Messages de Jean Paul II et d’Emilio Castro,
conférences de Mgr Etchegaray et de Mme Aruna Gnanadason
Bâle, 16mai(APIC/Marie-Jo Hazard) Lors de la deuxième journée du Rassemblement oecuménique européen "Paix et Justice" de Bâle, le 16 mai, des
messages de Jean Paul II et d’Emilio Castro, secrétaire général du Conseil
Oecuménique des Eglises (COE) ont été lus aux participants. D’autre part,
le cardinal Roger Etchegaray, ancien archevêque de Marseille et actuel
président de la Commission vaticane "Justice et Paix", et Mme Aruna Gnanadason, membre du Conseil des Eglises de l’Inde, ont donné chacun une conférence.
Le message du pape Jean Paul II lu par le cardinal Carlo Maria Martini,
co-président du rassemblement de Bâle, a rappelé aux participants qu’il "ne
peut s’agir de n’importe quelle paix ni de n’importe quelle justice... mais
de celles qui s’identifient avec le Christ, Verbe de Dieu fait homme". Le
pasteur Emilio Castro, secrétaire général du COE, est venu lui-même à l’Assemblée le message du COE : rappelant que, pour beaucoup de personnes et de
peuples, l’Europe a vocation à la liberté et à la justice, le pasteur
Castro encouragea les participants à tout faire pour que "la maison européenne soit ouverte, soit un lieu d’hospitalité et de pluralisme des cultures et des races"
Deux orateurs sont intervenus, et l’un était particulièrement attendu :
le cardinal français Roger Etchegaray, ancien "Justice et Paix", venu de
Rome, a prononcé une conférence sur "Paix et Justice pour toute la création
: la responsabilité des chrétiens dans un temps de crise". Un titre dont il
fait remarquer qu’il n’est "peut-être pas très publicitaire", mais que,
"comme pour le vin, l’étiquette ne permet pas de se tromper sur le contenu.
Ce vin, peu importe de quelle cave il est tiré (Rome, Constantinople, Canterbury, Wittenberg, Genève ou ailleurs), pourvu que le Seigneur y reconnaisse le fruit de sa propre vigne".
Toute la méditation du cardinal Etchegaray s’est organisée autour d’un
thème : "Paix et Justice pour toute la création. Pour qu’il en soit ainsi,
il nous faut croire au Créateur, il nous faut vivre en créature". Ce qui
implique aussi de "signer un pacte de sympathie et de solidarité avec toute
la création" et de "reconnaître que nous sommes des créatures créatrices
parce que dotées de libertés".
Pour le président de la commission romaine "Justice et Paix", il importe
de se souvenir que "toute vie sur terre est solidaire" et que "partager par
amour conduit plus loin dans la justice que partager par devoir". Et
d’insister sur un point essentiel : "Les ressources naturelles sont le
patrimoine commun de toute l’humanité". Le cardinal Etchegaray souligne
ensuite que, sans prétendre avoir le monopole de la paix et de la justice,
les chrétiens ont en ce domaine une responsabilité spécifique parce que
"paix et justice sont au premier plan des signes messianiques".
"Que cette assemblée soit un lucide et courageux sursaut pour nous
redresser ensemble malgré le scandale de nos divisions et témoigner à la
face du monde que le règne de la paix et de la justice est déjà parmi
nous", affirme Mgr Etchegaray.
Les applaudissements qui couronnèrent l’allocution du cardinal Etchegaray se répétèrent à plusieurs reprises au cours de la conférence prononcée
par Aruna Gnanadason. Elle intervenait sur le thème : "Le défi de l’Europe
par les pays du Sud : vers un nouvel ordre mondial".
Les exemples sont nombreux, affirme la conférencière, qui prouve que le
modèle industriel de développement occidental devient universel : la
catastrophe de Bhopal en Inde en 1984, et les énormes concessions faites
par le gouvernement indien à la société transnationale "Union Carbide",
responsable de la catastrophe, en est une illustration tragique. Les
conséquences de ce modèle de développement des pays du Nord sont, pour le
Sud "l’appauvrissement croissant de vastes secteurs de la population", le
"terrorisme technologique" - avec la destruction des forêts, l’utilisation
croissante de produits chimiques, comme les pesticides, la "révolution
verte" qui a pour résultat l’érosion du sol par l’utilisation d’engrais
chimiques et la "révolution génétique" qui risque d’accélérer tous les
effets néfastes de la révolution verte". S’ajoute encore le poids de la
dette, la militarisation...
"Le moment est donc venu de mettre en question l’éthique de la mentalité
industrielle et les institutions qu’elle soutend", poursuit Aruna
Gnanadason : "Il s’agit donc de rechercher courageusement de nouvelles
institutions, de nouvelles théories, de nouveaux modèles de développement
et une nouvelle relation avec la nature qui ne l’exploite pas, mais la
sauvegarde". Les Eglises du Nord sont alors invitées à "prendre au sérieux
la recommandation de l’économiste Susan George, qui propose que l’on
demande aux gouvernements du Sud de rembourser toute la dette et les
intérêts dans un Fonds local de développement qui permettrait ensuite la
mise en oeuvre de programmes d’agriculture organique, de reboisement...
"La tâche essentielle pour vous, conclut Aruna Gnanadason, c’est de vous
attaquer aux contradictions qui existent au sein de vos propres pays" : immigration, pauvreté au milieu de l’abondance, racisme, course aux armements... "Il faut que nous reconnaissions l’interrelation de nos luttes et
que nous croyions qu’un nouvel ordre mondial est réalisable si nous
joignions nos voix pour chanter ensemble des chants de libération".
(apic/mjh/bd)