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    Bâle : interview du cardinal Hans Urs von Balthasar (010688)

    "Je ne vais pas devenir évêque"

    Bâle, 1erjuin(APIC/Alois Schuler) Dimanche 29 mai, le pape a nommé 25

    nouveaux cardinaux. Il y a un Suisse parmi eux, le théologien Hans Urs von

    Balthasar, qui réside à Bâle. "Il y a plusieurs années, j’ai prié le pape

    de me faire grâce des honneurs. Il est maintenant revenu sur cette

    décision", a affirmé le théologien lors d’une interview accordée mardi à

    l’APIC.

    APIC. Mon Père, vous venez d’être nommé cardinal. Cela montre que le pape

    connaît vos livres et estime votre travail de théologien.

    HUvB. Je suis membre de la Commission théologique internationale depuis 16

    ans. C’est le pape ou le Synode des évêques qui nous donne du travail. Par

    le biais de cette collaboration, je connais le pape depuis longtemps. J’ai

    aussi rencontré le pape lorsque j’ai reçu le prix Paul VI.

    APIC. Est-ce que votre pensée théologique a influencé directement certains

    documents du magistère ?

    HUvB. Non, pas directement. Mais le pape connaît certains de mes livres. Et

    il m’a demandé par exemple cette année de rédiger pour lui le chemin de

    croix du vendredi saint. Ma pensée semble effectivement lui plaire.

    Il y a une préhistoire à ma nomination. Il y a un certain nombre d’années déjà, j’avais demandé au pape de me faire grâce des honneurs. On nomme

    régulièrement un théologien membre du collège des cardinaux. Il n’est pas

    nécessaire que je devienne évêque.

    APIC. Vous avez été nommé cardinal à cause de votre immense travail théologique. Quels aspects du Concile Vatican II souligneriez vous ?

    HUvB. Depuis le Concile de Trente, nous avons une idée très hiérarchique de

    l’Eglise. Au premier concile du Vatican, on n’a parlé que du pape, et on

    n’a pas abordé la question de l’Eglise. C’est pourquoi le Concile Vatican

    II a insisté sur l’Eglise universelle et sur la sainteté de tous les

    croyants, pas seulement des prêtres et des religieux. L’idée fondamentale

    de Vatican II est la "communio", la représentation patristique de l’Eglise

    comme communauté. Hiérarchie et communauté vont ensemble.

    APIC. Comme cardinal, vous êtes conseiller du pape d’une manière

    particulière.

    HUvB. Certainement, mais je vais bientôt avoir 83 ans. Je suis cependant

    encore membre de la Commission théologique. Naturellement, je me mets à la

    disposition du pape pour le cas ou il aurait besoin de moi.

    APIC. Vous avez beaucoup écrit. Est-ce que c’est surtout par vos livres que

    vous avez travaillé pour l’Eglise ?

    HUvB. On m’a proposé plusieurs fois une chaire de théologie. J’ai toujours

    refusé, car je ne me sentais pas appelé à donner des cours et à faire

    passer des examens. Romano Guardini m’avait demandé de lui succéder à

    Munich. Parmi mes activités importantes à l’heure actuelle, il y a le

    travail au service de l’Institut séculier que j’ai fondé avec Adrienne von

    Speyer et dont je suis responsable. Les membres vivent dans différents

    pays. Je leur rends visite et je fais office de maître des novices.

    J’ai aussi fondé une maison d’édition, le Johannesverlag, qui a déplacé

    son siège d’Einsiedeln à Trèves. Ca marche bien. Nos livres sont traduits

    en de nombreuses langues. J’ai écrit beaucoup de livres, mais les livres

    atteignent les gens. Je participe encore à un certain nombre de symposiums.

    Et finalement je prêche beaucoup de retraites, surtout à l’étranger et souvent pour de jeunes prêtres.

    APIC. Vous n’aimez pas les étiquettes "conservateur" ou "progressiste". Ou

    vous situez-vous théologiquement ?

    HUvB. Vous me proposez des étiquettes politiques. Je crois qu’elles ne sont

    pas appropriées lorqu’on parle de théologie. Pour moi, il va de soi que je

    suis les deux. Je dois rester fidèle à ce qui se trouve dans l’Evangile et

    ce que les grandes traditions de l’Eglise véhiculent - pas n’importe quel

    détail. Dans ce sens, je suis conservateur. Mais je suis progressiste,

    parce que je veux vivre avec mon temps. Je n’ai pas écrit un seul manuel

    mais j’ai toujours essayé de formuler à partir de la philosophie et de la

    littérature contemporaine ce qui est important.

    APIC. Votre nomination crée une nouvelle situation en Suisse. Quels seront

    les rapports entre le cardinal von Balthasar et la conférence des évêques

    suisses ?

    HUvB. Je ne suis pas évêque. Je ne sais pas si les évêques vont me

    consulter sur certaines questions. Je vais rendre visite à la Conférence

    épiscopale la semaine prochaine. Elle sera réunie en session à Einsiedeln.

    S’ils ont besoin de moi je suis à leur disposition. Mais les évêques ont

    une vision d’ensemble de la situation pastorale que je n’ai pas.

    (APIC/as/ym)

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