Belgique: 25 ans de la Commission Justice et Paix (190592)
"Là où est le pauvre, là est Jésus-Christ"
Bruxelles, 19mai(APIC) La Commission catholique "Justice et Paix" de Belgique francophone et son homologue flamande ont fêté mardi à Bruxelles leur
25e anniversaire. Les responsables ont dressé devant les 200 invités présents le bilan de leur action. Cet anniversaire a aussi été marqué par la
présence du théologien de la libération péruvien Gustavo Gutierrez, qui a
présenté l’option préférentielle pour les pauvres comme un défi touchant
l’identité même de l’Eglise.
A la suite du Concile Vatican II, les évêques belges ont été parmi les
premiers à créer dans leur pays, en 1967, une Commission Justice et Paix.
Le cardinal archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Godfried Danneels, a salué
le travail accompli par Justice et Paix, notamment l’étude des situations
en vue d’une action concrète dans les domaines de la justice, de la paix et
du développement, dans une perspective résolument oecuménique.
Là où est le pauvre, là est Jésus-Christ
Le théologien péruvien Gustavo Gutierrez a mis en exergue de son exposé
cette phrase qu’un indien péruvien aurait voulu faire parvenir au roi d’Espagne au XVIe siècle: "Là où est le pauvre, là est Jésus-Christ, et là où
est Dieu, là est la justice". La présence des pauvres en Amérique latine
interroge l’identité même de l’Eglise, affirme Gustavo Gutierrez. "L’Eglise
est-elle vraiment ouverte à l’universel? Se préoccupe-t-elle de la condition de la majorité des gens (...) Le règne de Dieu qu’annonce l’Eglise
est-il vraiment une Bonne Nouvelle pour eux ?"
Et le théologien de Lima de rappeler que le Concile Vatican II, selon le
voeu du pape Jean XXIII, a cherché à promouvoir la présence de l’Eglise
dans le monde moderne et le dialogue avec les autres Eglises chrétiennes et
les autres religions. Peu avant le Concile, le pape avait aussi formulé un
autre défi: "L’Eglise doit être l’Eglise de tous, et spécialement des pauvres". Peu développé au Concile, le sujet des pauvres est devenu central à
Medellin où les évêques d’Amérique latine se sont réunis en 1968.
L’assemblée suivante à Puebla en 1979 a prolongé la réflexion, engageant
l’Eglise de façon explicite dans l’option préférentielle pour les pauvres.
"Opter pour les pauvres, c’est opter pour la vie, souligne G. Gutierrez,
pour une histoire dont la mort n’est pas le dernier mot. L’option pour les
pauvres est bien davantage qu’un choix social: elle s’inscrit au coeur du
christianisme." "Une telle option ne résulte pas de la compassion humaine,
ni de l’analyse sociale; elle vient de la foi au Dieu de Jésus-Christ. Les
pauvres sont des personnes soumises à des situations contraires au règne de
Dieu".
A propos du 5e centenaire de l’évangélisation de l’Amérique, G. Gutierrez estime qu’il s’agit d’une bonne occasion pour s’interroger sur les
rapports entre les peuples et la pauvreté en Amérique latine. "Cette pauvreté met en cause non seulement une injustice internationale et une oppression historique, mais également nos responsabilités internes." Que peut-apporter à ce sujet la prochaine assemblée des évêques latino-américains à
St-Domingue en octobre? Le théologien ne croit pas aux prophètes de malheur: "Ils avaient déjà dit qu’il n’y avait rien à attendre de Medellin et
de Puebla". "L’Eglise latino-américaine vit des réalités très difficiles,
mais également des réalités très riches. Nous avons des martyrs comme Mgr
Romero ou le Père Ignacio Ellacuria au Salvador qui ont pris au sérieux
l’option préférentielle pour les pauvres. Ils nous ont montré qu’un chrétien ne peut s’engager pour la justice sans articuler cet engagement à la
gratuité de l’amour de Dieu."
Les priorités de Justice et Paix
En conclusion, Jeanine Wynants, présidente de Justice et Paix, a souligné cinq préoccupations prioritaires de la Commission: la lutte contre la
pauvreté, le combat contre le racisme, la défense des droits de l’homme, la
recherche de la paix et une Europe de l’ouverture et du partage. (apic/cipmp)