Asie centrale: Les sectes risquent d’allumer la guerre religieuse (040193)
Tachkent, 4janvier(APIC) L’arrivée en force des sectes et des groupements
missionnaires venus des Etats-Unis dans les territoires de l’ex-Asie centrale soviétique risque d’allumer la guerre religieuse, d’autant plus si ce
prosélytisme s’adresse aux populations musulmanes. C’est l’archevêque russe
orthodoxe de Tachkent, à la tête du diocèse du patriarcat de Moscou qui
s’étend sur le territoire des républiques d’Ouzbekistan, du Kirghizstan, du
Tadjikistan et du Turkmenistan, qui tire la sonnette d’alarme. Dans cette
région, affirme-t-il, il n’y avait auparavant aucune tension religieuse.
Dans plusieurs interviews publiées par la presse russe et américaine,
l’archevêque Vladimir (Vasilij Ikim) critique sévèrement les efforts des
baptistes, des pentecôtistes, des adventistes, des mormons et des quakers
venus des Etats-Unis, accusés d’entreprendre des actions missionnaires de
grande envergure avec des méthodes agressives d’évangélisation, visant à
convertir les populations musulmanes "à coups de dollars".
"Nous avons des relations amicales avec les dirigeants musulmans, mais
l’on vient maintenant détruire cette coexistence pacifique et, déjà, des
conflits apparaissent. Au printemps 1992, quelque 1’500 musulmans du Kirghizstan ont rejoint la secte des mormons, à la suite de quoi on a frôlé
une guerre religieuse", affirme Mgr Vladimir. Il reproche à ces missionnaires, faute de réussir à convertir les musulmans au christianisme, de tenter
de faire des adeptes parmi les orthodoxes.
Dans cette vaste région d’Asie centrale, l’archevêque Vladimir estime le
nombre des fidèles orthodoxes à 700 ou 800’000, issus presque exclusivement
de la population russophone qui s’élève à 1,5 million. Dans son diocèse, il
existe 80 paroisses, desservies par seulement 67 prêtres qui exercent leur
ministère en permanence. "Nous avons de plus en plus de monde dans nos paroisses et le dimanche, les églises sont pleines", se plaît-il à relever.
Toutefois, la présence orthodoxe est surtout un phénomène urbain, là où est
concentrée la minorité russophone.
Les russophones tentés par l’émigration
Depuis l’effondrement de l’URSS, cette population est tentée de rentrer
en Russie. L’archevêque Vladimir n’accepte pas cette émigration, arguant
que l’agitation nationaliste de groupuscules n’est pas représentative de
l’état d’esprit de l’ensemble de la population. Mgr Vladimir entretient
d’ailleurs de bonnes relations avec les autorités civiles de ces nouvelles
républiques. Ainsi, au Kirghizstan, les membres du clergé orthodoxe ont déjà la possibilité de donner des cours d’instruction religieuse dans les
écoles. Quant aux rapports avec le clergé musulman, ils sont "des plus excellents", conclut l’archevêque de Tachkent, qui craint qu’un prosélytisme
intempestif ne mette en danger cette coexistence. (apic/sop/be)