Pas de liberté religieuse pour les chrétiens dans la "grande mosquée"
Beyrouth, 16février(APIC) Alors que l’Arabie Saoudite finance à coups de
millions de dollars des mosquées et des Centres islamiques par dizaines en
Occident - comme récemment à Rome ou à Madrid - il est interdit de diffuser
la Bible dans ce pays, malgré le fait que de nombreux travailleurs immigrés
chrétiens y vivent. Bien que des libraires saoudiens, lors de foires du
livre à Bahrain, à Damas ou à Beyrouth, aient demandé à recevoir des Bibles, il est officiellement interdit de les leur faire parvenir, déplore
Lucien F. Accad, secrétaire général des Sociétés bibliques du Levant à Beyrouth.
"On a même tenté d’empêcher les soldats américains et alliés de la coalition contre l’Irak de prendre leur Bible personnelle avec eux en Arabie
Saoudite", a confié Lucien Accad à l’agence APIC. Lui même s’est déjà fait
confisquer sa propre Bible en se rendant en Arabie Saoudite, et même des
voyageurs en transit ont eu ce genre d’ennui à l’aéroport de Riyadh, note
le secrétaire général des Sociétés bibliques du Levant.
Son Centre à Beyrouth diffuse la Bible dans une région du Proche-Orient
comprenant le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Irak et les pays du Golfe, à
l’exception de l’Arabie Saoudite, un pays où il n’y aura pas d’églises
chrétiennes, officiellement "par ordre de Dieu". Le Centre biblique de Bahrain, par contre, distribue la Bible dans 25 langues différentes pour les
nombreux ressortissants des divers pays d’Asie qui travaillent dans le Golfe. On estime à environ un million le nombre de chrétiens vivant dans la
péninsule arabique.
Libanais de mère suisse, de confession réformée, Lucien Accad relève
avec satisfaction qu’au Liban et dans d’autres pays arabes, les barrières
tombent de plus en plus entre les différentes communautés chrétiennes,
pression islamique oblige.
Expulsés pour avoir célébré un culte privé dans leur propre maison
En ce moment, les autorités d’Arabie Saoudite sont de plus en plus
strictes, note Lucien Accad, car il y a des Saoudiens qui s’intéressent à
la Bible et au christianisme. Le gouvernement de Riyadh essaye par tous les
moyens d’empêcher et d’interdire même les cultes privés dans les maisons.
"Je connais même une famille chrétienne expulsée d’Arabie Saoudite pour
avoir célébré un culte personnel dans sa maison, avec ses enfants; on lui a
signifié que c’était totalement interdit dans le pays".
Lucien Accad déplore que les pouvoir occidentaux, qui veulent donner des
leçons de démocratie à des régimes comme celui de Saddam Hussein - qui garantit dans une certaine mesure la liberté religieuse à l’importante minorité chrétienne irakienne -, ferment les yeux sur ce qui se passe en Arabie
Saoudite. Ce pays, qui se considère comme "une grande mosquée", poursuit
tous les pratiquants non musulmans; il ne leur permet de posséder ni lieux
de cultes ni écritures saintes. Les douaniers confisquent tout objet religieux à la douane et lors d’inspections de logements occupés par des étrangers, la police saoudienne n’hésite pas à arracher des murs toutes les images religieuses rencontrées.
Evangélisation: danger de mort ?
Le jour de Noël, selon le quotidien de Manille "The Philippine Star",
deux missionnaires protestants philippins, Oswaldo Magdangal et Renato Posedio, auraient dû être exécutés pour avoir prêché le christianisme et tenté de fonder une Eglise chrétienne dans le pays. Trouvés en possession
d’une Bible et, selon la police saoudienne, d’une "prophétie défavorable à
l’islam", ils ont passé plusieurs mois en prison, avant d’être expulsés
suite à l’intervention personnelle du président philippin Fidel Ramos auprès du roi Fahd. Abraham Rassul, ambassadeur des Philippines à Riyadh, a
souligné que "leur crime n’est pas suffisament sérieux pour mériter la
peine de mort".
A la fin de l’année dernière, dans la province de l’Est, la police saoudienne a fait irruption dans une communauté en train de prier, arrêtant 300
chrétiens. Depuis, presque tous ont été expulsés. Selon des sources en provenance de Manama/Bahrain, des communautés chrétiennes clandestines, disposant d’un clergé ordonné, continuent de pratiquer en Arabie Saoudite dans
une "atmosphère de catacombe". (apic/be)