Barcelone, 20mars(APIC) Le quatrième Forum "Home i Evangeli" ("Homme et
Evangile") s’est terminé il y a une semaine à Barcelone. Le mot d’ordre de
cette année a été : "enracinés dans le monde, croyants aujourd’hui". De
l’avis de ses organisateurs, le Forum a proposé une réflexion sur les
difficultés actuelles de vivre la foi chrétienne et une recherche de
chemins pour une réponse valable.
Défini par certains journaux comme une réunion de "chrétiens critiques"
de Catalogne, le Forum réunit essentiellement des crétiens de centre-gauche
et de gauche. Le cardinal Narciso Jubany, archevêque de la capitale
catalane, qui avait appuyé la création de ce Forum en le qualifiant de
"fait ecclésial positif", a envoyé une lettre d’encouragement aux
organisateurs. Le nouvel évêque auxiliaire de Barcelone, Mgr Lluis Martinez
Sistach, a pris part à ces journées, auxquelles participaient plus de 1500
personnes venues des différents diocèses catalans, des Baléares et de
Valence.
Les conférences de l’ancien président de l’Action Catholique italienne,
M. Alberto Monticone, et de Joan Llopis, professeur à l’Institut de théologie de Barcelone, intitulées : "Difficultés actuelles d’être chrétien" et
"La proposition chrétienne aujourd’hui" ont marqué ces journées. Un acte de
solidarité avec le tiers-monde a clôturé ce Forum. Luis Aguirre (coordinateur des communautés chrétiennes populaires au Nicaragua) a présenté des
projets d’aide au tiers-monde, comme par exemple la campagne "Catalunya solidaria".
Pour une Eglise dans le monde
Selon Alberto Monticone, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Rome, vivre en chrétien dans le monde d’aujourd’hui est une option
qui se réalise avec une confiance entière dans le Seigneur, du courage et
de la sagesse, mais qu’il faut sans cesse renouveler en tenant compte de
trois types de difficultés : objectives ou historiques, subjectives et
ecclésiales.
Le premier type de difficultés consiste dans la "mentalité sociale sécularisée". Il ne s’agit pas seulement d’une sécularisation dans les
différents secteurs de la vie sociale, mais surtout de l’affirmation d’une
manière de penser et d’agir suivant un modèle sécularisé qui exclut toute
considération rationnelle et éthique. L’obstacle à une vie chrétienne ne
réside pas dans la sécularisation elle-même, mais plutôt dans le vide de
son contenu et sa réduction aux modèles extérieurs.
La deuxième difficulté du chrétien, il faut la chercher dans sa "faible
condition spirituelle et culturelle". Face à la société de consommation et
au bas niveau moral de notre temps, la réponse adéquate consiste à adopter
un niveau spirituel et éthique élevé qui se traduit par une authentique
aspiration à la sainteté. Le projet de formation apostolique des communautés chrétiennes est insuffisamment inspiré de cette idée de "sainteté
laique". Cette spiritualité ne peut être séparée d’une bonne culture personnelle et communautaire. Un chrétien qui ne possède pas une solide formation culturelle ne peut opposer aucune motivation éthique aux différents
modèles de comportement que proposent et parfois imposent les forces dominantes de la société sécularisée.
Un troisième ordre de difficultés provient de la communauté ecclésiale
elle-même. Le point central est constitué par une attitude de peur. L’Eglise a peur que les chrétiens "se laissent corrompre par le monde", c’est-àdire qu’ils cèdent aux tentations de la sécularisation aussi bien au niveau
éthique qu’au niveau idéologique. L’idée qui engendre cette attitude est
celle d’une "Eglise sur la défensive", disposée à se lancer à la reconquête
du monde tout en craignant d’envoyer ses laics "comme des agneaux au milieu
des loups". Il s’agit aussi d’une méfiance face aux laics qui pourraient
remettre en cause la pratique ecclésiale en inventant des chemins de
témoignage et d’évangélisation nouveaux. "L’Eglise n’a pas envie de se remettre en question et de faire une examen de conscience sans préjugés",
conclut Alberto Monticone.
Joan Llopis : pour une attitude plus humaine de l’Eglise
Joan Llopis, expert en liturgie et ancien professeur aux Universités de
Salamanca et de Medellin, en Colombie, a critiqué l’actuel "processus de
restauration proposé par la hiérarchie ecclésiastique et certains secteurs
de l’épiscopat" qui empêche la "réhumanisation" de l’attitude des chrétiens
face à la vie, telle qu’elle avait été proposée par le Concile Vatican II.
Dans sa conférence, le professeur Llopis a accusé la hiérarchie de l’Eglise
d’encourager "le retour à la spiritualité et la récupération des valeurs
religieuses d’autrefois". A la phrase attribuée à l’Opus Dei : "Revenez à
Dieu pour être vraiment des hommes", il a opposé : "Revenez à l’homme,
pénétrez dans les dimensions authentiques de l’humanité et vous retrouverez
Dieu". Il a partagé les conclusions du Forum qui encouragent l’engagement
du chrétien dans les différents domaines de la vie sociale : "de la politique à la science, de la culture à l’action syndicale".
Les objectifs du Forum "Home i Evangeli"
Dans ses conclusions, le Forum "Home i Evangeli" a réaffirmé les thèses
qu’il avait soutenues lors de ses précédentes éditions, notamment la défense de l’objection sociale, la proposition que tout chrétien verse le 4% de
son salaire à la construction d’un "monde meilleur" ainsi que la pétition
réalisée auprès des parlementaires afin qu’ils réservent le 0,7% du budget
à des projets sociaux destinés au tiers-monde. (apic/cr/cor)