Belgique: Caritas Catholica lance une campagne (220188)
Bruxelles, 22janvier(APIC/CIP) Plus de 15 millions de réfugiés à travers
le monde. Quelque 700.000 en Europe. En Belgique, l’an dernier, on a accepté quelque 3.000 réfugiés politiques, à peine la moitié des demandeurs
d’asile en 1987. Il est possible de faire au moins aussi bien chaque année
et il est indispensable d’aider beaucoup mieux les réfugiés à s’intégrer
dans la vie du pays. C’est le sens de la campagne que vient de lancer Caritas Catholica, avec la collaboration de son Secours International ainsi que
de l’action Vivre Ensemble.
"Il ne faut pas se faire d’illusion, dit M. de Brandt, directeur du Secours International de Caritas Catholica : la grande migration a commencé
depuis plus de quinze ans et on ne va pas l’arrêter par un coup de baguette
magique. C’est en 1972 que Caritas en Belgique a été confrontée pour la
première fois à l’accueil de réfugiés non européens: il s’agissait d’Asiatiques expulsés d’Ouganda par le dictateur Amin Dada. Le nombre croissant
des réfugiés à travers le monde montre que l’on a affaire à des exodes massifs. Il va falloir au moins toute une génération pour relever ce défi.
Mais ce n’est pas en fermant des frontières qu’on le résoudra."
Un mouvement permanent
L’existence même d’un aussi grand nombre de réfugiés interpelle toute la
communauté internationale, car il s’agit de mouvements permanents et qui
vont même jusqu’à s’institutionaliser, estime M. de Brandt. Et de citer les
exemples des 350.000 Cambodgiens qui attendent depuis 10 ans à la frontière
de leur pays, des 100. 000 Kabindais vivant depuis 15 ans au Zaïre, des
120.000 Saharaouis en Algérie, sans oublier le problème des Palestiniens
depuis 40 ans.
Manifestement, ces exodes massifs ont des causes diverses, aux dimensions internationales. C’est pourquoi, insiste le directeur du Secours International, la communauté internationale doit s’interroger davantage sur
les problèmes économiques et sur les problèmes de paix qui les provoquent.
Depuis une quarantaine d’années, en effet, une centaine de pays ont
accédé à l’indépendance par rapport à leurs anciens colonisateurs. Beaucoup
de ces pays n’ont encore trouvé qu’une unité nationale fragile. Quant à
leur économie, elle est souvent peu développée. S’y ajoutent des phénomènes
de discrimination raciale, de discrimination religieuse, ou de discrimination idéologique. "L’Europe peut sans doute considérer que tous ces pays
sont en train de traverser leur Moyen Age, dit M. de Brandt. Mais elle ne
devrait pas oublier qu’elle s’est aussi elle-même constituée à travers pas
mal de guerres et de migrations."
Des conséquences intolérables
En attendant que des solutions soient trouvées aux exodes massifs ou aux
déplacements forcés de populations, des personnes et des familles vivent
des situations proprement intolérables, souligne le directeur du Secours
International. Ce sont des familles qui sont plongées dans l’insécurité
d’existence et qui sont d’autant moins armées pour en venir à bout que, une
fois arrivées dans un pays d’accueil, l’intégration pose d’énormes problèmes de différences culturelles.
Problèmes énormes, mais pas insolubles. Mme de Crombrugghe, assistante
sociale de Promotion Famille à Charleroi citent de nombreux exemples de
réussite à ce propos, malgré les difficultés rencontrées. "Lorsque, en 1979
et dans les années suivantes, dit-elle, les familles du Sud-Est asiatique
sont arrivées chez nous, de nombreux groupes d’accueil se sont constitués
et ont préparé une opinion locale et...un logement. Cela ne s’est pas passé
sans problèmes, sans bavures, mais les efforts de part et d’autre ont facilité une intégration d’ensemble, sans que le Ministre de la Justice ressente le besoin de revoir la législation de façon fondamentale.
"Evidemment, ajoute Mme de Crombrugghe, il faut que les Belges acceptent
de dépasser leurs premières réticences -s’ils en ont- et nouent des contacts directs. Je connais pas mal de gens qui l’ont fait dans la région ou
je travaille. Le jour ou ces gens ont pu se trouver confrontés à telle ou
telle difficulté, ils ont eu la surprise de constater: on croyait n’avoir
l’aide de personne, on a reçu celle des étrangers."
Un effort raisonnable
Accueillir davantage de réfugiés? Et le chômage en Belgique? Et les
différences de mentalité? M. de Brandt n’ignore pas ces réactions. Mais il
les trouve trop émotionnelles, et donc disproportionnées par rapport à la
réalité: "accueillir chaque année 3.000 réfugiés en plus, ce n’est quand
même pas un poids insupportable pour la Belgique."
Accueillir. Le directeur du Secours International pèse son mot. Il pense
d’abord au respect des Droits de l’Homme qu’il conviendrait de promouvoir
davantage sur le plan international, et pour lequel la Belgique peut jouer
un rôle plus décisif. Il pense aussi à une petite phrase de l’Evangile dont
il souhaite qu’elle interpelle davantage les chrétiens: "J’étais étranger
et vous m’avez accueilli".
"Les réactions émotionnelles ou les réactions de panique, insiste encore
M. de Brandt, n’apporteront aucune solution : les réfugiés sont là. L’accueil peut tout transformer si l’on apprend davantage à l’envisager comme
une responsabilite commune."
La campagne qui vient d’être lancée se veut concrète: pour aider toutes
les bonnes volontés qui souhaitent s’impliquer davantage dans l’accueil des
réfugiés, un dépliant à été conçu. Au delà de l’interpellation qu’il répercute, il explique les programmes officiels prévus, les démarches à suivre
pour un accueil et un accompagnement efficace des réfugiés, tant pour la
procédure de reconnaissance que pour leur trouver un logement, des ressources, des possibilités de formation, etc. (apic/cip/bd)