Béatification dimanche 16 mai du Père Tornay (040593)
la "béatification d’un martyr et missionnaire"
Fribourg, 4mai(APIC) Le dimanche 16 mai 1993, sera béatifié à Rome Maurice Tornay, chanoine valaisan de la Congrégation du Grand-Saint-Bernard, assassiné le 11 août 1949 dans une ambuscade entre la frontière entre la Chine et le Tibet. Un événement que les paroisses desservies par les chanoines
de la Congrégation, une dizaine, situées dans la région d’Orsières-Martigny, marqueront également. Tout comme les pèlerins, plus de 500, qui se rendront ce jour-là à Rome pour assister à la cérémonie de béatification, en
compagnie du cardinal Henri Schwery, de Mgr Henri Salina, du prévôt émérite
du Grand-Saint-Bernard Angelin Lovey et de l’actuel prévôt Benoît Vouilloz.
Des trains et des autocars emmèneront les pèlerins, valaisans pour la
plupart et en majorité citoyens des paroisses où sont présents les chanoines, pour vivre la béatification d’un missionnaire et martyr. Pour "la famille du Grand-Saint-Bernard, le fait qu’un confrère de la communauté soit
donné comme exemple de fidélité au Christ et de dévouement pastoral, nous
encourage dans notre propre vocation, dans notre ministère", déclare le
prévôt Benoît Vouilloz. L’importance de l’événement n’échappe du reste pas
à l’ensemble de la communauté, puisque sur les 75 moines du Grand-SaintBernard, dont 5 sont missionnaires à Taïwan, 35 feront le déplacement de
Rome. Parmi eux un missionnaire venu de Taïwan, qui sera accompagné d’un
chrétien tibétain, aujourd’hui âgé de 70 ans, ancien élève du chanoine Maurice Tornay.
C’est vrai, reconnaît le chanoine Vouilloz, cette béatification peut apporter un souffle nouveau pour les vocations au sein de la communauté, qui
est surtout connue par l’Hospice du Grand-Saint-Bernard. Avec les pèlerins,
des neveux et des nièces ainsi qu’une soeur de Maurice Tornay, religieuse à
Saint-Maurice, vivront eux aussi à Rome une journée qu’ils marqueront d’une
pierre blanche. Une autre soeur la suivra du Vakais, où elle réside encore
en compagnie de son époux.
Lettres et écrits du Père Tornay en 470 pages
Les lettres et les écrits du Père Tornay réunis lors du procès ouvert en
1953 représentent 470 pages dactylographiées. 1963 verra à Sion la conclusion du procès diocésain, marquée par une messe solennelle et une homélie
prononcée par Mgr Nestor Adam, alors évêque de Sion, en présence de Mgr Angelin Lovey, prévôt en titre des chanoines du Grand-Saint-Bernard, témoin
et vice-postulateur de la cause de béatification du Père Tornay. Il appartenait dès lors à Rome de décider.... "Rome à mis 30 ans", explique aujourd’hui le chanoine Lovey. "Il y a tellement de causes... Les avocats
sont tellement surchargés de travail. Reste que la cause du Père Tornay a
été relativement rapide par rapport aux autres béatifications qui auront
lieu le dimanche 16 mai".
La Congrégation du Saint-Bernard, avec son prévôt, alors le chanoine
Adam devenu évêque de Sion en 1952, est à l’origine de l’ouverture de la
cause de béatification.
Né en été 1910 à la Rosière, un hameau de la commune d’Orsières, dans la
vallée d’Entremont, Maurice Tornay est le septième enfant d’une famille de
paysans de montagne. Etudiant brillant et passionné, c’est ainsi qu’il est
tenté par le métier d’avocat et une carrière politique. Mais très religieux, il s’oriente vers la vocation sacerdotale et, son collège achevé, il
entre chez les chanoines du Grand-Saint-Bernard, qui desservent la paroisse
d’Orsières et dont l’Hospice domine la vallée. Il y fait son noviciat et
ses études de philosophie, puis, en deuxième année de théologie, demande à
partir pour le Tibet. C’est là qu’il achève ses études, tout en apprenant
le chinois et le tibétain. Il est ordonné prêtre à Hanoï (Vietnam) en 1938,
puis est chargé de la direction du Petit Séminaire de Houa-lo-pa, en Chine,
base de la mission des chanoines.
De l’exil à la mort
Pendant sept ans, le missionnaire valaisan se dévoue pour ses élèves, se
démenant pour leur assurer nourriture, logement et enseignement dans une
région dont la pauvreté est aggravée par la guerre entre la Chine et le Japon. En 1945, il est nommé curé de Yerkalo, au Tibet, seule communauté
catholique encore existante, dont le prêtre vient de mourir de la fièvre
typhoïde.
Conscient de la difficile situation, Maurice Tornay s’y rend avec détermination, mais se trouve aussitôt exposé à l’hostilité des lamas, qui
essayent de le faire partir par la menace, avant d’envahir sa maison, de le
piller et de l’expulser. En exil, le Père Tornay se morfond à Parmé et
s’inquiète pour la survie de sa communauté. Le 10 juillet 1949, il se joint
à une caravane chrétienne, habillé en tibétain, et pénètre dans le pays.
Mais Gun-Akhio, chef de la lamasserie de Sogun et souverain temporel de la
région, envoie deux hommes armés munis aussi de lettres à l’intention des
autorités, afin de le contraindre à repasser la frontière. Le 27 juillet,
Maurice Tornay et son serviteur sont rejoints et obligés de revenir sur
leurs pas. Mais à peine ont-ils atteint la frontière chinoise, le 11 août
1949, qu’il sont tous deux tués par des coups de feu, au lieu dit Tothong,
à près de 4’000 mètres d’altitude. Maurice Tornay était âgé de 39 ans. Un
mois plus tard, un télégramme portant ces simples mots: "Tornay assassiné"
parvenait à Orsières. Un livre, "Martyr au Tibet", de Robert Loup, lui est
consacré. (apic/ch/jbf/pr)