Bari : Le patriarche R. Bidawid (260990)
Bari, 26septembre(APIC) "Le blocus imposé à l’Irak est inhumain et immoral, comme est immoral le fait de priver les enfants de lait... La façon
dont cet embargo a été imposé n’a pas de précédent dans l’histoire", a déclaré mercredi à Bari le patriarche catholique de Babylone des Chaldéens à
Bagdad, Sa béatitude Raphaël I Bidawid, actuellement en Italie.
Le patriarche, qui participera au Synode des évêques sur la formation
des prêtres qui s’ouvrira le 30 septembre au Vatican, figure parmi les
quelque 250 personnalités de diverses religions présentes à une rencontre
interreligieuse organisée à Bari du 25 au 28 septembre par la Communauté de
San Egidio (Rome).
Parmi les personnalités religieuses catholiques présentes à Bari figurent, outre Raphaël I Bidawid, Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, Mgr Kondrusiewicz, évêque de Minsk, en Biélorussie, Mgr Rivera
Damas, archevêque de San Salvador et les cardinaux Jozef Glemp, archevêque
de Varsovie et Alexandre José Maria dos Santos, archevêque de Maputo, au
Mozambique. La rencontre de Bari a pour thème "Une mer de paix entre
l’Orient et l’Occident".
Le patriarche de Babylone des Chaldéens, qui a son siège à Bagdad, s’il
condamne l’embargo, s’abstient de dénoncer l’invasion du Koweit. Il s’en
explique: "Je n’ai pas à me prononcer sur l’invasion militaire. Ce n’est
pas mon affaire. Je n’ai pas à porter de jugement à porter là-dessus. Je ne
peux que vous dire ce que dit Saddam: la comparaison avec Israël et avec la
Syrie ne tient pas. Pour Saddam, le Koweit est un territoire que l’Irak a
récupéré. Du reste, personne ne songe à imposer un blocus à Israël et à la
Syrie" (concernant les Territoires Occupés et le Liban). Point de vue que
partage Raphaël I Bidawid: le Koweit est un territoire qui appartenait autrefois à l’Irak et qui a été constitué en Etat à la fin du mandat britannique en 1961.
La communauté chrétienne d’Irak se sent menacée
Le patriarche de Babylone affirme que sa communauté chrétienne se sent
menacée dans la région. C’est la raison pour laquelle, dit-il, les responsables des Eglises de la région ont lancé un appel en faveur du retrait des
troupes occidentales. En effet, leur présence met gravement en danger les
relations entre chrétiens et musulmans: les troupes occidentales en Arabie
Saoudite, les plus nombreuses, comportent une majorité de chrétiens, si
bien que "l’identification est facile".
S’il condamne l’embargo imposé à l’Irak, le patriarche s’abstient de
parler des violences exercées par l’armée irakienne lors de l’invasion du
Koweit. "On exagère beaucoup, répond-il. Citez-moi une armée qui a envahi
un pays et qui n’ait pas fait pire".
De même que le patriarche de Babylone, le patriarche latin de Jérusalem,
Mgr Michel Sabbah, est intervenu à Bari sur la crise du Golfe. "A dire la
vérité, a-t-il dit, nous avions perdu l’espoir dans la communauté internationale, incapable de faire justice dans cette occupation comme dans celle
des territoires occupés en Terre Sainte et au Liban, pays qui souffre d’une
double occupation". Il a ajouté: "Après la réaction internationale envers
l’injustice faite dans le Golfe, nous avons repris l’espoir et nous nous
sommes dit: qui peut faire la justice là la faire chez nous aussi".
Le patriarche de Jérusalem a en outre expliqué la raison des réactions
"très négatives" des Palestiniens face l’intervention de troupes occidentales dans la crise du Golfe. Selon lui, "le peuple y a vu une reprise du colonialisme occidental dans le Moyen-Orient, et en confondant l’Occident et
le christianisme, il y a vu une nouvelle croisade".
Lors de l’ouverture de la rencontre de Bari, le Premier ministre italien
Giulio Andreotti a proposé d’organiser une rencontre triangulaire entre les
représentants des trois grandes religions monothéistes pour qu’ils aident
"les hommes politiques - chrétiens, musulmans et israélites - à vaincre
l’incommunicabilité qui provoque entre autres le plus amer paradoxe d’aujourd’hui: il n’y a pas de paix dans la terre de Jésus." (apic/jt/pr)