Argentine: les anciens généraux de la dictature à l’honneur (101291)
Lettre ouverte d’un couple catholique dont la fille a "disparu"
Buenos-Aires, 10décembre(APIC) Mgr Ubaldo Calabresi, nonce apostolique à
Buenos-Aires, organisait récemment une réception officielle pour le 13e anniversaire de l’accession de Jean Paul II au pontificat. Parmi les invités
présents, les généraux de l’ancienne junte militaire. Un couple catholique,
Angela et Emilio Mignone, écrit aussitôt une lettre au nonce apostolique
pour s’étonner de cette compromission avec des criminels jugés comme tels
par la justice argentine.
La dernière parution du bulletin Diffusion de l’Information sur l’Amérique latine (DIAL) du 5 décembre, publie la lettre du couple argentin dont
la fille a "disparu" lors de la période dictatoriale. Angela et Emilio Mignone s’étonnent de cette invitation qui "constitue à l’évidence une attitude d’inféodation et de complicité politique au détriment du témoignage
évangélique que nous les fidèles, attendons de nos évêques."
A l’époque la grâce des anciens généraux avait provoqué de très vives
réactions dans les milieux argentins concernés par les milliers de "disparitions" de l’époque dictatoriale. Il semble bien qu’avec la réception du
23 octobre 1991, affirme DIAL, le nonce voulait forcer une "réconciliation
nationale, absente en fait des esprits".
La lettre du couple argentin commence en ces termes: "Nous nous adressons à vous, en tant que membres de l’Eglise catholique, suite à l’information selon laquelle les anciens généraux Videla, Viola et Galtieri ainsi
que l’ancien général de brigade Lami Dozo ont été invités à participer à un
hommage en l’honneur du Souverain Pontife dans les locaux de la nonciature
dont vous avez la charge".
En leur condition de croyants et de disciples de Jésus-Christ, Angelica
et Emilio Mignone disent leur étonnement de cette invitation. Ils poursuivent: "Vous n’ignorez pas certainement que lesdits citoyens ont été destitués de leurs grades militaires et condamnés à des très lourdes peines par
les tribunaux constitutionnels pour leur responsabilité dans d’innombrables
séquestrations, assassinats, tortures, exils et vols dont ont été victimes
des milliers d’Argentins; et pour avoir lancé le pays dans une aventure militaire condamnée en son temps par le Saint-Père. Le fait qu’ils aient été
graciés ne modifie en rien le cas présent car la grâce présidentielle n’efface ni le délit ni la sanction: elle ne fait que communer l’exécution de
la peine d’emprisonnement pour des raisons politiques".
Le couple Mignone s’insurge en outre contre la manière dont on voudrait
placer cette invitation sous le signe de la réconciliation chrétienne:
S’adressant toujours au nonce apostolique, ils écrivent: "Mais il ya plus
grave. Videla, Viola, Galtieri et Lami Dozo sont des pécheurs publics qui,
non seulement ne se repentent pas de leurs crimes, mais s’en vantent et se
déclarent prêts à les commettre de nouveau. Dans une telle circonstance,
conformément à la doctrine catholique que, nous le supposons, vous connaissez, il n’y a pas place pour la réconciliation".
En terminant leur lettre, ils disent pourquoi ils s’adressent à l’opinion publique: "Plusieurs millions de croyants et de non coyants sont comme
nous, sans doute scandalisés, découragés et alarmés devant votre attitude
qui compromet imprudemment le pape Jean Paul II, lequel s’est exprimé à
plusieurs reprises sur la défense des droits de l’homme gravement violés
par les invités à votre table. Au nom de ces frères nous nous réservons le
droit de diffuser cette lettre et de la porter à la connaissance de l’épiscopat argentin comme du Saint-Siège, dans l’espoir d’une indispensable rectification". (apic/dial/ba)