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    de la mort du père Lebbe, missionnaire en Chine

    Belgique : Commémoration du 50e anniversaire (110990)

    Conférence à Louvain sur l’écriture de l’histoire de l’Eglise en Chine

    Louvain, 11septembre(APIC/CIP) L’évêque "patriotique" de Shanghai, Mgr

    Aloysius Jin Luxian, a participé à une Conférence internationale ayant pour

    thème "Comment écrire l’histoire de l’Eglise catholique en Chine ?", qui

    s’est tenue du 5 au 9 septembre à l’Université catholique de Louvain. Cette

    Conférence était organisée dans le cadre du cinquantenaire de la mort du

    père Vincent Lebbe, un missionnaire belge qui joua un rôle décisif dans la

    nomination en 1926 des premiers évêques chinois et qui lutta pour un plus

    grand respect de la culture chinoise de la part des missionnaires étrangers.

    Quelque 80 personnes ont participé à cette Conférence organisée dans le

    cadre de la commémoration de la mort du père Lebbe (Né à Gand en 1877, il

    est mort en 1940 à Nankin; sa disparition fut pleurée dans toute la Chine)

    par la Fondation Ferdinand Verbiest. Ce centre est lié à la KUL (l’Université catholique - néerlandophone - de Louvain/Leuven) et a pour but de promouvoir les échanges culturels, scientifiques et techniques entre la Chine

    et l’Occident. La Fondation Verbiest tire son nom du Père jésuite belge

    Ferdinand Verbiest, missionnaire en Chine. Scientifique apprécié à la cour

    de l’Empereur, le P. Verbiest décéda en 1688 à Pékin. La Conférence de Louvain réunissait à la fois des historiens, des théologiens, des missionnaires et des responsables d’Eglise venus d’Europe, d’Asie, d’Australie et des

    Etats-Unis.

    L’importance des Eglises locales pour l’avenir de l’Eglise universelle

    Ainsi que l’avait souhaité le Père scheutiste Jérôme Heyndrickx, directeur de la Fondation Verbiest, la rencontre a surtout été l’occasion de

    faire le point sur les enjeux et les méthodes du travail des historiens

    pour mettre en valeur les Eglises locales. Mieux saisir l’histoire des missions et des jeunes Eglises qui en sont issues est, en effet, capital pour

    l’évolution et l’avenir de l’Eglise universelle, comme l’a notamment montré

    le franciscain néerlandais Arnulf Camp, de Nimègue.

    Le professeur Arnulf Camps a ainsi relevé les changements intervenus

    dans la manière dont on écrit l’histoire de l’Eglise depuis quelques années. Jadis, les chercheurs occidentaux s’intéressaient surtout à l’expansion

    du christianisme occidental à travers les missions, et beaucoup moins à la

    manière dont les populations locales avaient reçu l’annonce missionnaire et

    l’avaient intégrée à leurs cultures propres. De plus, les historiens occidentaux, habitués à faire appel aux documents écrits, ont mis du temps à

    découvrir la fécondité des sources orales (légendes, mythes, témoignages) à

    la fois pour mieux comprendre les motivations missionnaires et mieux rendre

    compte de l’accueil local de leur mission, ainsi que pour donner la parole

    aux divers acteurs de l’histoire.

    Trois phénomènes, ajoute le professeur Camps, ont contribué au renouvellement de l’histoire de l’Eglise. D’abord, les congrégations missionnaires

    ont su dépasser le temps de mise en cause des stratégies missionnaires

    d’antan ou les réflexes nostalgiques pour s’interroger sur leur propre histoire, y découvrir les richesses que leur ont apportées les populations

    locales tout en prenant conscience des leçons à tirer du passé. Ensuite,

    des chercheurs non spécialisés manifestent de plus en plus d’intérêt pour

    l’histoire des missions et des mouvements culturels, politiques et socioéconomiques dans lesquels l’action de l’Eglise a été impliquée: les découvertes à ce propos ne peuvent que promouvoir des relations nouvelles entre

    les peuples, les cultures et les religions.

    Enfin, l’étude historique montre que les motivations missionnaires ont

    varié au cours du temps: A. Camps rappelle le rôle essentiel joué par le

    papauté depuis 75 ans pour favoriser le développement d’un clergé autochtone dans les territoires de missions et permettre l’émergence d’Eglises locales moins tributaires de la culture occidentale. Si l’histoire est maîtresse de vie, conclut-il, on a plus que jamais besoin des historiens locaux pour rendre compte de la tension inévitable entre les aspects particuliers et universels dans la vie de l’Eglise.

    Approches multiples: à qui faire confiance ?

    En attendant, l’histoire des missions recouvre un éventail d’écrits et

    de genres très divers. A qui faire confiance? Aux anecdotes missionnaires?

    Aux histoires officielles des Congrégations? Aux récits édifiants? Aux histoires prétendument plus objectives écrites sans perspective religieuse?

    Pour l’américain Jean-Paul Wiest, historien des missions des Pères de

    Maryknoll, les différents genres ont leurs avantages et leurs inconvénients. Les chroniques missionnaires ne peuvent donner le change à l’historien: derrière les faits et les détails rapportés, il y a toujours une interprétation, des points de vue significatifs. Quant aux histoires officielles des Congrégations missionnaires, qu’elles soient publiées ou non,

    elles méritent davantage de crédit aujourd’hui que dans le passé, car elles

    sont de plus en plus écrites par des historiens de métier ou avec un recul

    critique suffisant, qui sait rendre compte des enthousiasmes et des perceptions humaines sans verser dans le triomphalisme ou l’apologétique.

    En revanche, poursuit-il, l’historien ne saurait guère tirer profit des

    histoires édifiantes qui, pour mieux souligner les mérites spirituels et

    les actes héroïques des missionnaires, négligent les conditions sociales et

    économiques ou taisent les erreurs et les lacunes. On ne peut en dire autant des histoires écrites dans une optique séculière ou plus matérialiste;

    mais en négligeant les aspects religieux, celles-ci passent aussi à côté

    d’aspects essentiels, ce qui risque de fausser l’interprétation des faits

    rapportés. Un exemple parmi d’autres: la manière dont on qualifie les tensions entre les stratégies de l’Eglise catholique en Chine et le régime

    communiste est toujours révélatrice des présupposés qu’on a dans l’approche

    de la réalité.

    Bref, conclut Jean-Paul Wiest, il est capital pour l’historien de combiner aujourd’hui les éléments d’approche. Car il ne s’agit pas de vouloir

    prouver ou infirmer des thèses, mais de donner la parole au passé, et au

    passé de tous: non seulement celui des responsables, mais celui des missionnaires moyens et des catholiques ordinaires. Dès lors, écrire l’histoire des missions et des Eglises locales, c’est toujours raconter des rencontres entre gens de cultures diverses et montrer comment l’évangélisation va

    de pair avec ces échanges entre cultures.

    La Conférence a décidé la constitution d’une association internationale

    pour l’étude de l’histoire de l’Eglise catholique chinoise. C’est le Père

    Heyndrickx qui a été chargé de présenter des projets concrets dans ce sens.

    Cette première Conférence internationale sur l’historiographie de l’Eglise

    catholique en Chine sera suivie par une deuxième, qui pourrait être

    organisée à Taipeh (Taïwan), à l’Université Fu-Jen en 1992.

    Commémoration du Père Lebbe

    Au terme de cette Conférence, marquée par de nombreuses interventions,

    une exposition, consacrée à l’art religieux chinois et présentant aussi des

    photos sur l’Eglise en Chine, a été inaugurée à Louvain. Samedi dernier,

    les participants ont commémoré le 50e anniversaire de la mort du père Lebbe

    au cours d’une cérémonie où différentes personnalités ont pris la parole.

    Mgr Jin Luxian, évêque de Shanghai et membre de l’Association patriotique

    des catholiques de Chine (APCC), a rendu hommage au travail accompli par

    les missionnaires en Chine puis, tout en exprimant sa joie d’être présent

    et d’avoir entendu les historiens, n’a pas caché sa tristesse devant les

    divergences qui subsistent entre l’Eglise catholique chinoise et Rome. Cette cérémonie avait été précédée par un rite de vénération des ancêtres au

    cours de laquelle on a encensé le portrait du Père Lebbe, placé sur un petit autel, devant lequel on a aussi déposé des fleurs, des fruits et du

    vin, comme le veut la tradition chinoise. (apic/cip/gar)

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