Les habitants plus déterminés que jamais, déclare Mgr Lutfi Laham
Jérusalem, 2novembre(APIC) Après avoir levé mardi un blocus militaire total de plus de 40 jours contre la ville de Beit Sahour, près de Bethléem,
en Cisjordanie, l’administration militaire israélienne dans les territoires
occupés a déclaré à nouveau mercredi ce haut-lieu chrétien de Terre Sainte
"zone militaire fermée". Les soldats, qui ont bouclé l’un des accès à la
ville avec des rochers, ont à nouveau installé des barrages à l’entrée de
la ville et refoulé ceux qui voulaient y entrer, même les voitures portant
plaques israéliennes.
Les soldats israéliens avaient cependant laissé entrer mercredi Mgr Lutfi Laham, vicaire patriarcal grec-catholique melkite de Jérusalem, alors
qu’ils lui avaient interdit l’accès de la ville dimanche dernier, comme ils
l’avaient fait vendredi dernier pour les trois patriarches de Jérusalem et
les prêtres qui les accompagnaient. Mgr Diodoros, patriarche grec-orthodoxe, Mgr Michel Sabbah, patriarche latin, et Mgr Yegishe Derderian, patriarche arménien - ainsi que Mgr Laham et le custode de Terre Sainte Mgr Carlo
Cecchitelli et un groupe de prêtres avaient l’intention de se rendre dans
les églises de Beit Sahour pour y prier.
Cette ville, qui compte quelque 15’000 habitants, aux trois-quarts chrétiens (catholiques latins, grecs-catholiques melkites, grecs-orthodoxes
pour la plupart), est en état de désobéissance civile et refuse de payer
les taxes imposées par l’occupant, dont les montants ont même été qualifiés
de disproportionnés et d’arbitraires par une partie de la presse israélienne. Les percepteurs israéliens ont confisqué par la force des marchandises
et des équipements dans les commerces, fabriques, ateliers, pharmacies et
même le mobilier des maisons individuelles pour un montant dépassant deux
millions de dollars.
"Malgré toutes les confiscations et les humiliations, les gens de Beit
Sahour ont un moral extraordinairement élevé", révèle Mgr Lutfi Laham, qui
considère que la punition collective imposée à Beit Sahour "est un acte politique qui se déguise en acte fiscal". "La plupart de nos familles ont été
pratiquement atteintes, poursuit-il, et les choses les plus nécessaires à
la vie ont été prises : même les petites machines à coudre ou à tricoter le gagne-pain de la femme quand l’homme est en prison ou qu’il a perdu toutes ses marchandises dans son magasin - ont été confisquées". Le but poursuivi, affirme l’évêque grec-catholique, est de briser la volonté de résistance de Beit Sahour et de donner une leçon à tout le monde.
Chrétiens et musulmans main dans la main
Face à la situation actuelle, affirme le vicaire-patriarcal, les chrétiens et les musulmans travaillent main dans la main et les palestiniens
chrétiens ne sont pas moins engagés que les autres dans l’intifada : "Seul
un aveugle pourrait dire qu’il n’y a pas de tensions avec certains fondamentalistes musulmans, mais comparé à toutes les autres situations dans les
pays arabes du Moyen-Orient, on peut dire que c’est l’endroit où il y a le
moins de frottements entre les deux communautés". Mgr Laham estime que la
solidarité n’a jamais été aussi grande que depuis l’éclatement de l’intifada, et les gens s’organisent pour les dispensaires et l’aide sociale et
humanitaire au-delà de leurs intérêts strictement communautaires.
Entre les communautés chrétiennes de Terre Sainte également, la difficile situation pousse à l’oecuménisme : quatre déclarations communes des
principales Eglises de Jérusalem ont déjà été signées depuis le début de
l’an dernier : du jamais vu à Jérusalem, où les relations interchrétiennes
n’ont pas toujours été empreintes de chaleur. Mais Mgr Laham estime que ce
n’est pas encore assez, et il souhaiterait que le témoignage commun des
chrétiens se manifeste dans la foi surtout, au niveau pastoral, dans le
travail auprès de la jeunesse etc.
Les paroles de Jean Paul II : un grand réconfort
"Le pape Jean Paul II a dépassé toutes nos espérances, en disant le 22
octobre dernier que la cause des Palestiniens est sa propre cause, et qu’il
soutient leurs droits légitimes à vivre en paix sur leur terre, dans leur
patrie", relève Mgr Laham, qui souligne le grand réconfort spirituel que
procure de telles paroles pour la communauté chrétienne de Terre Sainte. Il
souhaite que l’Eglise universelle n’oublie pas, à quelques semaines de
Noël, cette population qui vit sur cette terre qui a vu naître le Christ et
fasse un geste d’amitié à son égard. (apic/be)