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    apic/Zurich/Votation séparation Eglises - Etat

    APIC - DOSSIER

    Séparation Eglises/Etat à Zurich: verdict des urnes dimanche (210995)

    Enjeu d’un scrutin qui dépasse largement le cadre cantonal

    Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

    Zurich, 20septembre(APIC) Le monde des Eglises suisses aura dimanche les

    yeux tournés vers Zurich, où les citoyens se prononceront sur l’initiative

    pour la séparation des Eglises et de l’Etat lancée en janvier 1993 par les

    milieux conservateurs. Quelque 310 millions d’impôts redistribués aux Eglises partiront en fumée dimanche en cas de vote positif. A moins que les citoyens ne choisissent de privilégier le travail pastoral des Eglises, pour

    lesquelles l’argent représente aussi le nerf de la guerre.

    L’enjeu est de taille pour les Eglises nationales du canton le plus peuplé de Suisse. D’être acceptée, l’initiative priverait les Eglises de l’impôt ecclésiastique obligatoire pour les personnes morales et physiques et

    mettrait brusquement fin au partenariat entre es Eglises et l’Etat. Sans

    parler de l’effet incitatif qu’elle pourrait avoir, ailleurs en Suisse. Ni

    des tâches que les Eglises ne pourraient dès lors plus accomplir, en particulier sur le plan social et caritatif. Le scrutin de dimanche dépasse en

    outre le cadre cantonal zurichois. Côté catholique, par exemple, il faut

    savoir que le canton de Zurich apporte environ un quart des recettes de la

    Conférence centrale catholique romaine (RKZ), soit 1,15 million en 1994.

    "L’Etat et l’Eglise sont séparés. Les dispositions du droit privé sont

    valables pour toutes les communautés religieuses", dit notamment l’initiative signée par quelque 11’000 personnes et déposée le 12 juillet 1993. Les

    trois Eglises nationales, réformée, catholique-romaine et catholique-chrétienne, se verraient ainsi réduites au rang d’associations privées, sans

    plus. Moins que dans les cantons de Neuchâtel et de Genève, qui reconnaissent aux Eglises un statut de droit public et où l’impôt ecclésiastique volontaire est perçu par l’Etat pour être ensuite redistribué. Ces deux cantons sont pour l’heure les seuls en Suisse à avoir inscrit la séparation

    Eglises/Etat dans leur Constitution.

    L’acquis de 1963

    La Commission centrale catholique-romaine du canton de Zurich et le Conseil de l’Eglise évangélique réformée sont inquiets. Ils estiment que la

    situation établie par la loi ecclésiastique de 1963 - qui avait notamment

    établi la reconnaissance juridique officielle de l’Eglise catholique zurichoise - est satisfaisante et correspond à la tradition du canton. Une telle séparation avait été refusée par le peuple zurichois en 1977 déjà. Ce

    refus fut confirmé en 1980 lors d’un scrutin fédéral.

    Personnalités du monde radical, de l’UDC et de la finance, appuyées en

    la circonstance par le Parti conservateur catholique (KVP), par le mouvement Pro-Ecclesia - tous deux favorables à Mgr Haas - ont depuis longtemps

    pris position en faveur de la séparation Eglises/Etat. Le parlement et le

    gouvernement zurichois, le maire de la ville, notamment, à l’instar des

    Eglises catholique et réformée sont contre. Aucun parti cantonal n’est favorable à l’initiative, hormis les "Automobilistes" et l’Union démocratique

    fédérale.

    L’ombre de Blocher

    L’ombre de Blocher plane pratiquement sur l’ensemble des pro-séparation

    essentielement emmenés par deux groupes. Par l’ancien Conseiller municipal

    zurichois UDC Kurt Egglof, président du Comité d’initiative, pour lequel

    l’ingérence des Eglises dans les affaires de la vie politique est inadmissible. Par le radical Ulrich Schlüer ensuite, rédacteur à la NZZ. Qui tient

    une argumentation libérale basée sur la liberté de religion et sur l’égalité de traitement. Selon lui, les privilèges accordés à certaines religions

    ne sont pas compatibles avec un état de droit... libéral. De fait, en cas

    de victoire du courant initiant, les trois Eglises nationales seraient placées sur le même pied que les Scientologues, par exemple.

    L’initiative à laquelle s’apprête à répondre le peuple zurichois a bien

    entendu soulevé l’indignation des milieux d’Eglise, occasionnant de leur

    part une véritable levée de boucliers. Trois comités, dont l’un conduit par

    des femmes de divers partis et un autre par le maire de la ville de Zurich,

    Josef Estermann, ainsi que plus de 25 mouvements et associations réformées

    et catholiques travaillant dans le terrain se sont mobilisés. La mane de

    quelque 312 millions de francs en 1994, sous forme d’impôts ecclésiastiques

    et de 46 millions de subventions, risque de tarir. L’initiative prévoit une

    période transitoire de dix ans, après laquelle l’Etat ne pourra plus prélever d’impôts d’Eglise.

    Les contributions ecclésiastiques, d’un montant de 135 millions de

    francs pour l’Eglise catholique et de 177 millions en 1994 pour l’Eglise

    réformée deviendraient alors facultatives. En d’autres termes, estiment les

    opposants, les Eglises se verraient retirer la possibilité de conduire et

    de soutenir par les impôts ecclésiastiques de nombreuses oeuvres sociales

    dans le canton, ou dans les 250 paroisses que comptent ensemble les trois

    Eglises nationales. L’enseignement religieux qui, à Zurich, est organisé en

    commun par l’Etat et l’Eglise ne serait plus possible. On estime généralement qu’une séparation entraînerait pour les Eglises une perte sèche de

    l’ordre de 80% par rapport aux entrées actuelles. "Les ressources ne suffiront alors plus à maintenir les activités actuelles, le domaine social sera

    le plus touché, anticipe Moritz Amherd, secrétaire général de la Commission

    centrale de l’Eglise catholique-romaine. Autres conséquences, la Faculté

    protestante de théologie de l’Université de Zurich pourrait bien devoir

    fermer ses portes, sans parler des licenciements, inévitables dans l’action

    sociale, principalement.

    Près de 2 millions d’heures bénévoles de boulot en danger

    En cas d’acceptation de l’initiative, relève le Comité de femmes contre

    l’initiative, on peut craindre le désengagement des Eglises dans le domaine

    social. Les femmes, affirme ce Comité, sont particulièrement concernées.

    "Ce sont elles qui portent le plus souvent les activités de l’Eglise. Une

    étude réalisée en février 95 par l’Institut de recherche IPSO révélait que

    pas moins de 15’200 personnes, côté catholique, réalisaient annuellement et

    bénévolement pas moins de 860’000 heures de travail, et que près de 25’000

    autres, coté protestant, offraient annuellement environ 1,1 million d’heures de boulot à la collectivité.

    Pour les protestants, la séparation entraînerait de plus l’annulation

    des "titres historiques". Au siècle dernier, l’Eglise réformée avait cédé

    des terrains à l’Etat contre le versement d’une subvention annuelle. Cette

    subvention, aujourd’hui de l’ordre de 46 millions de francs, permet de payer le 60% des salaires pastoraux.

    L’Eglise catholique se trouverait dans une situation tout aussi désagréable. Car ses revenus lui permettent actuellement de rester plus ou moins

    indépendante de Mgr Haas, évêque de Coire. Selon Christoph Möhl, journaliste au "Reformiertes Forum", en cas de séparation, elle risque de perdre

    tout ou partie de cette liberté.

    D’après le même Institut, l’engagement des Eglises se mesure également à

    travers leurs contributions financières dans le domaine social. En 1993,

    les paroisses et l’Eglise cantonale réformées ont distribué quelque 47,5

    millions de francs. Côté catholique, les paroisses ont dépensé 18,3 millions, tandis que la corporation ecclésiastique cantonale engageait, pour

    la même période, quelque 20 millions de francs pour l’évangélisation et

    l’entraide. D’où les multiples mises en garde. Pour Moritz Amherd, les conséquences toucheraient non seulement les Eglises, mais aussi l’Etat, contraint de reprendre totalement à sa charge de nombreuses tâches éducatives,

    sociales et caritatives assurées aujourd’hui par les communautés ecclésiales - l’Eglise cantonale occupe plus d’un millier de personnes dans le caritatif -. Cela impliquerait en outre la dissolution des organes de droit

    ecclésiastique à travers lesquels s’est souvent fait l’engagement des

    laïcs.

    Pour la Communauté de travail des Eglises chrétiennes du canton de Zurich, adversaire de l’initiative, ce scrutin a cependant le mérite de faire

    réfléchir sur un certain nombre de privilèges et de repenser le partenariat

    Eglises/Etat existant. En l’adaptant aux réalités nouvelles.

    Du spirituel... pas de la politique, ni du social

    Si les initiants avaient le vent en poupe ce printemps - des sondages

    faisaient état de 55% de personnes favorables - les adversaires semblent

    avoir depuis rétabli la situation. Ayant eu le temps de démontrer l’importance des Eglises dans la vie de la société. Président du Comité d’initiative, Kurt Egglof n’en est pas convaincu. Estimant qu’un nombre grandissant

    de fidèles quitte les Eglises, il soutient que ces dernières ne peuvent

    plus prétendre au bénéfice de la situation privilégiée de corporation de

    droit public.

    Les partisans de la séparation déplorent également que les Eglises bénéficient de l’impôt prélevé par l’Etat sur le commerce et l’industrie (personnes morales).

    Cause de la désaffection des fidèles? Les milieux mobilisés autour de

    l’initiative, catholiques conservateurs en particulier l’expliquent en

    estimant que les Eglises ont négligé leurs devoirs spirituels pour trop

    s’occuper du temporel (politique) Pour le Parti conservateur catholique, il

    s’agit de mettre fin au désordre. Les membres de ce parti veulent une Eglise libre dans un Etat libre. Leur recommandation de voter "oui" rejoint

    celle prônée par Pro-Ecclesia". Les conservateurs craignent l’influence

    dans l’Eglise de milieux marqués par "l’esprit du temps", "fatigués de la

    foi" et qui empêchent l’Eglise d’accomplir sa tâche authentique de proclamation de la foi et de soin des âmes. Ce Parti observe en outre avec inquiétude la manière dont ces milieux utilisent les moyens financiers versés

    par l’Etat.

    L’allusion est claire. Les adversaires de l’initiative en ont du reste

    fait un argument supplmentaire: une séparation conduirait à une réduction

    de l’engagement des Eglises en faveur des jeunes, des chômeurs, des handicapés, des toxicomanes ou d’autres groupes marginaux. Et de cela, mon Dieu,

    ils n’en veulent pas. (apic/pr)

    ENCADRE

    Les mieux payés en Suisse

    Les pasteurs et les prêtres zurichois sont les mieux payés en Suisse. Le

    reproche de "salaire princier" est bien implanté dans le public. Le salaire

    brut moyen d’un pasteur protestant se monte annuellement à 141’000 francs,

    desquels il faut déduire 20’400 francs pour le logement, pour un horaire

    estimé entre 50 et 60 heures par semaine. Le salaire annuel brut d’un

    prêtre est en revanche nettement moins élevé, puisqu’il se situe entre

    52’000 et 64’000 francs. Sa participation au logement est par contre modeste. Les pasteurs, à la différence des prêtres sont rétribués en fonction

    des normes de rémunération des fonctionnaires de l’Etat, de professeur de

    secondaire, dans le cas présent. A noter le fonds de solidarité versé mensuellement par les prêtres et les pasteurs en faveur de leurs collègues

    moins bien voir nettement moins bien lotis, comme à Neuchâtel ou au Tessin

    par exemple.

    Les protestants zurichois sont au nombre de 545’000. Les catholiques

    390’000. (apic/pr)

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