Après l’assassinat de Giovanni Falcone (010792)
Palerme, 1erjuillet(APIC/Paolo Piccinini) L’Italie vit dans l’expectative. Alors que les Italiens avaient clairement exprimé, lors des élections
législatives du 5 avril dernier, leur méfiance face aux partis traditionnels et leur volonté de changement, les derniers événements sont plutôt décevant (reproposition du centre-gauche, avec la nomination du socialiste
Giuliano Amato comme nouveau président du Conseil). Pourtant, selon Ennio
Pintacuda, jésuite, que l’Agence APIC a rencontré à Palerme, il s’agit aujourd’hui de rompre avec le cadre politique du centre-gauche (alliance entre la démocratie-chrétienne, les partis socialistes, social-démocrate et
libéral) afin de répondre aux graves problèmes de la société italienne: la
santé, la fiscalité, l’éducation et l’urbanisme.
Ennio Pintacuda, cofondateur avec Bartolomeo Sorge du "Centro studi social", une école de formation politique dont l’objectif est de former des
cadres qui ont une vision éthique de la politique, estime que l’Italie vit
actuellement une crise du système d’alliance - le centre-gauche - instauré
dans les années 60. "De fait, l’alliance des quatre partis gouvernementaux
est arrivée au maximum de ses potentialités. L’extension de ce type de gouvernement à tous les niveaux de la société politique - national, régional,
provincial et communal - rend impossible une conflictualité nécessaire au
bon fonctionnement de la vie politique.
Poursuivant son analyse de la situation politique italienne, le Père jésuite constate l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays. Le
réformisme se trouve en crise et n’arrive pas à répondre aux demandes sociales de la population. A ce titre, les élections anticipées sont, aux
yeux du Père Pintacuda, des signes que la politique ne se renouvelle pas,
que la démocratie est bloquée et que le système est en crise.
Conserver le pouvoir
"Le gouvernement s’est figé, commente le jésuite, et les gens au pouvoir
ne sont pas des personnes de changement: elles ne visent qu’à conserver le
pouvoir. Les partis sont obsédés par la recherche de nouveaux scores électoraux afin d’améliorer leur propre rapport de force et de négociation avec
le parti concurrent. C’est le cas dans la bataille d’influence entre la démocratie-chrétienne et le parti socialiste". Les réponses politiques ne
sont pas élaborées en fonction des besoins des gens, mais en fonction des
seuls intérêts des partis, critique Ennio Pintacuda.
Société postmoderne et nouveaux besoins
Alors que la population italienne est confrontée à de graves problèmes
sociaux (santé, éducation, fiscalité, urbanisme...), les partis continuent
à vivre sur leurs illusions. Et le jésuite de faire remarquer: "Le gouvernement est sûr de son avenir, la démocratie-chrétienne espère se perpétuer
grâce à l’appui de l’Eglise catholique, tandis que le parti socialiste
compte sur sa politique ’clientéliste’ pour se développer. A ce titre, le
scandale des pots de vin de Milan, où la direction du PS est directement
impliquée, est significative.
Au niveau économique, la situation est aussi dramatique, estime-t-il:
"L’économie dirigée par l’Etat a détruit le jeu normal de la concurrence.
Le pays s’atrophie".
Nouveaux mouvements
Face aux nouveaux besoins sociaux, des exigences nouvelles sont apparues, avec, dans un premier temps, l’arrivée de mouvements de protestations.
"Mais les divers mouvements issus de 1968 n’ont pas permis l’émergence de
nouveaux sujets politiques. La mort d’Aldo Moro en 1976 a marqué la fin de
la contestation de gauche. Dans la foulée, divers mouvements (les Verts, le
parti radical, la démocratie prolétaire...) se sont détachés des partis
traditionnels. Peu avant les années 80, ont alors surgi des mouvements qui
entendaient renouveler la politique".
Issus généralement de l’aire d’influence catholique, ces mouvements se
sont développés à Reggio Calabria, en Lombardie, Pistoia, Massa Carrara.
Mais c’est surtout en Sicile qu’ils ont eu le plus d’écho, assure Ennio
Pintacuda. Ainsi, par exemple, dans les principales villes de l’île, "Città
per l’uomo" (Ville pour l’homme) regroupe une centaine de militants. Leur
objectif est de faire de la politique dans la ville; de permettre qu’elle
réponde aux besoins réels des gens, et que la population puisse avoir un
contrôle sur les décisions et les pratiques politiques.
Pour le Père jésuite, le mouvement pour la démocratie "La Rete" se rattache à ce courant de pensée. Ce groupement, né l’année dernière d’une
scission de la démocratie-chrétienne, se propose de favoriser l’émergence
de sujets politiques nouveaux en dehors des partis traditionnels. Son leader, Leoluca Orlando, ancien maire de Palerme qui a réalisé 30% des votes
dans la capitale sicilienne lors des dernières élections, a été formé à
l’école créée par les jésuites. "Ecole dont l’objectif est de redonner à la
politique sa fonction de service. Ainsi seulement pourra être dépassé le
système de la partitocratie qui bloque la vie politique italienne", conclut
Ennio Pintacuda. (apic/pp/pr)
Des photos d’Ennio Pintacuda sont disponibles chez Michaël Christ, 291,
Badenstrasse, Zurich. Tél: 01/491 06 68.