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    apic/Zaire interview Mgr Ngabu

    APIC- Interview

    Zaïre: les choses bougent, affirme Mgr Ngabu (120595)

    Des élections d’ici un an?

    Bruxelles 12mai(APIC/CIP) La situation politique serait-elle en train de

    s’éclaircir au Zaïre? C’est dumoins l’avis de Mgr Faustin Ngabu, évêque de

    Goma et président de la Conférence épiscopale du Zaïre. Même si les élections ne pourront se tenir dans les délais prévus, elles auront certainement lieu, a-t-il expliqué dans une interview accordée à l’agence CIP. En

    termes prudents et très diplomatiques, le prélat décrit les perspectives de

    solutions politiques.

    APIC: La dernière déclaration du comité permanent des évêques dénonce une

    fois encore "le vide et le caractère nuisible du pouvoir". Vous y mettez

    clairement en cause "des autorités nuisibles". Comment cette déclaration at-elle été reçue ?

    Mgr Faustin Ngabu: Depuis notre Mémorandum de 1990, cette dernière déclaration est celle qui a le plus secoué la classe politique. Je pense qu’elle a

    contribué à éviter un danger qui menaçait de plus en plus le pays dans sa

    marche vers la démocratie. Nous ne cherchions pas une réponse ponctuelle,

    mais cette déclaration a permis quand même à la classe politique de prendre

    sérieusement conscience de ce qui n’allait pas.

    APIC: Cela suffit-il pour sortir de l’impasse actuelle ?

    F.N.:Je ne pense pas que nous soyons dans une impasse. La situation politique est en train de s’éclaircir suite à notre déclaration. Car même s’il y

    a eu des attaques assez dures contre Mgr Monsengwo, le peuple comprend

    mieux aujourd’hui que les reproches qui lui étaient adressés n’étaient pas

    fondés. Une clarification politique est en train de s’opérer.

    APIC: Le dernier appel des évêques décrivait la corruption généralisée, la

    démobilisation des agents de l’administration et le pillage d’"un pays qui

    se meurt". Qu’en est-il aujourd’hui?

    F.N.:La réaction, en tout cas, a été bonne. Le gouvernement commence à contrôler le secteur monétaire. Il a détruit les billets de 1000 zaïres pour

    tirer de nouveaux billets. Mais ceux-ci ne sont pas mis en circulation, ils

    sortent au fur et à mesure que les recettes se réalisent, et cela via la

    banque. En donnant à la monnaie une certaine stabilité, le gouvernement

    pourra commencer d’ici quelques mois à rembourser au moins le Fonds Monétaire International. Cela devrait entraîner un assainissement progressif et

    ainsi permettre au pays de sortir peu à peu de la crise.

    APIC: Les évêques ont mis en cause "les politiciens", en dénonçant "les

    faux débats et les fausses négociations"... Qui cela vise-t-il?

    F.N.:Cela vise toute la classe politique. Les hommes politiques ont commencé par perturber les institutions mises en place suite à l’accord intervenu

    entre l’opposition et la mouvance présidentielle. Je crois qu’il nous fallait dénoncer cette manière de faire des hommes politiques, qui trompaient

    le peuple en invoquant de faux motifs, mettant tout sur le dos du gouvernement actuel. En réalité, c’était pour les hommes politiques une façon de

    camoufler d’autres motifs moins avouables, liés à leurs intérêts. Mais en

    faisant cela, ils bloquaient la bonne marche des institutions. Ils ont bien

    compris notre mise en garde, de quelque bord qu’ils soient.

    APIC: Le comité permanent réclame des élections, un "nécessaire et urgent

    arbitrage du peuple". Mais tout le monde les souhaite-t-il?

    F.N.: Les élections sont exigées par l’Acte constitutionnel de la Transition. Le comité permanent l’a rappelé parce qu’il voyait un danger poindre

    à l’horizon. Et je crois que, une fois encore, toute la classe politique

    l’a très bien saisi. Ceux que nous visions ont fort bien compris de quel

    danger nous voulions parler. Nous n’avons pas été au devant des voeux du

    président. Notre texte est très explicite: quand nous exigeons les élections, nous parlons un langage différent de celui ou de ceux qui les réclament et en parlent sans les vouloir. Donc, si nous avons parlé, c’est parce

    que nous étions conscients du danger encouru par le pays. Et ce danger,

    comme je l’ai dit, a pu être écarté grâce à notre déclaration.

    APIC: Quand les élections pourront-elles avoir lieu?

    F.N.: La date limite initialement prévue (avant le 9 juillet) étant désormais trop proche, il va falloir repousser quelque peu ce délai. En fixant

    cette limite, on avait supposé que le gouvernement pourrait se mettre au

    travail, mais toutes ses activités ont malheureusement été bloquées. Ce

    n’est que depuis quelques jours qu’il a recommencé à travailler normalement. Il va dès lors falloir lui laisser un peu de temps pour qu’il puisse

    préparer les élections. Cela suppose un climat un peu plus serein. Certaines conditions doivent aussi être remplies, touchant par exemple le respect

    des personnes, la liberté d’expression, l’accès de tous aux médias publics,

    à la radio et à la télévision.

    APIC: En étant raisonnablement optimiste, quel délai voyez-vous pour ces

    élections?

    F.N.: Les élections auront certainement lieu. Mais je serais présomptueux

    de m’avancer sur ce point. Je pense qu’il faut compter au moins un an.

    APIC: Quel est le rôle désormais dévolu à Mgr Monsengwo? Est-il encore suivi par l’opposition? Et par l’épiscopat?

    F.N.: Quand il a accepté la tâche de président du Haut Conseil, Mgr Monsengwo a posé des conditions très claires. Et jusqu’à présent, dans toutes

    ses activités, il ne s’est pas écarté de ces conditions. La question n’est

    pas que l’opposition le suive, il n’est pas là pour l’opposition, pas plus

    que pour la famille politique présidentielle. Il est là pour favoriser la

    transition vers la démocratie par sa médiation. Tant que son travail reste

    dans cette ligne, l’épiscopat n’a pas à lui reprocher quoi que ce soit. Il

    reste toujours président du Haut Conseil/Parlement de Transition. Mais il

    reste libre d’y renoncer à tout moment.

    Par ailleurs, conformément aux conditions qu’il a posées, Mgr Monsengwo

    n’a pas à être présent et à intervenir dans le fonctionnement du Haut Conseil/Parlement de Transition. Son rôle reste d’être un médiateur au cas où

    une difficulté mettrait la République en danger. C’est vrai que ceux qui

    cherchent à bloquer les activités du Haut Conseil voudraient lui attribuer

    la responsabilité de ces difficultés. Ceux-là auraient aimé qu’il soit présent pour l’exercice courant, mais ce n’est pas ce qui a été convenu.

    (apic/cip/mp)

    Encadré

    De passage à Fribourg, Mgr Faustin Ngabu a présidé jeudi au Foyer St-Justin

    une messe à la mémoire du théologien camerounais Engelbert Mveng, assassiné

    le 23 avril à Yaoundé par des cambrioleurs. Le président de la Conférence

    épiscopale zaïroise a rendu hommage au défunt connu aussi pour ses activités de poète, de peintre et de sculpteur. Le Père Mveng a toujours défendu

    le rôle irremplaçable du théologien au service de l’Eglise locale au même

    titre que l’évêque. Sa vie est une invitation pour tous les Africains à dépasser les barrières culturelles et ethniques, a relevé Mgr Ngabu. (apicoe/mp)

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