Beauraing/Namur, 2décembre(APIC) Le diocèse de Namur, en Belgique, a cé-
raing. En présence de près de 10’000 personnes venues pour prier et se recueillir, malgré le froid et la pluie. Accourues aussi pour se souvenir...
de l’apparition de la Sainte Vierge à cinq enfants du lieu, "ni moins ni
plus sages" que n’importe quels autres gosses. Trois d’entre eux vivent encore aujourd’hui. Ils étaient présents dimanche à Beauraing. L’Agence APIC
les a suivis l’espace d’une journée. Pour recueillir des témoignages et
plonger dans le souvenir d’un soir où la "Dame blanche" apparut, pour ensuite transmettre à travers des enfants son message aux chrétiens.
Le froid n’est pas encore très vif et la nuit est tombée depuis une heure sur Beauraing en ce soir du 29 novembre 1932. A peine un peu plus de 18
heures... Les enfants Voisin, Fernande et Gilbert, ont largement le temps
avant d’aller rechercher leur soeur qui sort 30 minutes plus tard de l’école tenue par les Soeurs de la Doctrine chrétienne. Le temps, en passant,
d’interpeller les deux soeurs Degeimbre, Andrée et Gilberte, pour les inviter à se joindre à eux. Le temps aussi d’une "crasse", d’une sonnette tirée
chez l’épicière, de filer se cacher pour l’observer. Ils ne savent pas, ces
cinq gosses, qu’un événement va tantôt bousculer leur vie. Qu’une "Dame
tout de blanc vêtue" les marquera à jamais en apparaissant à 33 reprises.
Ils ne savent pas non plus qu’en leur parlant, la Dame les fera témoins de
son message avant son "Adieu" lancé le 3 janvier 1933.
A l’époque des faits, rien n’est facile à Beauraing, une petite ville de
2000 habitants située à quelque 60 kilomètres de Namur et à une encablure
de la frontière française. C’est la crise. La grande crise des années 30,
celle qui engendre la peur un peu partout en Europe. L’exode rural n’épargne pas la ville. Et nombre d’ouvriers se déplacent chaque matin à vélo pour
s’en aller travailler en France. "La région n’était pas très riche", se
souvient une vieille habitante de Beauraing. "Elle ne l’est pas davantage
aujourd’hui, avec ses 3000 habitants, commerçants, ouvriers ou agriculteurs..." Avec ses maisons de briques rouges, rien ne saurait distinguer
Beauraing d’une autre bourgade de cette région de Belgique. Rien. Si ce
n’est le sanctuaire construit après les événements de 1932/33. Un sanctuaire qui attire chaque année près de 200’000 pèlerins.
"Qu’est-ce que c’est... là-bas?"
18h30... en ce soir du 29 novembre 1932. Fernande Voisin, 15 ans, son
frère Gilbert, 11 ans, se dépêchent maintenant pour aller chercher à la
porte de l’école leur soeur Gilberte âgée de 13 ans. Sans doute rient-ils
encore de la blague faite à l’épicière en compagnie de deux des filles Degeimbre, Andrée (14 ans) et Gilberte, la benjamine de la "bande" avec ses 9
ans à peine. Gilbert a sonné à la porte de l’école. Mais la Soeur portière
tarde à venir. Il se retourne et voit "une Dame qui se promène en l’air",
sur le talus, là, derrière la route qui sépare le jardin de l’école de la
ligne de chemin de fer. Son cri a jailli. Incrédules, les autres filles se
retournent à leur tour. Témoins de la même vision claire dans la nuit pourtant particulièrement obscure. Sur le pas de la porte, Gilberte, à peine
sortie de l’école, s’arrête sur le seuil et s’exclame: "Qu’est-ce que
c’est... là-bas?" La religieuse qui a ouvert le porte ne voit rien. Croyant
à une mauvaise plaisanterie, elle réprimande les écoliers: "Sots, retournez
à la maison". Ce que s’empressent de faire les enfants, encore sous le coup
de la peur.
Le père des enfants Voisin, employé des chemins de fer qui bouclent ses
fins de mois en effectuant des travaux de peintures, de même que la mère,
propriétaire d’un petit magasin de papiers peints, se gardent bien de les
prendre au sérieux. A l’instar de Mme Degeimbre du reste, veuve et ancienne
fermière de son état qui a conservé quelques vaches pour faire le commerce
du lait. Les jours se suivent, les apparitions aussi. La plupart à la même
heure, 18h30, près de l’aubépine du jardin de l’école que Marie a choisi
pour ses rendez-vous.
De ces apparitions, Gilberte Degeimbre, Gilberte et Albert Voisin, aujourd’hui âgés respectivement de 73, 69 et 71 ans, conservent de "cette Dame jeune, plutôt petite aux yeux bleux comme le ciel et au visage tout sourir couleur de chair et brillant", un souvenir qui ne s’estompe pas. Pas
d’avantage qu’ils n’oublient la vision des rayons brillants et très fins
qui paraissaient sortir de sa tête. Ils témoignent: "Son visage, surmonté
d’un voile blanc tombant jusque sur les épaules, était comme couronné de
soleil. Sa robe sans ceinture, d’une blancheur parfaite, différente de celle de la neige, était traversée de reflets bleus...; elle tombait lui cachant les pieds, se confondant avec un nuage blanc qui formait comme des
festons". "Elle était si proche de nous, raconte Albert, qu’en s’approchant
de trois à 5 mètres, nous aurions pu lui toucher les pieds". "Les mains
jointes, elle regardait tantôt le ciel tantôt vers nous. Souriante. Un chapelet pendait à son coude".
De ce jardin, il ne reste plus guère aujourd’hui que l’aubépine qui voisine avec la route et la voie de chemin de fer. Ainsi que le bâtiment
transformé de l’école devenu un centre d’accueil et de retraite pour les
malades en particulier. Le bitume a remplacé l’herbe pour accueillir les
pèlerins venus prier devant la statue de la Vierge, à l’emplacement même de
ses apparitions. Sur un mur prolongeant l’esplanade où un autel domine
maintenant, des inscriptions: les mots prononcés par la Sainte Vierge aux
enfants au cours de ses 33 apparitions: "Je suis la Vierge Immaculée"; Je
suis la Mère de Dieu, la Reine des Cieux"; "Je désire une chapelle", "Qu’on
vienne ici en pèlerinage"; Priez, priez beaucoup"; "Je convertirai les pêcheurs"; ainsi que ses dernières paroles adressées à Fernande Voisin avant
l’adieu: "Aimez-vou mon Fils? M’aimez-vou? Sacrifiez-vous pour moi!". Des
inscriptions qui s’ajoutent à des dizaines de remerciements dont celle-ci,
relevée au hasard: "Merci, Notre-Dame de m’avoir sauvée".