Louvain-la-Neuve, 17septembre(APIC/CIP) En Belgique, les changements apportés par le transfert de compétences de l’Etat vers les différentes Communautés et les perspectives de l’Europe en route vers un marché unique suscitent des questions sur l’évolution de l’enseignement. Certaines questions
se posent quant à la carrière future des professeurs de religion. L’abbé
Pierre Renard, qui dirige le Secrétariat de l’Enseignement religieux dans
les Ecoles officielles, fait le point dans le dernier bulletin trimestriel
de la Société Théologique de Louvain.
En Communauté française de Belgique, on peut être professeur de religion
catholique dans l’enseignement officiel, dans l’enseignement libre
catholique et dans l’enseignement libre non-confessionnel. Ce dernier est
le seul à ne pas être obligé d’organiser des cours de religion ou de
morale, mais la plupart des écoles le font spontanément.
Dans l’enseignement catholique, les cours de religion sont de plus en
plus confiés à des diplômés en sciences religieuses, bien que ces cours
continuent aussi à être pris en charge par les titulaires de classes ou les
professeurs d’autres branches.
En fait, c’est l’enseignement offciel qui offre actuellement le plus de
débouchés aux professeurs de religion. Or, c’est dans ce réseau qu’on parle
également de "menaces" contre la fonction de ces mêmes professeurs. Pierre
Renard évoque contrètement trois menaces.
La première menace a surgi, il y a un an, dans la phase préliminaire à
la révision de la Constitution. On parlait alors de laisser à chaque
communauté la possibilité de décréter si le choix entre le cours de morale
ou de l’une des religions reconnues était obligatoire. Le tollé de nombreux
professeurs de ces cours dits "philosophiques" a été suivi par des
parlementaires de tous les partis : pas question, ont-ils dit, de rendre
ces cours facultatifs. La constitution a donc été révisée dans le sens
suivant : "Tous les élèves soumis à l’obligation scolaire ont droit, à
charge de la Communauté, à une éducation morale ou religieuse". Cet article
unique fait désormais obligation aux pouvoirs publics de chaque Communauté
d’organiser des cours de morale et de religion dans leurs écoles. De ce
côté, il n’y a donc plus de menace, commente Pierre Renard, mais il faut
rester vigilant quant à l’octroi d’éventuelles dispenses dans des cas
individuels.
Une deuxième menace pourrait venir de l’unification européenne des
systèmes d’enseignement. Serait-ce alors la situation de la France qui
prévaudrait : aucun cours de religion ni de morale ? En fait, on est loin
d’en être là. D’une part, la perspective d’unification des enseignements
dans l’Europe est "la plus éloignée de toutes celles qui avancent pour
l’instant", observe Pierre Renard. D’autre part, les autorités européennes
semblent se montrer de plus en plus sensibles à la nécessité d’une
éducation moralisante des jeunes, pour enrayer une augmentation de la
déliquance juvénile : ceci joue en faveur des cours de morale et de
religion.
La troisième menace est liée à l’esprit du temps, que beaucoup voient
marqué par "un progrès de la sécularisation", tandis que certains y
perçoivent un "retour du religieux". pour sa part, Pierre Renard préfère se
rapporter à l’enquête "Jeunes et Religion" publiée en 1986. Cette enquête a
montré que la majorité des élèves de la troisième à la sixième années qui
suivent le cours de religion ne se rangent pas parmi les croyants.
On peut le constater dans presque toutes les classes, précise l’abbé
Renard : "La doctrine religieuse et la lecture de l’Evangile intéressent
médiocrement". Dès lors, est-ce que des élèves peu intéressés ne vont pas
demain, en tant que parents, estimer inutile l’enseignement religieux ?
Pierre Renard n’exclut pas cette possibilité, mais lui apporte tout de même
deux correctifs : "d’abord, de tous les cours du programme, c’est celui de
religion qui est le moins rejeté, car il ménage une liberté d’expression
dont les jeunes sont friands; ensuite, ce serait une erreur de croire que
des études portant sur le sens, les engagements et expériences de vie ne
sont pas impliqués dans un authentique enseignement du christianisme".
Le coeur du défi
L’examen des "menaces" qui pourraient peser sur la carrière des
professeurs de religion n’entraîne pas Pierre Renard à une conclusion
pessimiste. Au contraire, lorsqu’on les regarde lucidement, les difficultés
rencontrées ne poussent ni à la panique, ni à la désertion.
Il semble bien que la relation pédagogique soit au coeur du défi. "Les
difficultés relèvent surtout, insiste l’abbé Renard, de la motivation des
élèves et des relations de confiance à établir avec eux. "Il est utile que
chacun le sache : et les jeunes candidats aux nombreux postes qui se présentent, et les Instituts de formation qui orienteront leurs efforts vers
les vraies priorités". (apic/cip/bd)