Appel du cardinal Martini (CCEE) et du rév. Arnold (KEK) (221288)
Bruxelles, 22décembre(APIC/CIP) Curieux paradoxe: tandis que les pays riches croulent sous les excédents, la faim sévit dans le tiers-monde. Elle
atteint cruellement des milliers d’enfants pour ne pas dire des millions.
Or, les experts s’accordent pour dire qu’il y a suffisamment de nourriture
pour alimenter la population mondiale. Cette anomale oblige à mettre en
cause les politiques agricoles menées en Occident, affirment aujourd’hui
(réd: 23 déc.) dans un appel commun le cardinal Carlo-Maria Martini (Milan), président du Conseil des Conférences épiscopales catholiques d’Europe
(CCEE), et le Révérent John Arnold (Rochester), vice-président de la Conférence des Eglises européennes (KEK), qui réunit les Eglises chrétiennes
du continent - protestantes, orthodoxes, anglicanes...-, à l’exception de
l’Eglise catholique.
Le titre de leur appel est emprunté à l’évangile de Matthieu: "J’ai eu
faim et vous ne m’avez pas donné à manger". Ses deux signataires entendent
"alerter les chrétiens et, plus largement, l’opinion publique européenne,
sur le rôle positif que pourrait jouer l’Europe pour sortir de cette crise
alimentaire qui est aussi une crise de modèle de développement tant dans le
Sud que dans le Nord".
Le cardinal Martini et le Révérent Arnold partent de l’exemple de
l’Afrique, ou la situation reste alarmante malgré les bonnes récoltes de
ces dernières années: ce sont les importations et l’aide alimentaire qui
continuent à nourrir les villes africaines; pire, les prix agricoles se
sont effondrés en maints endroits, les céréales locales ne pouvant concurrencer celles importées à bas prix. Les excédents agricoles de l’Occident,
fortement subventionnés, sont en effet vendus bien au-dessous des prix de
production. Désireux de préserver leur part du marché, les pays développés
se livrent de surcroît à une guerre commerciale, observent les signataires
qui ajoutent que rares sont les pays africains qui sont encore en mesure
d’exporter au point que l’Afrique disparaît peu à peu des échanges commerciaux mondiaux.
Ils constatent en outre que si tous les pays développés, y compris le
Japon, malgré un territoire exigu, ont pris des mesures pour protéger leurs
paysans et intégrer le secteur agricole à la croissance de leur économie,
il n’est "pas équitable que les paysans des pays en voie de développement
ne bénéficient pas des mêmes chances". Mgr Martini et le Rév. Arnold voient
là un grave handicap pour l’avenir. A terme, disent-ils, même les producteurs agricoles des pays riches, qui considèrent ceux des pays pauvres comme des concurrents gênants, ont intérêt à un développement plus équilibré.
Le principal débouché dans les années à venir sera le marché des pays en
voie de développement, marché immense, ou les besoins alimentaires non satisfait sont considérables, écrivent-ils. Pour eux, ce ne sera là un marché
solvable que s’il y a croissance économique.
Les deux responsables religieux mettent aussi l’accent sur la solidarité
entre les paysans du Nord et du Sud. Cette solidarité, relèvent-ils, doit
s’exprimer dans un partage négocié de la production, illusoire si les gouvernements des pays du Sud n’ont pas les moyens financiers de soutenir le
redémarrage de la production agricole.
"Il faut, poursuit le document, que les responsables s’assoient autour
d’une table et négocient, tout particulièrement les Européens et les
Américains. La guerre agricole doit cesser et une partie de l’argent (plus
de 30 milliards d’ECUS aux Etats-Unis et dans la CEE) dépensé dans ce
conflit inutile doit aider le développement agricole du tiers-monde".
L’avenir écologique aussi...
L’avenir écologique est également abordé. Il fait l’objet de la seconde
partie du document. Les auteurs constatent que l’actuel concentration de la
production et la guerre que se livrent l’Europe et les Etats-Unis menacent
l’environnement (surexploitation du sol dans le Nord, désertification et
déboisement dans le Sud). "Si l’on veut éviter une catastrophe écologique
mondiale, affirment les signataires, il faudra se convertir à une vision
mondiale, et non plus nationale ou régionale, des stratégies alimentaires".
Les paysans du tiers-monde ne disposent que de peu de groupes de pression puissants pour rappeler leurs intérêts aux dirigeants et aux négociateurs, relève en conclusion le document. Selon Mgr Martini et le Rév. Arnold, "non, nous ne sommes pas condamnés à une fatalité de la progression
constante de la pauvreté, de la malnutrition et de la dégradation irréversible de notre environnement. Oui, nous avons la possibilité de changer nos
politiques afin d’assurer à la majorité des hommes présents et à venir une
vie digne de ce nom, dans la justice, la paix et le respect de la création
de Dieu". (apic/pr)