"Je ne vais pas devenir évêque"
Bâle, 1erjuin(APIC/Alois Schuler) Dimanche 29 mai, le pape a nommé 25
nouveaux cardinaux. Il y a un Suisse parmi eux, le théologien Hans Urs von
Balthasar, qui réside à Bâle. "Il y a plusieurs années, j’ai prié le pape
de me faire grâce des honneurs. Il est maintenant revenu sur cette
décision", a affirmé le théologien lors d’une interview accordée mardi à
l’APIC.
APIC. Mon Père, vous venez d’être nommé cardinal. Cela montre que le pape
connaît vos livres et estime votre travail de théologien.
HUvB. Je suis membre de la Commission théologique internationale depuis 16
ans. C’est le pape ou le Synode des évêques qui nous donne du travail. Par
le biais de cette collaboration, je connais le pape depuis longtemps. J’ai
aussi rencontré le pape lorsque j’ai reçu le prix Paul VI.
APIC. Est-ce que votre pensée théologique a influencé directement certains
documents du magistère ?
HUvB. Non, pas directement. Mais le pape connaît certains de mes livres. Et
il m’a demandé par exemple cette année de rédiger pour lui le chemin de
croix du vendredi saint. Ma pensée semble effectivement lui plaire.
Il y a une préhistoire à ma nomination. Il y a un certain nombre d’années déjà, j’avais demandé au pape de me faire grâce des honneurs. On nomme
régulièrement un théologien membre du collège des cardinaux. Il n’est pas
nécessaire que je devienne évêque.
APIC. Vous avez été nommé cardinal à cause de votre immense travail théologique. Quels aspects du Concile Vatican II souligneriez vous ?
HUvB. Depuis le Concile de Trente, nous avons une idée très hiérarchique de
l’Eglise. Au premier concile du Vatican, on n’a parlé que du pape, et on
n’a pas abordé la question de l’Eglise. C’est pourquoi le Concile Vatican
II a insisté sur l’Eglise universelle et sur la sainteté de tous les
croyants, pas seulement des prêtres et des religieux. L’idée fondamentale
de Vatican II est la "communio", la représentation patristique de l’Eglise
comme communauté. Hiérarchie et communauté vont ensemble.
APIC. Comme cardinal, vous êtes conseiller du pape d’une manière
particulière.
HUvB. Certainement, mais je vais bientôt avoir 83 ans. Je suis cependant
encore membre de la Commission théologique. Naturellement, je me mets à la
disposition du pape pour le cas ou il aurait besoin de moi.
APIC. Vous avez beaucoup écrit. Est-ce que c’est surtout par vos livres que
vous avez travaillé pour l’Eglise ?
HUvB. On m’a proposé plusieurs fois une chaire de théologie. J’ai toujours
refusé, car je ne me sentais pas appelé à donner des cours et à faire
passer des examens. Romano Guardini m’avait demandé de lui succéder à
Munich. Parmi mes activités importantes à l’heure actuelle, il y a le
travail au service de l’Institut séculier que j’ai fondé avec Adrienne von
Speyer et dont je suis responsable. Les membres vivent dans différents
pays. Je leur rends visite et je fais office de maître des novices.
J’ai aussi fondé une maison d’édition, le Johannesverlag, qui a déplacé
son siège d’Einsiedeln à Trèves. Ca marche bien. Nos livres sont traduits
en de nombreuses langues. J’ai écrit beaucoup de livres, mais les livres
atteignent les gens. Je participe encore à un certain nombre de symposiums.
Et finalement je prêche beaucoup de retraites, surtout à l’étranger et souvent pour de jeunes prêtres.
APIC. Vous n’aimez pas les étiquettes "conservateur" ou "progressiste". Ou
vous situez-vous théologiquement ?
HUvB. Vous me proposez des étiquettes politiques. Je crois qu’elles ne sont
pas appropriées lorqu’on parle de théologie. Pour moi, il va de soi que je
suis les deux. Je dois rester fidèle à ce qui se trouve dans l’Evangile et
ce que les grandes traditions de l’Eglise véhiculent - pas n’importe quel
détail. Dans ce sens, je suis conservateur. Mais je suis progressiste,
parce que je veux vivre avec mon temps. Je n’ai pas écrit un seul manuel
mais j’ai toujours essayé de formuler à partir de la philosophie et de la
littérature contemporaine ce qui est important.
APIC. Votre nomination crée une nouvelle situation en Suisse. Quels seront
les rapports entre le cardinal von Balthasar et la conférence des évêques
suisses ?
HUvB. Je ne suis pas évêque. Je ne sais pas si les évêques vont me
consulter sur certaines questions. Je vais rendre visite à la Conférence
épiscopale la semaine prochaine. Elle sera réunie en session à Einsiedeln.
S’ils ont besoin de moi je suis à leur disposition. Mais les évêques ont
une vision d’ensemble de la situation pastorale que je n’ai pas.
(APIC/as/ym)