langue allemande sur le thème "Europe, pays de mission"
Nominations épiscopales: appréciations divergentes entre l’Est et l’Ouest
Wels/Linz, 25septembre(APIC/Jacques Berset) La chute du "mur de la honte"
et l’effondrement du communisme ont marqué cette année la "Rencontre des
trois pays", qui rassemble traditionnellement les journalistes catholiques
de Suisse, d’Allemagne et d’Autriche. A propos des récentes nominations
épiscopales contestées en Allemagne, en Autriche et en Suisse, on a pu se
rendre compte de la différence de "culture politique" entre les participants venant de l’Est et les journalistes des pays démocratiques, concernant notamment la liberté du pape de nommer les évêques de son choix.
Les quelque 150 journalistes et publicistes qui se sont réunis du 20 au
23 septembre au château de Puchberg bei Wels, près de Linz, venaient de
huit pays : Autriche, Allemagne, Suisse, ainsi que Hongrie, Tchécoslovaquie, RDA, Pologne et Yougoslavie. Le thème, "Europe, pays de mission", a
permis d’analyser les obstacles et les possibilités, du point de vue des
journalistes catholiques, d’une nouvelle évangélisation de l’Europe. Un
continent ravagé par le matérialisme pratique de la société de consommation
occidentale et, à l’Est, émergeant d’une idéologie athéiste imposée et dont
les séquelles au niveau moral mettront des années à disparaître.
Le "masochisme" des catholiques occidentaux
Différentes nominations épiscopales en Allemagne (Cologne), en Autriche
(Vienne, Feldkirch, Salzbourg) et en Suisse (Coire) ont provoqué de vives
tensions dans l’Eglise. Ces faits représentent aux yeux d’une partie des
publicistes catholiques occidentaux présents à Wels un obstacle à l’évangélisation dans une société pluraliste et démocratique. Et de demander que
l’Eglise "s’inculture" également dans cette réalité-là. Le professeur Hermann Lübbe, professeur de philosophie et de théorie politique à l’Université de Zurich, a rappelé dans son intervention que la transmission du sens
religieux a certes contribué à l’échec du totalitarisme en Europe et rendu
possible la résistance. La disparition du totalitarisme va cependant faire
reculer l’orientation religieuse, la sécularisation va encore s’accroître.
Les critiques concernant la politique vaticane de nominations épiscopales a fait réagir les participants d’Europe de l’Est. Pour Tomas Halik, ordonné prêtre clandestinement en 1978 à Erfurt (RDA) et actuellement secrétaire de la Conférence épiscopale tchèque, les problèmes soulevés à l’Ouest
sont pour lui secondaires. "Nous avons manifesté en Tchécoslovaquie pour
que le pape ait la liberté de nommer les évêques sans interférence et manipulation de l’Etat", a-t-il lancé. Il lui semble qu’à l’Ouest, les catholiques font preuve d’une certaine amertume, si ce n’est d’un certain "masochisme". Et de souligner que cette aspiration revendiquée de démocratisation dans l’Eglise amène le risque d’un certain horizontalisme et la tentation de s’adapter au monde actuel, à l’esprit du temps.
Les critiques adressées à Rome mal ressenties à l’Est
Pour d’autres intervenants de l’Est également, le Vatican et le pape actuel (qui a mis fin, selon T. Halik, à une "Ostpolitik" pas tellement appréciée sur place), ont représenté "un phare dans la nuit". La relation
avec Rome a signifié un grand soutien pour l’Eglise des catacombes. Raison
pour laquelle les critiques sont plutôt mal ressenties à l’Est. Du côté occidental, on a senti de la gratitude pour une nouvelle façon de voir les
choses, peut-être aussi une certaine gêne face aux nouvelles valeurs nées à
l’Est dans la souffrance de ces années de persécution, mais également le
refus de se laisser "discipliner" par cette expérience.
L’abbé Halik, qui appartient au groupe de conseillers du cardinal Tomasek, archevêque de Prague, est l’un des inspirateurs de la décennie de renouveau spirituel lancée en Tchécoslovaquie en 1987. Il a relevé que l’autorité morale de l’Eglise et son rapprochement avec le peuple ont atteint
un point culminant entre la "révolution de velours" de novembre 1989 et la
visite du pape en avril dernier. Ces dernières années, en Bohème, un pays
depuis longtemps sécularisé, la sympathie à l’égard de l’Eglise s’est fortement accrue parmi les intellectuels et les jeunes des grandes villes.
Pendant l’entre-deux-guerres, le catholicisme était plutôt ressenti comme un phénomène marginal, car la culture était dominée par un humanisme de
type libéral de gauche, voire socialiste. Le catholicisme a gagné ses lettres de noblesse ces 15 dernières années dans le cadre de la "culture parallèle" alternative, caractérisée par les "samizdats", les "Universités
volantes", les séminaires, cours ou pièces de théâtre jouées à domicile.
Les prêtres de "l’Eglise clandestine", qu’ils aient été ordonnés secrètement ou qu’ils aient perdu la permission de l’Etat d’exercer leur ministère, ont joué également un rôle très important pour offrir une alternative à
l’idéologie communiste dominante.
L’Eglise tchécoslovaque face à la société pluraliste
Maintenant que la société tchécoslovaque fait l’apprentissage de la liberté, l’Eglise a cessé de jouer ce rôle difficile, mais aussi attractif
pour beaucoup, d’opposition face à l’Etat, relève Tomas Halik. Elle doit
devenir désormais un partenaire compétent en de nombreux domaines, dans une
société pluraliste, et donc apprendre, dans ces nouvelles circonstances, à
garder son identité. Elle devra aussi réagir de façon flexible, non seulement face à la nouvelle situation politique, mais également spirituelle.
En effet, l’intérêt des jeunes notamment pour la religion et leur soif
de valeurs spirituelles - évidents à l’époque du régime communiste - s’accompagnent d’un manque souvent total de culture religieuse et de connaissance de l’Eglise, ce qui fait de cette population une proie facile pour
les sectes. Ces dernières ont trouvé dans les pays anciennement communistes
leur "terre promise" et y investissent d’énormes efforts. Les sectes se
montrent dans ce domaine beaucoup plus flexibles que l’Eglise, trop occupée
à remettre sur pied ses structures de base détruites par quatre décennies
de système communiste.
Eviter le mariage entre l’Eglise et un parti politique
Maintenant que le communisme est défait, l’Eglise devrait éviter de perdre le contact et la solidarité avec les autres forces démocratiques. Durant la campagne électorale de ce printemps en Tchécoslovaquie, déplore le
secrétaire de la Conférence épiscopale, les partis "chrétiens", qui ont
tenté de profiter de l’autorité morale de l’Eglise, ont utilisé avec zèle
les symboles religieux. Cela a causé leur perte face au "Forum Civique", et
jeté dans la société un certain discrédit sur les chrétiens. De l’avis de
Tomas Halik, l’Eglise doit éviter un mariage compromettant avec un parti
politique, mais cela ne veut pas dire que les chrétiens doivent être abstentionnistes dans le domaine politique.
La direction de l’Eglise, estime T. Halik, n’est pas actuellement préparée pour réagir avec suffisament de rapidité face à la nouvelle situation.
Il manque de laïcs bien formés et l’état du clergé est insatisfaisant : il
y a trop peu de prêtres, beaucoup d’entre eux sont usés et âgés. Ils ont
encore en eux une "censure intérieure" qui freine toute initiative. Ces
prêtres, relève-il, se sont habitués à la manipulation par l’Etat et ne savent plus comment agir face à une situation de liberté.
Deux générations de prêtres ont été quasiment privés d’évêques, et ils
ne sont pas habitués à accepter une autorité épiscopale ou à travailler
avec les laïcs. Face à l’Ouest, relève-t-il, il faut à tout prix éviter
deux extrêmes : accepter de façon non critique les modèles ecclésiaux occidentaux, ou se fermer de façon peureuse à tout ce qui vient de l’Occident.
L’Eglise doit également sortir de la sacristie, où elle avait été confinée
par le régime communiste et retrouver sa place dans la société, dans le domaine de l’éducation, de la culture, de l’action sociale et caritative.
Ainsi, conclut-il, l’Eglise ne devra pas se contenter de lancer des mises
en garde globales contre les dangers de la société de consommation matérialiste, mais apporter sa contribution au renouveau moral de la société, sans
lequel les changements dans les pays de l’Est ne seront pas suffisamment
radicaux et ne conduiront pas à une société plus humaine. (apic/be)