Belgique: au lendemain de la rencontre oecuménique de Bâle (250589)
Bruxelles, 25mai(APIC/CIP) Quels enseignements tirer du Rassemblement oecuménique européen "Paix et Justice" qui s’est tenu à Bâle du 15 au 21 mai?
Cinq membres de la délégation belge présente à Bâle ont tenté d’y répondre.
Ce Rassemblement, qui avait réuni 700 délégués de 120 Eglises d’Europe de
l’Est et de l’Ouest, était organisé par la Conférence des Eglises d’Europe
(KEK) et du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE).
Une première depuis la Réforme, n’a-t-on cessé de répéter. Encore que,
comme le rappelle Mgr Jean-Baptiste Musty, évêque auxiliaire de Namur (Belgique), la KEK et le CCEE ont déjà tenu quatre importantes rencontres communes. Il est vrai que celles-ci rassemblaient exclusivement des évêques.
Mais à Bâle, c’est tout le peuple de Dieu qui était représenté.
Au moment de présenter le document adopté à Bâle, B. Goedhart (Eglise
protestante) a souligné que celui-ci est le fruit d’un processus de consultation très ouvert. Il a signalé que le message final du Rassemblement sera
lu le dimanche 28 mai dans toutes les paroisses protestantes de Belgique,
et a exprimé son souhait pour qu’il trouve le même écho au sein des communautés catholiques.
Mgr Van den Berghe, évêque d’Anvers, qui conduisait la délégation belge
avec Mgr Musty, a pour sa part mis l’accent sur la qualité des célébrations
de prière et des gestes liturgiques et symboliques constatée durant ce Rassemblement, en indiquant que c’est avant tout dans la prière que s’est manifestée l’ouverture commune à l’Esprit. Il a également insisté sur le rôle
important joué à Bâle par les femmes, ainsi que sur la contribution essentielle des Eglises de l’Est. Ces dernières, selon lui, attendent de leurs
frères chrétiens d’Occident une grande compréhension pour leur situation,
le souci du dialogue et un soutien économique.
Un sentiment de malaise
C’est à des "questions pour l’après-Bâle" auxquelles s’est attachée à
répondre Jeanine Wijnants, présidente de la Commission francophone "Justice
et Paix" et ancienne présidente du Mouvement Ouvrier chrétien. Car si les
enjeux apparaissent davantage, "les questions sont plus nombreuses que les
certitudes".
Si l’opinion s’émeut sporadiquement face à des catastrophes écologiques,
comment, demande-t-elle, "éveiller la conscience sans provoquer un sentiment d’angoisse et d’impuissance? Comment éviter le catastrophisme démobilisateur ou, à l’inverse, l’indifférence? Comment éviter l’amalgame entre
technologies dangereuses ou destructrices et technologies qui libèrent?"
Une autre question, mise en lumière à Bâle par l’archevêque orthodoxe
russe Kyrill, porte sur l’écart entre le développement scientifique et
technique et le développement moral et spirituel. En présence d’étranges
inventions, moralistes et législateurs sont souvent dépassés par l’évolution rapide de la recherche, ce qui engendre, a constaté l’archevêque russe, "un sentiment vague mais très répandu de désarroi et de malaise, le besoin de bases sûres en lesquelles il est possible de croire".
S’y ajoute une interrogation sur les causes de l’exploitation sans frein
de la nature, où la moindre erreur risque d’engendrer une catastrophe, la
soif de profit, la volonté d’accaparement des richesses et du pouvoir économique. A quel prix la croissance se réalise-t-elle et à qui profite-t-elle? Comment, dans un monde où tout devient possible, des millions d’êtres
humains peuvent-ils être victimes de la pauvreté, de la faim, de l’oppression? Le cardinal Etchegaray a rappelé avec force "la destination universelle des biens, de tous les biens et pas seulement des biens superflus":
comment traduire ce principe dans la vie concrète?
A la veille du Grand Marché de 1992
Un examen de conscience de l’Europe - rudement interpellé par un pasteur
uruguayen - était aussi à l’ordre du jour. "L’Europe des Douze, celle du
Grand Marché de 1992, a besoin qu’on lui rappelle que la paix, la justice
et le respect de l’environnement sont au moins aussi importants que la
libre circulation des capitaux et la croissance économique", estime J. Wijnants. Elle ajoute que si ces questions ont été examinées à Bâle, elles ne
l’ont pas été "avec autant de précision et de force qu’on aurait pu
l’espérer".
La présence de nombreux chrétiens de l’Est, qui se sentent le "tiersmonde de l’Europe", a donné aux débats une préoccupation plus large. Leurs
aspirations à être considérés comme d’authentiques Européens, a contribué à
donner peu de place aux questions traitées aujourd’hui au sein de la Communauté Européenne, constate J. Witjnants, qui ajoute: "Une Communauté Européenne axée prioritairement sur la volonté de conquérir de nouveaux
marchés, sans trop se soucier de la justice et de l’environnement, ne fera
pas de cadeau, ni à l’Europe de l’Est, ni au tiers-monde".
Dans ce contexte, quel rôle pour les Eglises? Dans un monde qui a besoin
d’un "supplément d’âme", un rôle plus important que jamais, celui d’"élaborer une théologie et une éthique pour notre temps". Il leur faudra pour cela scruter la parole de Dieu, son enseignement et, pour reprendre les mots
de la Portugaise Maria Lourdes de Pintasilgo, "scruter la réalité dans toute sa complexité et sa mouvance, en reconnaissant que tout est pluriel,
avec des instruments de notre époque, car ils font aussi partie de la création". Dans cette quête, quelle place les Eglises feront-elles aux scientifiques, aux ONG, aux responsables politiques, à tous ceux qui travaillent à
l’humanisation du monde? Le document final souligne à ce propos "le besoin
urgent d’un dialogue avec les adeptes d’autres religions, et de diverses
visions du monde, mais encore d’une action commune en faveur de la paix, de
la justice et de la sauvegarde de la création", un engagement à partager
avec d’autres hommes et femmes de bonne volonté.
Le rôle des Etats et des institutions internationales
Dernier volet des interrogations livrées par J. Wijnants: les conditions
politiques des progrès à réaliser, qui ont été évoquées, mais "de manière
éparse et peu systématique" et qu’il importe donc de préciser et de compléter.
Il s’agira d’examiner ce qui se fait à l’intérieur des Etats (comme la
politique de répartition du travail et des revenus, de l’environnement...)
et entre les Etats (règles communautaires en matière d’environnement, solution équitable à la dette des pays du tiers-monde, répartition plus juste
des fruits de la croissance, promotion de la paix). S’interroger encore sur
le rôle des institutions européennes - à quand une collaboration plus
étroite de la Communauté avec l’Est? - et internationales, notamment le
Fonds Monétaire International, qui "conduit une politique trop critiquée et critiquable - tant par les pays du tiers-monde que par les pays européens et les Nations-Unies pour qu’on se résigne à la considérer comme intangible".
Etendre les compétences de l’ONU?
A propos de l’ONU, bien des délégués présents à Bâle souhaitent voir
s’étendre ses compétences, particulièrement dans le domaine de l’environnement; d’autres estiment une telle évolution peu opportune en raison du
poids considérable des grandes puissances.
"Telles sont, parmi d’autres, les questions auxquelles nous sommes renvoyés. Certaines d’entre elles dépassent probablement la compétence des
Eglise et celle des participants au Rassemblement de Bâle. Nul n’est cependant dispensé, je crois, de les prendre au sérieux", conclut J. Wijnants.
(apic/cip/pr)