ci suppose un engagement
des personnes et une reconnaissance sociale.
C’est toute la vie conjugale qui est sacrement, qui est à la fois
symbole et porteuse d’une vie dans l’Alliance. Mais comme tout sacrement,
le mariage est "déjà" et "pas encore tout à fait" ce dont il est sacrement.
La vie nouvelle en Jésus-Christ, inaugurée au baptême, doit désormais se
déployer dans le mariage comme sacrement. Dès lors la vie conjugale des
chrétiens ne peut être qu’un lieu ou sont appelés à se manifester et à
grandir l’amour mutuel, la paternité et la maternité, l’évangélisation et
le service. Bref, dans l’engagement du mariage chrétien, c’est l’engagement
baptismal qui devient conjugal. La célébration à l’église n’est pas tout :
elle est un moment symbolique d’insertion dans le mystère du Christ et de
reconnaissance par l’Eglise.
De la sexualité à l’alliance
Le désir humain, en tant qu’il est sexué, se porte tout naturellement
vers plusieurs personnes : le choix d’un partenaire unique ne peut résulter
que d’une décision, relève le Père André Godin, psychologue jésuite. la maturité affective consiste à accueillir l’autre pour lui-même, en renonçant
à le prendre pour combler un manque qu’il ne peut que creuser. Dès lors il
vaut mieux parler d’union des partenaires que d’unité du couple, car chacun
garde par rapport à l’autre sa différence.
On ne peut pas symboliser un engagement n’importe comment. L’alliance
que chacun passe au doigt de son partenaire diffère de la bague qu’on met à
la patte d’un pigeon, en signe de propriété. Elle diffère aussi d’un simple
anneau, décoratif ou significatif d’un amour. L’alliance est un anneau
double. On la donne et on la reçoit; et cet échange est parlé : les deux
partenaires y disent explicitement leur engagement mutuel.
Exclusivité et pérennité sont incluses dans la promesse d’alliance. Et
si elles n’y sont encore présentes psychologiquement qu’en voeu, la
célébration chrétienne se doit de manifester le "surcroît de signification"
et d’appel apporté par le sacrement : il s’agit de "devenir ce que nous recevons". Mais peut-être l’Eglise, a conclu le Père Godin, a-t-elle quelque
chose à dire de mieux à chacun des partenaires sur son projet comme projet
de soi, de couple et relié au projet de Dieu sur le monde. (apic/cip/bd)