Mgr Kräutler dénonce "l’histoire enjolivée"
Feldkirch, 12janvier(APIC) Mgr Erwin Kräutler, évêque missionnaire au
Brésil d’origine autrichienne, a déclaré lors d’une conférence de presse à
Feldkirch que la prétendue découverte de l’Amérique il y a exactement 500
ans n’a été rien d’autre qu’une conquête brutale. Il ne s’agissait pas
d’une rencontre des cultures, comme on le prétend souvent, mais d’or,
d’épices et de pouvoir. L’Eglise s’en est aussi rendue complice, lance
l’évêque de la prélature territoriale de Xingu, en Amazonie, qui affirme
que 90 % de la population autochtone d’Amérique latine a disparu au cours
du premier siècle de la conquête.
Mgr Kräutler, actuellement en tournée de conférences dans son pays natal, a fait de sévères critiques au sujet des parties sombres de l’histoire
des Amériques. Le 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique ne doit
pas être une raison de fêter, a estimé l’évêque. L’Amérique n’a pas été découverte en 1492, mais conquise; il n’y a jamais eu de rencontre de cultures, mais anéantissement d’une culture. Et d’affirmer que la conquête du
continent fait partie des zones les plus sombres de l’histoire universelle.
Mais parce qu’on regarde l’histoire de l’Amérique latine avec des yeux
européens, on ne veut pas le reconnaître, poursuit-il. On ne veut non plus
pas prendre en compte les 40’000 ans d’histoire de l’Amérique avant l’arrivée de Colomb.
L’évêque de Xingu souhaite qu’on ait le courage de reconnaître les fautes de la conquête de l’Amérique "pour lesquelles l’Eglise s’est également
faite complice", parce que trône et autel étaient alors si étroitement liés
qu’il s’agissait pour le missionnaire "de gagner des âmes pour Dieu et des
sujets pour le roi". Pour Mgr Kräutler, l’Eglise officielle n’a pas eu le
courage de défendre les populations, mais a soutenu les couronnes d’Espagne
et du Portugal. Mgr Kräutler ne s’oppose pas à l’idée de l’évangélisation,
mais elle devrait emprunter "les chemins du dialogue et du respect". Comme
"compensation" pour les souffrances subies par l’Amérique latine, Mgr
Kräutler propose la renonciation aux intérêts bancaires, l’abolition de la
dette extérieure, et des prix justes pour ses matières premières.
Mgr José Ivo Lorscheiter, évêque de Santa Maria, au Brésil, a proposé de
son côté lors d’un exposé à Graz que l’on pourrait envisager, à l’occasion
de cette année jubilaire, un mécanisme de remboursement créatif de la dette
brésilienne. Contractée en grande partie par les militaires durant la période de la dictature, la dette brésilienne - qui s’élève actuellement à
quelque 130 milliards de dollars - ne pourra jamais être remboursée, si
l’on reste réaliste. Mgr Lorscheiter propose donc que l’on réinvestisse ces
créances dans des projets sociaux valables au Brésil même. (apic/kap/mp)