Asie: les femmes victimes d’une forte discrimination (200392)
Paris, 20 mars(APIC) Si en Occident le sexisme se manifeste sous la forme
de harcèlement sexuel ou de chances moindres au niveau de l’emploi, en
Asie il équivaut souvent à une condamnation à mort. Selon une étude
d’"Eglises d’Asie" au moins 60 millions de femmes sont portées disparues
ou prétendues mortes en Asie, victimes uniquement de leur appartenance au
sexe féminin.
La préférence traditionnelle pour les garçons se traduit dès la naissance. On considère souvent cette discrimination comme provenant d’une
mentalité archaïque que le progrès fera disparaître. Ce phénomème, loin de
régresser semble pourtant plutôt s’aggraver en Asie.
Des recensements réalisés Chine et en Inde montrent que la différence
de nombre entre les sexes a augmenté ces dernières années. Les dizaines de
millions de femmes qui manquent à l’appel incluent les petites filles
victimes d’avortements, celles que l’on tue à la naissance, celles que
l’on rejette lorsqu’elles sont malades alors que leurs frères seront
conduits immédiatement chez un médecin. Peu de recherches ont été faites à
ce sujet, mais la discrimination apparaît dans les recensements et les
statistiques de mortalité.
Nettement moins de femmes que d’hommes
Dans des pays occidentaux, on compte 105 femmes pour 100 hommes. En Inde elles sont 92,9 pour 100 hommes (93,4 en 1981) en Chine 93,8 (94,1 en
1982). Des proportions légérement plus élevées sont constatées en Afghanistan (94,5), au Bangladesh (94,1), au Bouthan (93,3), au Népal (94,8), au
Pakistan (92,1), en Papouasie Nouvelle Guinée (92,8) et en Turquie (94,8).
"Des millions de femmes sont mortes simplement parce qu’elles étaient des
femmes", dit Sharon Capeling-Alakja, responsable de la "Fondation pour le
développement de la femme" des Nations Unies. Elle précise que les mères
portent la même responsabilité que les pères.
Les pays où les femmes manquent à l’appel sont toujours des pays pauvres. Mais la corrélation n’est pas sytématique: l’Afrique sub-saharienne
compte 102 femmes pour 100 hommes, tandis qu’en Amérique latine, le nombre
de femmes est le même que celui des hommes. Le démographe Ansley Coale
calcule ainsi que ce sont quelque 60 millions de femmes qui manquent à
l’appel en Asie.
Il est très difficile de prouver que des fillettes sont mortes victimes
de leur sexe. On parlera de pneumonie ou de maladies. Le phénomène ne se
constate que dans les statistiques. Un expert suédois, Sten Johanson,
estime que dans les pays sans tradition sexiste, 130 bébés de sexe masculin meurent pour 100 petites filles. En Chine ils ne sont que 112. Il arrive à la conclusion que, chez les enfants de moins d’un an, 44’000
petites filles meurent chaque année, en raison de l’inégalité de
traitement dont elles sont victimes. Huang Baoshan, porte parole de la
commission chinoise pour le planning familial, suggère qu’un bon nombre
des femmmes manquantes sont en fait vivantes, mais échappent au
recensement en raison de la limite imposée au nombre des naissances. Les
familles qui n’ont droit qu’à un ou deux enfants, évitent de faire
inscrire leurs filles.
Une autre étude montre qu’en Inde, au cours de la première année de
vie, la mortalité est inférieure chez les enfants de sexe féminin, mais
que cette proportion s’inverse par la suite. Une des raisons pourrait être
que les enfants nourris au sein jusqu’à la fin de leur première année ne
souffrent pas de discrimination, mais par la suite les parents nourriraient mieux les garçons que les filles et leur assureraient de meilleurs
soins médicaux.
L’infanticide des fillettes reste pratiqué
Le meurtre des nouvelles-nées fut interdit en Inde en 1870 et en Chine
les communistes ont banni cette pratique en 1949. Elle reste poutant fortement ancrée dans la Chine rurale, en partie parce que les enfants n’étaient autrefois pas considérés comme des personnes humaines à part entière
avant leur première année. En Chine chaque année naissent 600’000 filles
de moins que ce que l’ont pourrait attendre. Beaucoup de fillettes sont
discrétement données en adoption ou confiées à des parents. Mais les cas
d’infanticide existent: la sage-femme place un seau d’eau au pied du lit
pour noyer l’enfant si c’est une fille. De nos jours l’avortement offre un
moyen "plus porpre" dans la mesure où l’on peut déterminer le sexe du foetus. C’est une pratique illégale en Chine et la loi fait défense aux médecins de révéler aux parents le sexe de l’enfant à naître, mais c’est une
affaire d’argent et de relations, estiment les observateurs. Selon le
"Journal de science et technologie", "les ultrasons s’avèrent une source
de satisfaction pour les paysans qui observent encore les vieilles pratiques". L’un d’eux raconte: "Cela vaut la peine, même si ma femme a dû se
faire avorter quatre fois avant d’avoir un fils".
A Bombay une étude de l’ONU citait le nombre de 8’000 interruptions volontaires de grossesse, après que les parents eurent pris connaissance du
sexe de l’enfant à naître. Sur ce nombre il n’y avait qu’un seul enfant
mâle. Cette pratique ne paraît cependant pas suffisamment répandue en Inde
pour expliquer le nombre de femmes manquant à l’appel. (apic/eda/mp)