Belgique: colloque international de théologie à Louvain (200990)
Louvain, 20septembre(APIC) A l’occasion des 25 ans de la revue internationale de théologie "Concilium", près de 500 théologiens de 51 pays se
sont réunis à Louvain du 9 au 13 septembre pour un colloque international
où de différents continents, des voix se sont élevées pour dire l’importance d’une redécouverte de Dieu afin de libérer l’avenir des hommes. Nous publions aujourd’hui des extraits de quelques interventions entendues durant
ce colloque.
En hommage aux martyrs qui ont donné leur vie en fidélité à l’espérance,
le théologien Ion Sobrino (Salvador) s’est interrogé sur les assassinats de
théologiens. Au Salvador, où la guerre civile de ces dernières années a
fait 75’000 morts, des théologiens ont été tués à cause de leur parole de
foi. Jésus aussi a été tué. Parce qu’il n’a pas témoigné de n’importe quel
Dieu, mais du Dieu de la vie, qui est le Dieu des victimes. "En quel Dieu
crois-tu donc? Et quelles idoles combats-tu?", demande Ion Sobrino, pour
qui la dénonciation des idoles est capitale aujourd’hui, qu’il s’agisse
d’affirmations historiques présentées comme impérissables, ou de réalités
"qui exigent des victimes pour survivre". Et de citer comme premières idoles l’accumulation des richesses, le pouvoir militaire et politique.
Après l’Amérique latine, c’est l’Afrique qui a fait entendre sa voix par
Engelbert Mveng (Cameroun), secrétaire général de l’Association oecuménique
des théologiens africains. Il relève les efforts accomplis par les Africains pour relire la Bible à partir de leur héritage culturel et historique
particulier. Un héritage dramatique depuis cinq siècles, souligne-t-il, car
à la servitude a succédé, non la liberté, mais le colonialisme. Et aujourd’hui, l’Afrique "est entre la vie et la mort, parce que nous sommes
pauvres. Pauvres de tout: désappropriés de notre richesse, de notre dignité, de notre liberté, de notre mémoire, de notre identité, de notre patrimoine spirituel. Il est temps que nous redécouvrions le Dieu de la vie dans
nos langues et nos cultures".
Le risque de se replier...
En Amérique du Nord, a expliqué pour sa part Ann Carr (Etats-Unis), les
théologiens catholiques manifestent une grande vigueur. Elle s’est ressentie jusque dans les déclarations des évêques américains sur la paix, puis
des évêques canadiens sur l’économie, documents dont l’élaboration finale a
été précédée de tout un débat public. Des positions courageuses ont été
adoptées sur des questions difficiles. Ann Carr se réjouit également de la
participation plus grande des laïcs à la recherche théologique, et du rôle
plus actif qu’y jouent les femmes. Elle déplore néanmoins que, "sous la
pression du Vatican, des théologiens brillants doivent quitter des institutions catholiques et que des positions restent intransigeantes en matière
de morale sexuelle et familiale".
Secrétaire de l’Association européenne des théologiens catholiques (plus
de 400 membres d’une douzaine de pays), Dietmar Mieth (RFA) constate qu’une
tâche immense résulte de l’ouverture de l’Europe de l’Est et du déclin flagrant du marxisme. Ce ne sont pas les seules interpellations pour les théologiens. Il y a aussi les crispations sur la lettre des textes fondateurs
ou sur les traditions, les réflexes égocentriques, l’indifférence religieuse, le matérialisme ambiant. Il y a encore les ambiguïtés touchant à la restructuration de l’Europe. La lutte pour la justice implique également de
dénoncer "des idoles de mort", comme la surconsommation, le progrès technique à outrance, le chacun-pour-soi. Enfin, le théologien allemand souhaite
un plus grand "courage" de la part de la hiérarchie catholique, faute de
quoi l’Eglise risque, à cause de ses positions controversées notamment dans
le domaine de la morale familiale et sexuelle, de se replier sur un ghetto
religieux.
"On nous a mis en garde chez nous contre les théologiens occidentaux.
Alors nous sommes venus pour faire votre connaissance. Notre théologie a
traversé une longue période de souffrances", ont témoigné ensuite un théologien hongrois et un autre tchécoslovaque.
Dégager des accents communs à toutes les religions
En l’absence d’un représentant d’une association de théologiens asiatiques, Chandra Kantan (Sri Lanka), a redit l’importance actuelle du dialogue
entre les religions et les cultures. Il faudrait notamment, a-t-il suggéré,
dégager des accents communs à toutes les religions, comme la recherche de
la paix, par exemple.
Un théologiens musulman venu du Proche-Orient a également pris la parole
au cours de ce colloque pour demander que la recherche de Dieu ne
soit jamais dissociée du regard fraternel porté sur autrui. "Pendant des
siècles, a-t-il rappelé, musulmans, chrétiens et juifs ont vécu en paix au
Proche-Orient. Les divisions actuelles résultent des poussées nationalistes
du XIXe siècle. Or, Dieu nous a créés tous". Et de citer ces deux pensées
de la tradition islamique: "Le côté de Dieu qui est le plus noble, c’est
celui qui est outragé"; "Etre juste, c’est adorer Dieu". La plus grande
idole, ajoute-t-il, peut être la religion: c’est ce qui se passe quand on
adore l’islam, ou le christianisme, et non Dieu lui-même. (apic/cip/pr)