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    apic/Visite/Pape/Allemagne/Commentaires

    Allemagne: le "silence" de Jean-Paul II sur Pie XII

    Des voix juives rendent justice à l’Eglise et à Pie XII (240696)

    Rome, 24juin(APIC) Au cours de son voyage en Allemagne, Jean-Paul II a

    écourté à deux reprises la lecture de son texte: samedi, lors de la messe à

    l’aéroport de Paderborn, et lors de l’homélie de Berlin, dimanche. Les passages non lus suscitent quelques interrogations, car ils touchaient l’attitude de l’Eglise et celle du pape Pie XII face au nazisme.

    Le discours prononcé dimanche à Berlin par Ignatz Bubis, président du

    directoire du Consistoire Central Israélite d’Allemagne, portait en revanche témoignage du rôle de l’Eglise contre le nazisme.

    A Paderborn, le pape a omis une phrase sur "la résistance que l’Eglise

    tout entière" a opposée au nazisme. Elle citait les noms des quatre bienheureux allemands victimes du nazisme: la carmélite Edith Stein, béatifiée

    en 1987, le jésuite Rupert Mayer, béatifié en 1987), et les deux prêtres

    béatifiés ce dimanche à Berlin: Bernhardt Lichtenberg, prévôt de la cathédrale de Berlin, et Karl Leisner, qui avait été ordonné à Dachau. Pour le

    pape, ils sont "les représentants des nombreux catholiques, hommes et femmes, qui au prix de multiples sacrifices tentèrent de contrecarrer la terreur nazie et firent résistance à l’idéologie brune". Une phrase qui, elle,

    a été prononcée.

    Et le texte enchaînait: "Ils constituent donc une partie de la résistance que l’Eglise tout entière a opposée à ce système contempteur de Dieu et

    de l’humanité". Une phrase qui, avec les autres coupures, apparaîtra de

    toute façon dans les Actes du Saint-Siège, explique le porte-parole du

    Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls.

    Ces quatre bienheureux représentent aussi, continuait l’homélie, "les

    nombreux êtres humains qui, par leur résistance et le sacrifice de leur

    personne, ont fait que la confiance en l’homme demeure dans une Allemagne

    autre et meilleure".

    Dimanche, le texte écrit de l’homélie de Jean-Paul II, qui est le seul

    texte officiel, soulignait le rôle important de Pie XII dans la lutte contre le nazisme. Mais Jean-Paul II a sauté ce passage. Intrigués, les journalistes ont interrogé J. Navarro-Valls. Lequel a relevé que le pape, en

    retard sur le programme, avait supprimé au dernier moment, pour gagner du

    temps, un tiers de son homélie, dont le passage sur Pie XII. Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, observait pour sa

    part que si le pape avait désiré ne pas se référer à Pie XII, il aurait depuis longtemps supprimé le passage en question.

    Une vieille polémique

    La polémique n’est pas nouvelle. D’aucuns accusent Pie XII de ne pas

    avoir condamné assez fermement le nazisme et la persécution des Juifs. Ce

    contre quoi s’élèvent bon nombre d’historiens, qui mettent en évidence aujourd’hui l’aide efficace et discrète fournie aux Juifs à tous les niveaux

    de l’Eglise pendant la guerre, y compris par Pie XII à Rome. Parmi eux, les

    travaux de l’Israélien Levine, fondés sur des témoignages et des archives

    historiques recueillis au mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem.

    Selon ses évaluations, l’intervention personnelle du pape aurait permis

    d’arracher à la mort quelques 700’000 Juifs d’Europe.

    Ce rôle de l’Eglise a d’ailleurs été reconnu dimanche après-midi à Berlin, et devant Jean-Paul II, par Ignatz Bubis. Une voix à laquelle les circonstances confèrent un poids tout particulier. Sa déclaration intervenant

    après l’appel lancé par le pape contre toute forme d’antisémitisme, afin

    que des tragédies comme la Shoah ne puissent plus jamais se produire. La

    rencontre entre lui et Jean Paul II s’est déroulée dans la maison de Bernhard Lichtenberg, "qui, pendant la plus sombre période de l’histoire allemande, s’est opposé au système et a aidé et secouru notamment des Juifs en

    détresse", a déclaré I. Bubis en réponse à l’allocution de Jean-Paul II.

    "En béatifiant Bernhard Lichtenberg et Karl Leisner, a-t-il ajouté, l’Eglise catholique fait profession d’humanité et remercie ses fils de leur vaillance en temps de crise... Nous savons également que des milliers de prêtres se sont opposés au national socialisme, ce qui leur a valu de terribles souffrances allant jusqúau sacrifice de leur vie".

    Quant à l’action de Jean-Paul II lui-même dans le rapprochement entre

    juifs et chrétiens, I. Bubis l’a rappelée, depuis la première visite d’un

    pape à la Grande synagogue de Rome en 1986, son intervention pour le transfert du Carmel en dehors de l’enceinte du camp d’Auschwitz, et l’établissement de relations diplomatiques entre Saint-Siège et l’Etat d’Israël. Et I.

    Bubis de former des voeux pour que le pape puisse effectuer bientôt une visite dans ce pays "dont le sol chargé d’histoire représente pour nous tous

    la Terre Sainte", et pour qu’il vive "cent vingt ans" au service de l’Eglise catholique. (apic/imed/pr)

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