Après le schisme consommé d’Ecône (110888)
Lima, 11août(APIC) Le schisme consommé d’Ecône, survenu il y a deux mois
maintenant, n’a de loin pas suscité des commentaires qu’en Europe. Dans le
monde en général, les médias l’ont analysé, et le mouvement intégriste de
Mgr Lefebvre fut largement condamné par les chrétiens. En Amérique latine,
l’événement a été relaté et discuté dans des pays à forte majorité catholique, comme le Pérou, par exemple, ou le 90% de la population déclare être
fidèle à l’Eglise de Rome.
Sitôt la nouvelle du schisme connue, les évêques latino-américains, à
travers des documents, des télégrammes d’adhésions et de déclarations communes ou personnelles, ont manifesté clairement leur appui à la décision du
Vatican et à la figure de Jean Paul II comme légitime successeur de SaintPierre. Les premières manifestations dans ce sens sont venues d’Argentine,
pays dans lequel les lefebvristes ont fondé un grand séminaire. Et avec
deux prieurés en Argentine, un au Chili et un autre en Colombie, la Fraternité Saint-Pie X possède sur territoire argentin le centre le plus important de ce sous-continent. Ce dernier est du reste dirigé par l’un des
évêques consacrés par Mgr Lefebvre, l’hispano-argentin Alfonso de Galarreta.
Dans un communiqué appuyant le Saint Siége, la Conférence épiscopale
d’Argentine, par Mgr Antonio Quarracino, archevêque de La Plata (Buenos Aires), déclarait notamment: "Les traditionalistes ont manifesté leur volonté
de constituer une Eglise séparée. Désormais leurs actions seront perçues à
la hauteur d’une secte".
Aucun effet négatif
Une autre communauté pour laquelle les lefebvristes donnent de l’importance, est celle que dirige au Brésil Mgr Antonio de Castro Mayer,
ex-évêque du diocèse de Campos, et qui fut lui aussi excommunié pour avoir
participé en qualité de co-consacrant à la messe d’ordination des évêques
schismatiques. S’exprimant au sujet du diocèse dont il a la charge, l’actuel évêque de Campos, Mgr Carlos Alberto Navarro, devait déclarer que ceux
qui suivent Mgr de Castro Mayer constituent une faible minorité dans son
diocèse. Quant à la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB), elle relevait que "l’Eglise catholique est plus unie que jamais. Cette situation n’aura aucun effet négatif pour l’Eglise du Brésil", dit-elle.
Même constatation de la part de Mgr José Gottardi, archevêque de Montevideo (Uruguay). Un document officiel manifestait en effet l’adhésion de
l’Eglise de son pays au vicaire du Christ. Elle soulignait en outre le peu,
voire l’inexistance du mouvement traditionaliste en Uruguay. Un message
semblable fut également envoyé par l’épiscopat du Guatémala, peu après le
schisme.
Au Vénézuela, Mgr José Ali Lebrun, archevêque de Caracas, manifestait de
son côté. "qu’aucun catholique, et encore moins un évêque, ne peut nier un
Concile validement célébré". De plus, affirmait-il, "le dernier Concile
fait aussi ressortir qu’il ne s’oppose pas à la tradition, mais qu’il la
complète".
Unité autour de Jean Paul II
Autres témoignages: ceux de Mgr Alberto Brazzini, évêque auxiliaire de
Lima, et des évêques colombiens. Cependant que ces derniers qualifiaient de
"fossilisée" l’attitude de Mgr Lefebvre, l’évêque auxiliaire de Lima exprimait le souhait "de voir les traditionalistes trouver le chemin de la
réconciliation". Pour Mgr Anibal Maricevich, évêque de Concepcion (Paraguay), "le schisme est douloureux, mais l’Eglise n’en souffrira pas du fait
que les intégristes constituent une minorité au sein des catholiques".
C’est là un point de vue que partage le délégué apostolique du Saint-Siège
au Mexique, Mgr Girolamo Prigione. Il déclare: "La branche qui vient de se
séparer, finira par se dessècher et par mourir, mais l’arbre, lui, continuera à vivre".
Des sentiments que partagent Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire
de San Salvador, ainsi que Mgr Roman Arrieta, archevêque de San José de
Costa Rica, et la Conférence épiscopale chilienne. Ils le disent dans leurs
messages à travers lesquels ils appuient la décision du Vatican.
D’autres réactions pourraient encore être mises en évidence. Toutes vont
cependant dans le même sens. Et les rares fidèles de Mgr Lefebvre en Amérique latine, en particulier en Argentine et au Brésil, semblent décontenancés et confondus devant le panorama présenté après le schisme. Plusieurs
observateurs font remarquer que bon nombre de secteurs intégristes ne sont
de loin pas disposés à faire partie d’une Eglise parallèle. Et beaucoup,
parmi ceux-ci, expriment en revanche une sympathie particulière pour le pape. Pour l’instant, font surtout remarquer les milieux de l’Eglise, "le
problème Lefebvre a mis en lumière la ferme unité de l’épiscopat en Amérique latine autour du pape Jean Paul II". (apic/dic/selat/pr)