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    apic/Zaïre/Appel à la conscience chrétienne/Education nationale

    Zaïre: "L’Education nationale est devenue

    un vaste appareil de tricherie", dénonce le SAME

    Appel à la conscience chrétienne

    Bruxelles/Kinshasa, 9septembre(APIC) "Halte au génocide à l’école": c’est

    le cri que vient de lancer au Zaïre "Solidarité pour une Education Meilleure" (SEME). A la rentrée scolaire 1995-96, l’association, qui regroupe des

    parents, des enseignants, des étudiants et des élèves de toutes les confessions religieuses, avait exhorté à ne pas céder à "l’illusion dangereuse"

    de croire que la contribution des parents puisse remplacer les subsides de

    l’Etat aux écoles et les salaires des enseignants. Elle répète aujourd’hui

    ce message, en appelant à la rejoindre pour "mettre fin au génocide social,

    scientifique et moral".

    La SEME constate que, malgré son appel d’il y a un an, "malheureusement,

    par peur d’une nouvelle année scolaire blanche, ou croyant résoudre de façon solidaire un problème collectif, nous avons placé nos enfants dans des

    écoles privées, ou versé des contributions dans les écoles conventionnées

    et publiques". A la veille d’une nouvelle rentrée scolaire et académique,

    l’association renouvelle son appel en faisant appel à "votre conscience de

    chrétiens, de parents, de citoyens pour méditer sur la tragédie silencieuse

    qui se déroule dans notre enseignement".

    Ouvriers agricoles, creuseurs d’or et de diamant

    Car le gâchis est immense. Des exemples? Une enquête menée à Kinshasa a

    révélé que, sur 100 enfants des militaires, 20 seulement fréquentent l’école. Dans une école secondaire des milieux populaires de la capitale, sur

    526 élèves présents à la rentrée 1995-96, 300 seulement restaient en juin

    1996. Une école privée qui avait enregistré 602 inscriptions en septembre

    1994 ne comptait plus en juin dernier que 226 élèves.

    A l’intérieur du pays, des écoles ont dû interrompre les cours pendant

    deux ou trois mois et certaines ont même dû fermer leurs portes, les salaires n’étant plus versés aux enseignants. Dans certains établissements, les

    enseignants ont transformé les élèves en ouvriers agricoles, en creuseurs

    d’or et de diamant. A ces élèves qui abandonnent, il faut ajouter ceux qui

    ne se présentent pas, parce qu’ils n’ont pas d’argent.

    Tricherie officielle

    Face à ce tableau catastrophique, certains tentent de se consoler: la

    gouvernement a organisé dernièrement un test d’évaluation et les examens

    d’Etat sur l’ensemble du territoire national; l’année passée, les examens

    d’Etat ont donné de bons résultats. Or, cette année, au test d’évaluation

    du primaire organisé par l’Inspection Générale de l’enseignement, les résultats étaient si catastrophiques que plusieurs responsables des écoles

    privées ont fait pression pour qu’on ne les publie pas, afin que cela ne

    nuise pas à leur image d’école alternative. Ce qui, pour l’association,

    "tend à montrer que plusieurs de ces établissements sont de simples boutiques créées pour générer des recettes pour leurs propriétaires".

    Il y a pire: les résultats obtenus par les élèves de ces écoles privées

    sont "améliorés" par l’Inspection Générale, comme cela a été le cas avec

    les résultats des examens d’Etat ces dernières années. Un inspecteur de mathématiques a révélé à un membre de l’association que depuis 1978 le taux

    réel de réussites aux examens d’Etat n’a jamais dépassé 20 %. Grâce à des

    délibérations très généreuses, sauvant des élèves ayant obtenu même 30 %

    des points, l’Inspection Générale donne l’illusion au peuple que l’enseignement se porte bien. Suite à "la tricherie officielle et à la corruption

    qui caractérisent désormais les examens d’Etat", le réseau d’enseignement

    catholique a organisé un jury interne pour ses élèves finalistes. Dans les

    diocèses où ce jury a été organisé en 1995, les résultats ont été "catastrophiques" (à peine 20 %). Dans le primaire, beaucoup d’élèves sortis des

    écoles catholiques ne savent pas lire au terme de la 6e année. Sur le même

    chapitre de l’objectivité des examens d’Etat, des professeurs d’université

    qui ont participé aux test d’entrée à l’université protestante du Zaïre et

    ceux qui siègent régulièrement dans les jurys de première année affirment

    que généralement les taux de réussite en 1ère année se situent entre 15 et

    25 %.

    L’association souligne qu’"en annulant la session des examens d’Etat de

    juillet 1996 de la région du Shaba, le gouvernement Kengo a fait un aveu

    terrible sur l’ampleur de la tricherie et de la corruption". Dans d’autres

    régions, "les examens d’Etat sont faits par une association d’élèves finalistes en collaboration avec leurs professeurs des classes terminales dissimulés dans des locaux discrets situés à proximité des centres d’examen".

    La SEME ajoute qu’à la session des examens d’Etat de 1995, au Bandundu,

    quelques Bana Lunda partis creuser le diamant dans la province angolaise de

    Lunda Norte, absents des cours pendant l’année entière et absents des centres d’examens d’Etat, ont vu leurs noms apparaître parmi les candidats reçus, sur les palmarès de l’Inspection Générale.

    Une logique d’exclusion

    "L’éducation dans toute société sert à transmettre à la jeunesse le savoir, le savoir-faire, le savoir-être nécessaires pour sa survie et le progrès de l’ensemble de la communauté", rappelle la SEME. L’Education nationale étant devenue "un vaste appareil de tricherie, de corruption et d’exclusion de la majorité des enfants du peuple", l’association interpelle les

    parents chrétiens: leur contribution est-elle une alternative réelle aux

    subventions publiques? Vont-ils léguer aux générations futures "un Zaïre

    d’esclaves"? Enfin, "peut-on bâtir une société de paix à partir des injustices et de la violence institutionnalisées ?"

    L’association organisera des assemblées le 15 septembre prochain à la

    salle paroissiale St-Joseph à Matonge, au Collège Bonsomi à Ndjili et à

    l’Institut Bobokoli à Binza. Un seul point à l’ordre du jour: quelles pressions exercer sur l’Etat pour qu’il donne un salaire juste aux enseignants?

    (apic/cip/ba)

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