Louvain, 6mars(APIC/CIP) Les remous suscités par la publication du livre
"Les versets sataniques" de Salman Rushdie ont conféré un intérêt supplémentaire au colloque sur la Guerre Sainte, organisé en ce début mars à
l’Université catholique de Louvain (Belgique) à l’initiative de Pax Christi
et du Centre pour la Théologie de la Paix. Les débats ont principalement
tourné autour de la Guerre Sainte dans la Bible, dans l’histoire des Eglises chrétiennes et dans l’islam.
Le professeur M. Vervenne, bibliste de l’université, s’est d’abord interrogé sur la signification de toute la violence qu’on peut découvrir dans
la Bible. En fait, dit-il, la violence des hommes se reflète dans la Bible
comme dans un miroir: "C’est une façon de la démasquer et en même temps
d’ouvrir des pistes vers la non-violence. D’ailleurs, cette dernière n’est
jamais présentée dans la Bible comme une conquête de l’homme: c’est d’abord
l’effet d’une prodigieuse présence de Dieu au milieu des hommes".
Depuis deux mille ans, les chrétiens ont tiré très différemment parti de
leur lecture de l’Ecriture Sainte. Leur attitude a souvent été fortement
déterminée par les circonstances historiques et le contexte social de leur
époque. Le professeur R. De Keyser, historien du Moyen-Age, en relève un
exemple frappant: au début du XIe siècle, les chrétiens ont été à l’origine
d’une importante initiative de paix: la Trève de Dieu. A la fin du même
siècle, la chrétienté était appelée à prendre part aux croisades. Aujourd’hui, les Eglises chrétiennes ont renoué avec leur vocation originelle, en insistant sur leur contribution à la paix.
Et dans l’islam? Que signifie, au juste, la Guerre Sainte, la "Jihad"?
C’est d’abord l’effort que doit accomplir le fidèle musulman pour marcher
dans les voies de Dieu, répond le professeur U. Vermeulen, orientaliste.
C’est donc un engagement que le croyant prend, tant pour faire place à Dieu
que pour faire advenir une société plus juste. La Guerre Sainte peut aussi
signifier la légitime défense et la lutte armée contre l’agression et l’injustice, et en vue de sauvegarder les droits des musulmans à pratiquer leur
religion. Le problème, reconnaît le professeur Vermeulen, est que dans
l’islam d’aujourd’hui, la "guerre juste" a des partisans farouches: pour
certains, elle représente par excellence l’effort pour marcher selon les
vues de Dieu, entre autres parce qu’ils sont choqués par la sécularisation
ambiante et par l’influence - jugée pernicieuse - de l’Occident.
Le colloque de Louvain a débouché sur un panel, au cours duquel des
représentants du monde musulman en Belgique ont aussi pris la parole. Ils
ont, quant à eux, insisté sur le caractère pacifique de l’islam et souligné
l’importance d’un engagement non-violent pour promouvoir le respect de leur
religion mais aussi la justice sociale. (apic/cip/pr)