"Mieux connaître la pauvreté pour mieux la combattre"
Berne : Flavio Cotti reçoit jeudi une délégation d’ATD-Quart Monde
Treyvaux, 14février(APIC) Une délégation du mouvement ATD-Quart Monde emmenée par Arnold Christen, responsable du mouvement suisse, et composée
d’Hélène Beyeler, représentante d’ATD-Quart Monde auprès des organisations
internationales à Genève, et d’Alwine de Vos van Steenwijk, présidente du
mouvement international, sera reçue jeudi en fin d’après-midi à Berne par
Flavio Cotti, chef du Département fédéral de l’Intérieur. La délégation
présentera à cette occasion le rapport du Conseil Economique et Social
(CES) français "Grande pauvreté et précarité économique et sociale" dans le
but de stimuler la réflexion et l’action dans le domaine de la lutte contre
la pauvreté en Suisse.
Le Conseil Economique et Social (CES) en France votait le 12 février
1987 à la quasi-unanimité un rapport intitulé "Grande pauvreté et précarité
économique et sociale" en se basant sur un document préparé par le Père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement international Aide à Toute Détresse
ATD-Quart Monde, décédé subitement le 14 février 1988 à l’âge de 71 ans. Il
devait rencontrer dans les mois suivants le Conseiller fédéral Flavio Cotti
et la rencontre avait été renvoyée.
Deux ans après la parution de ce rapport, qui a eu un grand retentissement en France, le mouvement ATD-Quart Monde souhaite que pareille réflexion s’étende à toute l’Europe. "Aidons-nous à mieux connaître la pauvreté
pour mieux la combattre", lancent les responsables du mouvement dans les
divers pays européens ou il est présent.
Un "Revenu minimum d’insertion"
En deux ans, le succès du rapport Wresinski a été indéniable : diffusé à
30.000 exemplaires, il a eu des suites dans plusieurs pays. En France d’abord, ou il a notamment provoqué le vote d’une loi instituant le "Revenu
minimum d’insertion" (RMI). En Belgique, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Suisse, et jusqu’au Canada, en Colombie et aux Philippines,
ce document a suscité diverses interpellations.
Du vécu
L’impact du rapport Wresinski tient, pour une part, à la personnalité de
son auteur. Alors que nombre d’Européens ont seulement "redécouvert" la
pauvreté à l’occasion du rude hiver d’il y a quatre ans, le Père Joseph,
lui, n’a jamais quitté le milieu ou il a grandi. Il savait donc de quoi il
parlait quand il réclamait pour les pauvres des moyens d’échapper à la dépendance et à l’assistance.
Indigne d’une société moderne
Le rapport Wresinski n’a pas été préparé en chambre. Bien sûr, il cite
des chiffres froids de statisticiens : 7 % d’illettrés parmi les jeunes
conscrits et 2,5 millions de pauvres en France... Mais le texte sent le
vécu de familles concrètes qui ont été écoutées dans leurs difficultés et
leurs aspirations. C’est précisément cette connaissance "qualitative" des
familles pauvres qui est à la base des premières propositions émises dans
le rapport : "Mieux connaître la pauvreté pour mieux la combattre". "Quand
on voit qu’il a fallu recréer des soupes populaires, expliquent les responsables d’ATD-Quart Monde, il y a de quoi s’interroger. Cette manière de se
laisser surprendre par la pauvreté est indigne d’une société moderne."
A l’encontre de toute improvisation, le rapport Wresinski plaide donc
pour un plan de lutte concertée contre la pauvreté. Cette lutte passe par
un véritable partenariat avec les familles pauvres : il faut stimuler leur
vie associative, tenir compte de leurs besoins et possibilités. La lutte
contre la pauvreté suppose aussi des mesures politiques concrètes pour garantir à tous une sécurité d’existence, un logement, un travail, une formation, sans oublier la santé. Autant de droits qui sont indivisibles. Il
faut donc passer d’une approche sectorielle à une approche globale de la
pauvreté. Car le vécu des pauvres est lui aussi global.
Et la pauvreté en Suisse ?
Arnold Christen est persuadé de la pertinence du rapport du Conseil Economique et Social pour la Suisse, car il ne se base pas sur des informations et des expériences recueillies uniquement en France, mais partout ou
le mouvement ATD-Quart Monde est aux côtés des couches de populations les
plus pauvres dans les pays industrialisés. Et il y a également en Suisse
entre 3 et 5 % de pauvres, souligne-t-il, la pauvreté étant définie par le
mouvement ATD-Quart Monde non seulement en termes de bas revenus, mais également de précarité et d’exclusion sociale. (apic/bd/be)