Belgique: 6e rencontre internationale des religions pour la paix (140992)
Louvain, (Belgique), 14septembre(APIC) La Belgique accueille cette année
une nouvelle étape du pèlerinage des grands responsables des religions du
monde, six ans après le sommet des religions pour la paix, convoqué à Assise à l’initiative de Jean-Paul II. Quelque 350 représentants des principales religions ont été invités pour cette 6e rencontre qui s’est ouverte dimanche à Louvain en présence de 3’000 personnes.
Après les souhaits de bienvenue du professeur Andrea Riccardi, président
de la Communauté Sant’Edigio, une communauté chrétienne d’origine romaine
chargée de l’organisation des rencontres internationales annuelles "Hommes
et religions", Jean-Luc Dehaene, Premier ministre de Belgique est entré
dans le vif du sujet en soulignant l’enjeu de l’unité européenne. Le sommet
1992 des responsables religieux est en effet centré sur "L’Europe, les religions et la paix". Le Premier ministre a évoqué la situation dramatique
de l’ex-Yougoslavie, soulignant le risque pour l’Europe de perdre de vue
quelques données fondamentales: "L’histoire ne connaît pas de victoires définitives. Les démons d’un nationalisme exacerbé demeurent à l’état latent". Il a ajouté à l’adresse des Européens: "La paix dépendra de notre
capacité à modérer notre propre prospérité et de la partager avec d’autres".
Mgr Luc de Hovre, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles et président du
Comité organisateur s’est réjouit de la rencontre de Louvain en évoquant un
pionnier de l’oecuménisme dans son diocèse, le cardinal Mercier qui disait
déjà il y a 70 ans: "Pour être unis, il faut s’aimer; pour s’aimer, il faut
se connaître; pour se connaître, il faut se rencontrer".
Incontournable dialogue
Après d’autres voeux de paix, du Consistoire israélite et de la communauté musulmane en Belgique, c’est le président de la République de Zimbabwe, Robert Mugabe, qui a prononcé le discours d’ouverture de cette rencontre.
"L’Europe reste au centre des affaires du monde", observe-t-il, au vu
des répercussions des différents conflits et phases d’instabilité du vieux
continent sur le reste de la planète. Après deux "guerres mondiales" et
l’écroulement du mur de Berlin, l’Europe va-t-elle se replier sur des réflexes nationalistes? Robert Mugabe appelle au contraire ses frères humains
à "renouveler leur engagement moral, avec le soutien des religions, envers
des principes d’amour de l’humanité".
Relevant le risque du "développement technologique unilatéral", le chef
d’Etat africain a souligné l’impossibilité pour le tiers monde de rembourser la dette qui pèse sur ses épaules. Il plaide surtout pour un changement
économique sur le plan international, afin d’éliminer la pauvreté, de sauvegarder l’environnement et de promouvoir la paix.
Robert Mugabe s’étonne néanmoins: Comment l’Europe a-t-elle si mal assimilé les valeurs chrétiennes qu’elle a propagées sur d’autres continents?
Elle ne peut désormais donner de leçons de paix qu’en faisant la paix sur
son propre continent. Et pour atteindre cette paix, dit-il, il n’y a pas
d’alternative au dialogue".
Les voix des religions
Différents responsables religieux sont alors invités à présenter leurs
attentes à l’égard de cette rencontre. L’ainé d’entre eux, âgé de 97 ans,
Etai Yamada, grand-prêtre de l’école boudhiste Tendai au Japon, entend consacrer la priorité de ses efforts à la réalisation de la paix universelle
et à la collaboration entre les religions.
Le cardinal Edward Cassidy, président du Conseil pontifical pour l’Unité
des chrétiens, met en valeur le rôle essentiel des grandes religions du
monde pour promouvoir "un nouvel ordre moral, basé sur les principes solides que chacune a donnés à ses disciples".
Des représentants du judaïsme, de l’islam et du boudhisme ont exprimé
eux aussi leurs convictions que l’homme doit se décentrer de lui-même pour
trouver la paix véritable en référence à Dieu. Comme le soulignera Swami
Chidananda Mahraj, président de la Société de la Vie divine (Inde) "la passion de l’homme doit être subordonnée aux grands idéaux et aux objectifs
que sont la paix sur la terre et la bonne volonté parmi les hommes".
Concluant cette première journée, le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, ne nie pas que les religions ont aussi eu leur
part dans les oppositions entre les hommes. Mais enchaîne-t-il, "elles possèdent par dessus tout la force morale et religieuse de convertir le coeur
de l’homme à l’amour, à la paix et à la tolérance. Elles se tournent pour
cela vers Dieu, qui est plus grand que le coeur de l’homme et qui est la
seule source de paix véritable". Aussi le cardinal belge plaide-t-il, avec
le Concile Vatican II, pour le dialogue interreligieux: "Nous ne pouvons
invoquer Dieu comme Père de tous, si nous refusons de nous comporter comme
frères et soeurs". Mais les religions peuvent plus encore: "La voix des religions, même si elle apparaît parfois faible, possède la force de répondre
aux demandes des hommes de toute race et de toute culture et d’interpréter
le désir de justice et de paix qui nous parvient des quatre coins du monde". (apic/cip/ba)