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    apic/Zaire/Elections/Peuple/Eglise

    Zaïre: Le Groupe Amos veut associer le peuple et les Eglises aux élections

    Mise en garde: Attention au risque de "démocratiser la dictature" (100196)

    Kinshasa, 10janvier(APIC) Le Groupe zaïrois "Amos" entend associer le

    peuple et les Eglises aux élections au Zaïre. Dans une brochure notamment

    signée par l’abbé Mpundu, le "Romero de Kinshasa", le groupe met en garde

    contre le danger d’"aller aux élections maintenant" et contre le risque de

    "démocratiser la dictature".

    Des élections, oui, mais pas à n’importe quel prix: "Faire des élections

    dans l’état actuel des choses, c’est mettre la charrue avant les boeufs",

    estime le Groupe "Amos" de Kinshasa, dans une brochure que signent l’abbé

    José Mpundu et Thierry Nlandu.

    "Il ne faut pas se faire d’illusion, avertissent les auteurs: les élections ne sont pas synonyme de démocratie et ne sont pas une garantie de

    bonheur pour le peuple qui souffre et qui lutte". L’important est de donner

    la parole au peuple. Le Groupe Amos compte pour cela sur les Eglises, "les

    seules structures fiables".

    Non seulement les élections ne sont pas synonyme de démocratie, elles

    peuvent même mettre celle-ci en danger. Ce fut le cas "durant toute la deuxième république, où les élections truquées n’ont servi qu’à légitimer un

    pouvoir dictatorial", observe le Groupe Amos, qui doute que le chef de

    l’Etat accepte le verdict des urnes en cas de défaite. Aller aux élections

    maintenant, c’est donc prendre le risque de "démocratiser la dictature".

    Quant à l’opposition, la course au pouvoir semble être sa seule raison

    d’être. Bref, la "logique du pouvoir qui prévaut dans les deux camps ne

    présage rien de bon".

    Au peuple, "qualifié de souverain par les politiciens de tous bords", il

    n’est reconnu qu’un seul droit: voter et se taire. Pour le Groupe Amos, le

    grand travail qui reste à réaliser est donc de l’amener à s’organiser pour

    les élections. La nécessité de trouver quelqu’un de la base qui réponde aux

    critères moraux, intellectuels et spirituels requis, dans une société où

    règne le tribalisme et la corruption, suggère aux auteurs qu’il n’est pas

    encore temps d’aller aux élections".

    Caution occidentale

    Cinq pages de cette brochure sont consacrées à l’attitude des "puissances occidentales". Trente-cinq ans après une indépendance qui n’était qu’un

    "leurre", écrivent J. Mpundu et Th. Nlandu, la colonisation a pris "une

    forme plus insidieuse où les structures de domination se sont internationalisées. Allusion au FMI, à la Banque Mondiale et à la "Troïka" (Belgique,

    France, Etats-Unis).

    Comme ils n’ont pas dénoncé la tricherie sous la deuxième république,

    par exemple quand "Mobutu a continué à s’autoproclamer Chef de l’Etat avec

    99,9999% des voix alors même que le dépouillement n’était pas encore terminé", les auteurs se demandent s’ils peuvent se fier à "ceux-là mêmes qui

    ont cautionné par leur silence complice et par leurs appuis militaires et

    financiers le régime dictatorial en place jusqu’à ce jour".

    Le rôle des Eglises

    C’est aux "stratégies constructives du peuple pour des élections libres

    et démocratiques" qu’est consacrée la plus grande partie de la brochure,

    puisque c’est au peuple qu’il appartient d’organiser "ses" élections avec

    "ses" propres moyens.

    L’abbé Mpundu et Th. Nlandu demandent à l’Union Européenne de laisser le

    peuple chercher seul l’argent et le matériel. Il "se mobilisera certainement si la question lui est présentée par des personnes ou des institutions

    auxquelles il fait encore confiance", à savoir les Eglises officielles

    (catholique, protestantes et kimbanguiste), "seules structures fiables".

    Les stratégies impliquant les Eglises concernent d’abord les sources de

    financement à l’intérieur du pays. Leurs responsables peuvent organiser des

    quêtes pour les élections, tandis que "les missionnaires peuvent offrir les

    services de leurs économats et caisses". De même, l’entretien des routes

    (condition nécessaire au bon déroulement du scrutin) sera pris en main par

    les villageois "si les Eglises l’organisent". Les Eglises, relève-t-on,

    peuvent contribuer de même à la formation de la population et à la libéralisation des médias.

    Des "enquêtes" seront organisées pour rapprocher les candidats du peuple; elles seront "sévères" pour décourager "les aventuriers", ainsi que

    "tous ceux dont les noms ont été mentionnés dans les dossiers des biens mal

    acquis et des assassinats". Pour les urnes, pas besoin de les mendier en

    Occident: chaque Communauté ecclésiale de base (CEB) pourra les fabriquer.

    Les CEB joueront également un grand rôle dans le recensement, afin de "contrôler les listes que nos gouvernants risquent d’inventer à quelques semaines des élections" (la brochure propose un modèle de fiche de renseignement

    utilisé par une CEB à Kinshasa).

    Une nouvelle génération

    La brochure propose aussi de publier la liste de tous les parlementaires

    avec leurs adresses afin que, dans chaque quartier, "des équipes leur rendent visite chaque jour pour exiger que la loi électorale soit revue dans

    le sens de ce que le peuple désire". La même pression, peut-on lire encore

    doit s’exercer également sur "leurs épouses, leurs enfants et les enseignants, permettra de changer la composition des membres de la Commission Nationale des Elections".

    A l’inverse, écrivent les auteurs, il s’agira de repérer les futurs leaders de la troisième république, "à la base, dans la CEB ou cellule, dans

    le quartier".

    Avant de conclure, les auteurs en appellent une fois encore aux Eglises:

    "Les Eglises restent dans notre pays les seules structures qui peuvent réellement s’opposer à la mafia institutionnalisée qui réduit notre peuple à

    l’esclavage. Nous restons convaincus que les nombreuses hésitations de la

    hiérarchie de nos Eglises ne profiteront pas à notre peuple".

    Un calendrier est proposé à titre indicatif, qui échelonne les étapes de

    1995 à 1997, année des élections présidentielles et de "la passation de

    pouvoir" (mai), des élections législatives et municipales (septembre) et de

    la "clôture officielle de la transition" (décembre). (apic/cip/pr)

    ENCADRE

    "Elections au Zaïre: chance ou danger pour la démocratie ?", par José

    Mpundu et Thierry Nlandu, Editions Groupe Amos, Kinshasa, 1995, 36 pages.

    (2) Le Groupe Amos, du nom du prophète de la justice, est très actif à

    Kinshasa, où il est né en 1988. L’abbé José Mpundu, le "Romero de Kinshasa", en est la figure de proue.

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