Assemblée du CELAM à Buenos Aires (250491)
Buenos Aires, 25avril(APIC) Buenos Aires accueille actuellement (22-27
avril) la 23e assemblée ordinaire du Conseil épiscopal latino-américain
(CELAM). Peut-être moins "ordinaire" qu’il n’y paraît, estime l’hebdomadaire espagnol "Vida Nueva", puisque c’est l’équipe dirigeante du Conseil
qu’il s’agit de désigner, à un moment où des tensions se font jour au sein
de l’organisme à propos de la célébration du cinquième centenaire de
l’évangélisation de l’Amérique.
L’actuel président du CELAM, le secrétaire général, les présidents et
délégués de 22 Conférences épiscopales, les présidents des différents Départements du CELAM et les responsables de section participent à cette 23e
Assemblée. Tous prendront part à l’élection du nouveau président, du viceprésident et des présidents des Départements.
Même si ce processus se répète tous les quatre ans, le renouvellement de
l’équipe dirigeante revêt cette fois une importance particulière. En raison
tout d’abord de la proximité des célébrations du 5e centenaire de l’évangélisation, qui auront lieu en octobre 1992 à Saint-Domingue, où Jean Paul II
viendra clôturer les travaux de la quatrième Assemblée générale du CELAM,
après celles de Rio (1955), Medellin (1968) et Puebla (1979). Mais plus encore en raison des divergences de vues au sein même de l’organisme, à propos précisément des assises de Saint-Domingue, avec la participation de
tous les évêques du continent.
Document contesté
Le différend n’oppose pas cette fois, comme cela s’est produit dans le
passé, "progressistes" et "conservateurs", ou encore les secteurs liés à
l’"Eglise populaire" ou à la "théologie de la libération" et ceux qui sont
proches de Rome. La "pomme de discorde", selon "Vida Nueva", est cette fois
le document prépratoire à l’assemblée de Saint-Domingue, mis en circulation
il y a maintenant trois ans.
Pour élaborer ce document, le CELAM a suivi la procédure normale, en
chargeant d’abord des experts et des historiens de rédiger un document destiné à être envoyé pour consultation aux vingt-deux Conférences épiscopales d’Amérique latine. Après un large débat au sein des Eglises locales,
celles-ci communiquent ensuite leurs propositions et observations au CELAM
qui, à la lumière de ces nouveaux apports, rédige à son tour un document de
travail devant servir de base de discussion à l’Assemblée des évêques de
tout le continent.
Pauvre, inconsistant, flou...
Le problème, en l’occurrence, est que le document de consultation envoyé
aux épiscopats par le CELAM a reçu un accueil plus que mitigé de la part
non seulement des Conférences épiscopales, mais également de la Commission
pontificale pour l’Amérique latine à Rome. Les griefs portaient sur la
pauvreté de la partie historique, l’inconsistance de l’analyse pastorale et
le flou des propositions. L’un des principaux censeurs n’était autre que
celui qui est considéré comme l’artisan du document de Puebla: le cardinal
Alfonso Lopez Trujillo, à l’époque archevêque de Medellin (Colombie) et
président de la Conférence épiscopale colombienne.
La présidence du CELAM a pourtant rejeté les critiques les
plus sévères et défendu le document, tout en admettant l’inconsistance de
la partie historique, et opté pour le jugement de Salomon: on en ferait un
"prédocument", sur la base duquel seraient élaborés un nouveau document de
consultation et, par la suite, un document de travail. Le problème est que,
pour un motif que l’on ignore - par "négligence délibérée" du CELAM, accusent certains prélats -, le document de consultation attendu n’a jamais vu
le jour.
La "légende noire"
Selon des "souces bien informées proches du CELAM", auxquelles se réfère
"Vida Nueva", le cardinal Trujillo, qui réside actuellement à Rome, où il
est président du Conseil pontifical pour la famille, a pris la tête des
partisans d’un achèvement du travail. Il estime que le temps qui reste est
suffisant pour le retravailler en profondeur et, surtout, le corriger dans
sa partie historique qui, selon lui, ferait trop de concessions à la "légende noire".
Candidats
Les résultats des prochaines élections seront déterminants dans la mesure où elles permettront de voir quelle position l’emportera et comment
sera préparée l’Assemblée de Saint-Domingue. A en croire les sources citées
par "Vida Nueva", le candidat de Mgr Castrillon pour lui succéder à la présidence n’est autre que l’actuel vice-président, Mgr Nicolas Lopez Rodriguez, archevêque de Saint-Domingue, ou encore Mgr Oscar Andrès Rodriguez
Maradiaga (Honduras), malgré le handicap que constitue son jeune âge.
On ne connaît pas encore le candidat des secteurs qui ont le plus critiqué le document, mais beaucoup au CELAM craignent que la collision qui risque de se produire entre les deux tendances ne contribue à conduire à la
présidence et à d’autres postes-clés un représentant des secteurs radicaux
les plus hostiles à la théologie de la libération, écartés des postes de
commandement depuis quatre ans.
Rome soucieuse d’éviter l’affrontement
"Vida Nueva" cite une source plus proche du secrétariat du CELAM, selon
laquelle le Saint-Siège serait partisan de l’abandon du prédocument et de
l’élaboration d’un nouveau document de consultation dont la partie
historique serait substantiellement améliorée et où l’on mettrait davantage
l’accent sur les trois thèmes proposés par le pape pour l’Assemblée de
Saint-Domingue: "Nouvelle évangélisation. Promotion humaine. Culture
chrétienne".
Mais le Vatican est avant tout soucieux d’éviter à tout prix un affrontement qui provoquerait une rupture. Un affrontement qui pourrait finir par
déstabiliser le CELAM. Ce à quoi veillent, à l’occasion de l’assemblée ordinaire de Buenos Aires, les représentants du Saint-Siège qui, s’ils ne
participent pas au scrutin, n’en auront pas moins une influence décisive.
(apic/cip/pr)