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    apic/Zaïre/déclaration des évêques/ nationalité zaïroise/

    Zaïre: l’Eglise n’est ni sourde ni aphone

    Un "vaste problème non traité": la nationalité zaïroise

    Kinshasa/Bruxelles, 6novembre (APIC) Les événements violents dont l’Est du

    Zaïre est le théâtre suite à l’action des ’Banyamulenge’ ne sont "qu’un moment, une phase aiguë d’un vaste problème non traité, celui de la nationalité zaïroise". Aujourd’hui la guerre risque d’enflammer tout le pays.

    C’est ce que constatent dans une déclaration Mgr Ngabu, évêque de Goma et

    président de la conférence épiscopale du Zaïre, et le cardinal Etsou, archevêque de Kinshasa et président de la Commission Justice et Paix.

    La déclaration, adressée "aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne

    volonté", est intitulée "Non à la guerre, oui à la paix et à la justice".

    Elle a été signée le 29 octobre, quelques heures avant l’assassinat de Mgr

    Munzihirwa, l’archevêque de Bukavu. Estimant que l’Eglise au Zaïre ne peut

    garder le silence "comme si elle était sourde et aphone", Mgr Ngabu et le

    cardinal Etsou décrivent un pays en proie à "une crise généralisée sur tous

    les plans", où la violence, présente depuis plusieurs années déjà, "est en

    train de gagner du terrain et de se consolider". "Nous en arrivons, écrivent les signataires, à une situation d’un état d’urgence, car la guerre

    s’organise et risque d’enflammer peut-être tout le pays".

    Les évêques tentent de répondre aux questions que tous se posent: à qui

    profite cette violence? Pourquoi cette guerre endémique depuis 1993? Estelle spontanée ou voulue? Devait-elle éclater à ce moment précis? Qu’a-t-on

    fait pour assurer la paix et le salut de la Nation? Enfin, "à qui faut-il

    s’adresser pour en appeler à la paix?"

    Un conflit programmé

    La déclaration revient sur les nombreux messages de paix et de justice

    adressés par les évêques à la nation, pour constater que ces appels "ne

    semblent pas avoir porté beaucoup de fruits". Une des causes de la

    dégénérescence de la situation au Kivu, constate-t-elle, se situe sans nul

    doute dans les violences interethniques et politiques survenues au Rwanda

    et au Burundi, qui ont provoqué l’arrivée massive de réfugiés au Kivu, si

    bien que toute la région des Grands Lacs est devenue "progressivement, et

    comme de façon programmée, un théâtre d’affrontement entre diverses

    ethnies, impliquant plusieurs Etats". La concentration de réfugiés "parfois

    bien armés" près de la frontière devait forcément menacer la paix dans le

    pays d’accueil.

    Le message note que cette violence affecte, outre les réfugiés et les

    déplacés zaïrois, les autochtones et les résidents étrangers: tous sont

    "plongés dans la peur, l’angoisse, l’incertitude, la détresse morale, matérielle et spirituelle". Leur inquiétude est due à la formation de milices

    qui "combattent pour des causes mal définies", tandis qu’"une armée sans

    logistique est obligée de vivre aux dépens de la population et de rançonner

    toute organisation économique sur place", si bien que la population "finit

    par redouter toute présence militaire". Les conditions sont ainsi réunies

    pour "installer et consolider des conflits de longue durée".

    Qui est Zaïrois?

    Pour les évêques, les événements survenus suite à l’action des Banyamulenge ne constituent "qu’un moment, une phase aiguë d’un vaste problème non

    traité, celui de la nationalité zaïroise". Qui est Zaïrois et qui ne l’est

    pas? Et les signataires de constater: "Les tergiversations de la Loi à ce

    sujet n’ont pas servi la paix dans notre pays." Suite à ce vide et à ce

    flou juridiques, des scènes de violence et d’agressivité se developpent au

    vu et au su des hautes autorités, spécialement au Kivu. Elles se déroulent

    pareillement au Parlement à Kinshasa et dans les médias nationaux. Les mêmes scènes se jouent ensuite dans les cités et dans les campagnes où des

    milices organisent la ’chasse au sorcier et à la sorcière’.

    C’est encore possible!

    Face à l’aggravation de la misère, de la souffrance et à "une paupérisation unique en son genre dans l’histoire de notre pays", Mgr Ngabu et le

    cardinal Etsou énoncent quelques voies de solutions prioritaires.

    La première est la mise en pratique du projet de société élaboré par la

    Conférence Nationale Souveraine en vue de mettre sur pied un Etat de droit.

    En clair: l’instauration d’"un régime démocratique ayant pour fondement le

    respect de la vie et de la personne humaine, l’amour du prochain et de la

    patrie".

    Concernant la politique nationale, il est "urgent" de mettre tout en

    oeuvre pour préciser la loi relative à la nationalité zaïroise: "L’ambiguïté de la position actuelle nous coûte déjà trop cher, car elle déstabilise

    particulièrement le Nord et le Sud-Kivu. Suite à cette imprécision juridique, certains nationaux sont obligés de se réfugier à l’étranger pour y

    trouver un peu plus de paix et de sécurité." Le message rappelle avec le

    Comité permanent des évêques du Zaïre que "l’ethnicisation et la régionalisation des enjeux politiques zaïrois aboutissent en définitive et en réalité à la destruction du pays et à la négation de la Nation zaïroise".

    Au plan international, le Zaïre a intérêt à "purifier l’orientation de

    ses relations avec proches ses voisins, surtout le Rwanda et le Burundi, en

    raison du passé commun", et même à aider ces pays à se stabiliser, car, de

    la même façon que la guerre perturbe les peuples qui partage la même

    frontière, "la paix rayonne sur les voisins". Le message invite de même les

    milieux internationaux épris de paix et de justice à ne pas déstabiliser

    l’Afrique Centrale, mais plutôt de l’aider pour combattre les maux qui la

    frappent "et qui menacent toute la société humaine".

    Surtout, il faut restaurer la paix. "Notre cri d’alarme, écrivent les

    évêques, est que la guerre s’arrête le plus vite possible, et c’est encore

    possible, nous le croyons fermement. Il y a déjà trop de morts, et la souffrance des réfugiés et des déplacés de guerre a dépassé toutes les limites

    du supportable. Il est urgent d’arrêter cette tragédie. Un premier pas à

    franchir est de mettre fin à la manipulation des rancoeurs par certains nationaux et par certains organismes internationaux. La vérité nous rendra

    libres." (apic/cip/mp)

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