Interview de Mgr Luigi Giussani, fondateur de "Communion et Liberation"
Barcelone, 6 avril (APIC) "Communion et Liberation" est un des mouvements
laïcs les plus dynamiques de l’Eglise. Mgr Luigi Giussani a indiqué dans
une interview accordée au journal espagnol Catalunya Cristiana quelle vision de la société contemporaine et du christianisme animait son mouvement.
Comment voyez-vous la situation religieuse, morale et intellectuelle des
jeunes d’aujourd’hui ?
Les jeunes vivent dans un manque. Ils ne trouvent pas de sens à donner à
leur vie. Ils recherchent un sens dans des choses très proches. D’une
certaine façon, ils recherchent des sensations, de quoi donner un sens
immédiat à leur quotidien. Je crois aussi que le sentiment religieux s’est
libéré chez les jeunes. Ils n’ont jamais été autant réceptifs au message
religieux qu’aujourd’hui. Parallèlement à cette disposition favorable, je
vois chez les jeunes la difficulté de développer une attitude de résistance
et de continuité.
Quel pourrait être la cause d’un tel phénomène ?
La chute des idéologies.
Comment voyez-vous la sécularisation, est-ce qu’elle est un facteur de
purification ?
Je ne crois pas que le contact avec le monde purifie l’Eglise, sinon en
l’obligeant à retrouver plus profondément son identité. la sécularisation
pousse la foi a être plus consciente et elle la provoque à montrer dans
quelle msure ses contenus correspondent aux aspirations profondes du coeur
humain.
Le mouvement "Communion et Liberation" naquit avant le Concile. Qu’estce que le Concile a apporté au mouvement ?
le Concile a répondu à des exigences déjà très explicites pour nous : la
nature de l’Eglise comme présence du Christ et comme fait organique transformant l’histoire. On présenta le Christ comme centre de l’histoire du
monde, l’Eglise comme réalité organique qui signale sa présence. Deuxièmement, la reconnaissance du baptême comme le fondement de la dignité du
chrétien. C’est la figure du "fidèele" qui l’emporta dans ce sens et non
pas l’aménagement d’une "théologie du laïcat", qui est évidemment unilatérale. En troisième lieu, par "Gaudium et Spes", constitution du Concile
Vatican II, on a une invitation passionnée à s’ouvrir au monde et à rechercher la vérité du Christ dans les événements humains. C’est pourquoi le
chrétien ne se sent étranger à rien.
Est-ce que vous diriez que "Communion et Liberation" a quelque chose de
très précis et urgent à dire aujourd’hui?
Que le christianisme est un fait qui traverse l’histoire et dérange tout
ce qu’il touche. Dans son enracinement historique, il crée une attitude
culturelle très caractérisée.
Vous parlez souvent de "culture". Comment vous la définiriez ?
Je la définirais comme "développement critique et systématique de l’expérience". L’expérience est l’impact que la réalité exerce sur le sujet. La
provocation fait surgir le "problème". L’impact de la réalité pose un problème au sujet, et il doit répondre. C’est la responsabilité de la vie. Un
sujet répond - est responsable - d’autant plus qu’il est davantage conscient de sa propre identité.
Comment se forme cette conscience de soi du sujet ?
Elle est donnée par l’expérience de l’ "appartenance". L’alternative
fondamentale est que le sujet pense ou bien appartenir à soi-même ou bien
appartenir à quelqu’un de plus grand que soi. L’appartenance à soi-même est
la limite de la culture moderne : l’homme est la mesure des choses, l’homme
est autonome. L’appartenance à quelque chose de plus grand peut aussi déraper en appartenance au pouvoir, à l’Etat. Pour nous, l’appartenance est au
Christ. Si c’est une appartenance au Christ, c’est aussi par conséquent une
appartenance à l’Eglise. Tout ça s’appelle CULTURE chrétienne. Cette vision
de la culture l’ouvre de tous côtés : de par sa nature, elle ne peut rien
éviter, ne peut rien censurer, elle est ouverte à tout. Elle est vraiment
"catholique".
Quel est l’impact, la valeur de la modernité?
La valeur de la modernité consiste à affirmer la valeur de l’homme en
tant qu’inséré dans la matière. L’homme comme phénomène immergé dans la
matière. C’est un aspect profondément chrétien.
Qu’est-ce que vous dites de l’engagement politique ?
Nous ne pouvons pas soutenir un parti qui lutte contre certaines valeurs
fondamentales. Comment pourrions-nous appuyer un parti qui fait de la propagande contre la vie ? (apic/ym).