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    apic/Visite papale/Croatie/Dossier

    APIC - Dossier

    Voyage du pape en Croatie samedi et dimanche 10 et 11 septembre 1994

    Jean Paul II dans un pays éprouvé

    Une conscience catholique croate marquée par les expériences historiques

    Vienne/Zagreb, 9septembre(APIC/Franz Morawitz, Kathpress) "Antemurale

    Christianitatis", rempart du christianisme. Même des intellectuels croates

    peu soucieux de pratique religieuse mentionnent avec orgueil ce titre honorifique décerné par le pape Léon X (1513/21) au petit royaume de Croatie,

    uni à l’époque à la Hongrie.

    Après la chute de la Serbie et de la Bosnie, la Croatie a dû subir les

    principaux assauts de l’envahisseur turc. C’est de cette époque que date

    l’image des Croates qui a prédominé à l’étranger: guerriers sauvages, tenaces et intrépides. On pouvait les reconnaître à leur foulard flottant au

    vent, à la "Crovata", forme originale de la cravate actuelle.

    Les chefs militaires à Vienne et à Venise prenaient à leur solde, de

    préférence, des soldats croates. On savait apprécier à Vienne la fidélité

    de la Croatie qui est revenue en 1526 aux Habsbourg, en compagnie de la

    Hongrie. Vienne, en plus de Rome, représentaient la lueur d’espoir pour la

    réalisation des rêves nationaux de ce peuple de Slaves du Sud catholiques.

    Ils visaient à l’époque un relâchement de l’étreinte hongroise et vénitienne. L’histoire de la Croatie a été étroitement liée à celle d’Hongrie depuis 1102, date de son annexion par les rois hongrois. Ce sont d’ailleurs

    eux qui ont fondé la capitale, Zagreb. Venise avait de son côté mis la main

    sur la côte dalmate.

    Rome au lieu de Byzance

    En Croatie, la mentalité de remparts trouve ses racines dès avant les

    guerres avec les Turcs. Les Croates, originaire de l’Ukraine actuelle, ont

    accepté la foi chrétienne au VIIème siècle déjà. On rappelle avec orgueil

    la liturgie et l’écriture glagoliques (slave ancien) développées par les

    chrétiens croates dès les premiers siècles. Contrairement aux peuples slaves qui habitaient plus au Sud et à l’Est, les Croates ne s’orientèrent pas

    vers Byzance, mais vers Rome.

    La religion était dès lors le principal signe de distinction entre les

    peuples slaves du Sud. La Croatie est devenue l’avant-poste de l’Eglise romaine dans les Balkans. Et elle continue à se considérer comme telle. Si la

    conscience d’être un rempart du christianisme contre l’islam a diminué à

    cause des développements historiques récents, l’antagonisme entre chrétienté occidentale et chrétienté orientale (orthodoxie) s’est par contre renforcé.

    "Rempart de la civilisation catholique"

    Souvent l’on peut ainsi entendre en Croatie même que le pays fait partie

    du domaine de la "civilisation catholique". Les visiteurs occidentaux réagissent souvent avec incompréhension, car leurs gouvernements ont évidemment depuis longtemps déjà abandonné l’idée de devoir défendre une civilisation basée sur une confession quelconque. Des expériences sanglantes et

    douleureuses les y ont poussés.

    Et s’il est vrai qu’aujourd’hui en Croatie on met l’accent sur la délimitation des cultures et des confessions, il faut se rappeler tout de même

    les nombreux points communs entre les rivaux actuels, qui ont contribué de

    manière essentielle à la création de l’Etat yougoslave.

    Malgré les rivalités, les échanges avec les Serbes existent

    Les frontières confessionnelles et ethniques entre les mondes latin, byzantin et musulman n’ont jamais complètement correspondu à des territoires

    respectifs. En Croatie, ainsi qu’en Dalmatie, en Serbie, au Montenegro, en

    Bosnie et en Herzégovine, on pouvait rencontrer de petites communautés appartenant aux différentes confessions minoritaires. Et en dépit de toutes

    les rivalités politiques, les Serbes et les Croates entretenaient des contacts. Les intellectuels des deux nations en particulier ont pu durant des

    siècles procéder à de fructueux échanges d’idées.

    Le point de rencontre des deux nations était la ville-république de Raguse, aujourd’hui Dubrovnik. En 1626 déjà, le poète Ivan Gundulic y glorifia dans son épopée "Osman" la lutte commune des peuples slaves du Sud contre les envahisseurs turcs. Juraj Krizanic, le poète croate le plus connu

    du XVIIème siècle, voyagea en Russie et propagea l’idée d’une unité slave

    et d’une fusion des Eglises orientale et occidentale.

    L’évêque catholique croate Josip Juraj Strossmajer (1815-1905) a défendu

    au XIXème siècle l’idée d’une association croato-serbe. Son panslavisme

    marqué de religion l’opposait au politicien nationaliste croate Ante Starcevic (1823-96), qui voulait repousser les Serbes et prônait une "Grande

    Croatie". Celle-ci devait comprendre également la Bosnie et jouir de l’égalité juridique avec la Hongrie au sein de la monarchie.

    Mgr Strossmajer, père spirituel de l’Etat multinational yougoslave

    Les deux concepts ont été remis au goût du jour à l’époque contemporaine. Mgr Strossmajer est souvent considéré comme le père spirituel de l’Etat

    multinational yougoslave. Les pensées de Starcevic ont, par contre, servi

    de base idéologique à l’Etat fondé en 1941 par Ante Pavelic, chef du mouvement oustachi, d’inspiration fasciste, sous l’égide des puissances de

    l’Axe. Le fait que la monnaie et le blason de la Croatie rappellent sous

    certains aspects ce paria a créé une mauvaise image internationale pour le

    jeune Etat croate.

    Le cardinal Stepinac face au dilemme

    Lorsqu’on porte un jugement historique sur l’époque de la deuxième

    guerre mondiale, il faut également prendre en considération le dilemme devant lequel se trouvait la hiérarchie de l’Eglise catholique. Le cardinal

    Alojzije Stepinac (1898-1960), primat de la Croatie, a certes salué la proclamation de l’Etat oustachi et a fait chanter le "Te Deum" à cette occasion à la cathédrale de Zagreb. Mais quand ont commencé les atrocités, notamment contre les Serbes et les Juifs, il a protesté à plusieurs reprises

    auprès du gouvernement.

    A partir de fin 1942, les critiques de Mgr Stepinac sont devenues de

    plus en plus violentes. Pourtant, jusqu’à la fin de la guerre, il est resté

    favorable à l’idée d’une Croatie indépendante. Il se rappelait des mauvaises expériences que les Croates et l’Eglise catholique avaient faites dans

    l’Etat commun avec les Serbes, appelé dès 1929 "Yougoslavie". Le cardinal

    craignait le retour des Serbes au pouvoir. D’autre part, l’oustachi Ante

    Pavelic avait favorisé l’Eglise en l’aidant notamment à fonder des écoles

    et en y soutenant les cours de religion.

    Collaboration d’une partie de clergé avec le régime oustachi

    La collaboration d’une partie de clergé avec le régime oustachi a provoqué cependant des problèmes moraux. Maints ecclésiastiques se sont prêtés à

    des excès nationalistes sanglants contre les Serbes et à des conversions

    forcées au catholicisme. Parfois librement, souvent sous pression. A la fin

    de la guerre, les communistes ont fait à Mgr Stepinac un procès-spectacle

    (même s’il était innocent de point de vue moral, en tant que personne) et

    l’ont condamné à 16 ans de prison. Sa figure emblématique symbolise le chemin hérissé d’épines qu’a connu l’Eglise catholique croate durant sa période noire située entre la chute de l’empire austro-hongrois et la fin du

    stalinisme.

    Conversions encouragées financièrement

    Dès 1919 déjà, les Eglises non-orthodoxes dans le Royaume des Serbes,

    Croates et Slovènes (l’Etat précédant la future Yougoslavie) ont dû faire

    face à un fort vent contraire. D’abord la loi scolaire serbe fut imposée:

    elle ne reconnaissait pas les écoles de l’Eglise. Cette loi n’a causé aucun

    problème pour les orthodoxes, car ils n’avaient pas de tradition dans le

    domaine scolaire. Mais l’Eglise catholique a ainsi perdu d’un coup ses écoles primaires et secondaires.

    Diverses associations religieuses, comme la Congrégation mariale, ont

    été dissoutes à cette époque. L’Etat a encouragé financièrement les conversions à l’Eglise orthodoxe, ce qui a eu des conséquences sur la répartition

    des confessions. Le nombre de catholiques est ainsi tombé de 39,3% en 1921

    à 37,4% en 1931. Les orthodoxes ont augmenté dans la même période de

    46,7% à 48,7%.

    Les évêques catholiques ont protesté contre ces conversions payées dans

    des lettres pastorales communes en 1923 et 1933. En vain. Mais, avant tout

    pour des raisons de politique étrangère, le climat politique s’est peu à

    peu amélioré en faveur de l’Eglise catholique. Le gouvernement de Belgrade,

    en accordant des concessions aux Croates, voulait prévenir la division du

    pays visée par Hitler. Ainsi, les écoles confessionnelles ont à nouveau été

    autorisées. La fin de cette brève harmonie était pourtant proche. En 1941,

    la "Wehrmacht" entrait à Belgrade!.

    Confrontation avec le régime communiste

    Après la parenthèse du régime oustachi durant la deuxième guerre mondiale, l’Eglise de Croatie a dû faire face à la dure confrontation avec le régime communiste. Dans diverses circonstances, près de 400 prêtres (sur un

    total d’environ 4’000) trouvèrent la mort. L’Ordre des franciscains déplore

    à lui seul 139 victimes. Quelque centaines de prêtres ont encore été condamnés par le régime communiste.

    L’Eglise a perdu à nouveau ses écoles, expropriées. Les églises ont été

    pillées et l’activité des prêtres limitée à la célébration des services divins. A l’école, les maîtres devaient officiellement propager l’athéisme,

    de nombreux monastères ont été fermés et les propriétés foncières de ceux

    qui subsistaient ont été confisquées. C’est seulement en 1960, après la

    mort du cardinal Stepinac qui fut assigné à résidence durant les dernières

    années de sa vie, que le chef de l’Etat, Josip Broz Tito, a relâché la

    pression sur l’Eglise.

    De nombreuses vocations sacerdotales

    Dès la fin des années 60, l’Eglise catholique en Croatie s’est relevée.

    Dans les années 70 déjà, le taux de croissance des vocations sacerdotales

    et religieuses était l’un des plus hauts dans l’Eglise au niveau mondial.

    Même aujourd’hui, le manque de prêtres n’est pas le problème le plus pressant pour la hiérarchie. C’est plutôt la question du rapport entre quantité

    et qualité qui se pose. Par ailleurs, nombreux sont les prêtres croates

    qui travaillent comme missionnaires dans Tiers-Monde.

    Le primat Kuharic pour l’autodétermination

    Le successeur de Mgr Stepinac en 1960 en tant qu’archevêque de Zagreb et

    primat de Croatie a été Mgr Franjo Seper. En 1970, quand le pape l’a nommé

    préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Franjo Kuharic,

    son évêque auxiliaire, a pris sa place. Le cardinal Kuharic, âgé aujourd’hui de 75 ans, s’était déjà fait un nom dans les années 60 en raison

    de son engagement contre la discrimination dont étaient victimes les croyants. A l’époque de l’éclatement de la Yougoslavie, Mgr Kuharic a demandé à

    plusieurs reprises le respect du droit de la nation croate à l’autodétermination, tout en se faisant l’avocat d’une amélioration des relations avec

    l’Eglise orthodoxe serbe.

    Juste après l’éclatement de la guerre entre la Croatie et l’armée fédérale yougoslave, aidée des milices serbes de la Krajina (juillet 1991), le

    cardinal a soutenu l’effort de défense des dirigeants croates. Il a pourtant mis en garde contre une diabolisation a priori des Serbes. Il a ainsi

    condamné les attaques de commandos et d’unités de l’armée croate contre la

    population civile serbe, notamment les dynamitages de maisons où habitaient

    des Serbes. Il a demandé aux gouvernements étrangers de se montrer

    davantage solidaires de la Croatie agressée et de la reconnaître diplomatiquement. Il s’est résolument prononcé contre la "purification ethnique" en

    Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

    Mgr Kuharic et les autres membres de l’épiscopat ont été confrontés au

    fait que de nombreux prêtres et religieux ont été victimes de cette haine

    meurtrière. Une importante partie du patrimoine culturel de l’Eglise a également été ruiné: en Croatie même, près de 100 églises ont été détruites,

    en Bosnie bien plus.

    Le Vatican s’engage pour la reconnaissance diplomatique

    Les dirigeants de l’Etat et de l’Eglise en Croatie ont pourtant pu compter sur la solidarité du pape. Le Saint-Siège a été le deuxième pays après

    l’Allemagne à reconnaître diplomatiquement la nouvelle entité croate.

    Auparavant, des représentants du Vatican avaient demandé avec insistance

    aux gouvernements des pays occidentaux de faire ce pas ensemble. Par une

    reconnaissance massive de la Croatie et de la Slovénie, le Saint-Siège voulait mettre fin à la politique de violence de Belgrade, qui comptait sur la

    tolérance silencieuse de la Russie, des Etats-Unis, de l’Angleterre et de

    la France.

    Certes l’on savait aussi à Rome que le président croate Franjo Tudjman

    n’est pas une personnalité au-dessus de tout soupçon. Tudjman a été en 1967

    chassé du Parti communiste à cause de ses tendances nationalistes croates.

    Après la fondation de son parti en 1989, il a n’a pas hésité à utiliser des

    appuis dans les milieux d’Eglise pour mener son combat pour l’indépendance.

    Ses fondements idéologiques ne viennent ni de l’enseignement social chrétien, ni de la démocratie, même s’il veut que son parti, la "Communauté démocratique croate" (HDZ) soit accepté dans le cercle des partis démocrates-chrétiens européens.

    Nonce également pour la Bosnie

    Mgr Giulio Einaudi a pris le 13 mai 1992 ses fonctions de nonce apostolique en Croatie. En raison des positions politiques peu claires du gouvernement croate concernant la guerre de Bosnie, Rome s’est tenu depuis le début sur ses gardes. Il s’agissait pour le Vatican de ne pas susciter l’impression d’être prêt à bénir le projet d’une éventuelle "Grande Croatie",

    avec l’annexion de l’Herzégovine à la clef. C’est pour cette raison qu’il

    n’y a pas eu de feu vert pour la création d’une "Conférence épiscopale

    croate" qui comprenne aussi les trois diocèses de Bosnie-Herzégovine, comme

    le souhaitaient les évêques de Croatie.

    La Conférence ne peut comprendre que les diocèses qui se trouvent sur le

    territoire de la République de Croatie. Le nouveau statut a finalement été

    approuvé "ad experimentum" le 15 mai 1993.

    L’attitude de Rome a été la même lors de la détermination du champ d’activités du nonce apostolique à Zagreb. Ce domaine a été consciemment limité

    à la République de Croatie. C’est un autre diplomate du Vatican, l’archevêque Francesco Monterisi, qui a été nommé le 13 juillet 1993 nonce apostolique en Bosnie-Herzégovine.

    La Bosnie n’a pourtant pas été le seul problème juridictionnel lors de

    la dissolution de la Conférence épiscopale yougoslave et de la création de

    celle de la Croatie. Les frontières des diocèses ne correspondent pas à

    celles des Etats actuels, établies par Tito comme frontières des républiques fédérées. Ainsi le diocèse de Djakovo s’étend en partie sur territoire

    serbe et une petite partie du diocèse de Subotica (Voïvodine) est sur le

    territoire de la Croatie.

    Mgr Ciril Kos, évêque de Djakovo, a pu visiter, il y a quelques semaines

    et pour la première fois depuis l’éclatement de la guerre, la partie de son

    diocèse se trouvant de l’autre côté de la frontière. Pour cela il a dû passer par la Hongrie, car un voyage par le territoire de la "République serbe

    de Krajina" n’était pas possible.

    Diocèses géants et diocèses nains

    En comparaison avec le diocèse géant de Djakovo, la vie des évêques dans

    les deux diocèses nains de Dalmatie, Krk et Hvar, est plutôt calme et harmonieuse. Avant la guerre, ils avaient la charge de seulement 30’000 et

    20’000 catholiques. Entre-temps, leur nombre a considérablement augmenté

    suite aux flux de personnes déplacées en provenance des territoires en

    guerre.

    En raison également des hostilités qui ont provoqué une vague de réfugiés, le nombre des catholiques a augmenté considérablement dans d’autres

    diocèses croates sur la côte adriatique - Porec, Rijeka, Zadar, Sibenik,

    Split et Dubrovnik. Le diocèse de Porec, avec siège à Pula, comprend aussi

    une minorité italienne et presque tous les prêtres y sont bilingues.

    On ne peut pas se plaindre grosso-modo de la fréquentation des églises

    par les croyants. A Zagreb elle n’atteint pourtant que 12%. Mais il est

    difficile de trouver dans une autre métropole de l’Est un taux de pratique

    aussi élevé.

    La restitution des biens confisqués par les communistes et l’enseignement de la religion à l’école, sont les deux principales questions non

    résolues entre l’Eglise et l’Etat. Mais dans ces domaines on compte aussi

    trouvera des règlementations acceptables pour l’Eglise, d’autant plus que

    l’Etat est interessé à une bonne coopération avec les évêques.

    Une riche palette de médias

    Depuis la libéralisation de la fin des années 60, l’Eglise catholique a

    construit beaucoup de choses. Elle dispose d’un réseau florissant des associations catholiques et d’une riche offre de produits médiatiques. Le coeur

    en est constitué par la plus grande maison d’édition d’Europe centrale et

    de l’Est "Krscanska Sadajnost" (Présence chrétienne), fondée dans le but de

    mettre à la disposition des Croates les documents du Concile Vatican II.

    Outre les livres, la maison publie actuellement une revue familiale mensuelle, "Kana", et d’autres magazines. Elle exploite également un studio de

    télévision.

    L’hebdomadaire catholique "Glas Koncila" (La Voix du Concile), journal

    de longue tradition, atteint un tirage de 50’000 exemplaires. Ce qui n’est

    pas peu, même s’il est considérablement plus bas qu’à l’époque communiste.

    La Conférence des évêques de Croatie dispose en outre de sa propre agence

    de presse catholique, "IKA", à Zagreb.

    Mise en garde contre l’exploitation politique

    Le pape trouvera à son arrivée samedi en Croatie une Eglise qui constitue un élément important de la vie publique. Dans ce pays post-communiste,

    l’influence de l’Eglise catholique sur les développements sociaux et politiques est considérablement plus forte que dans les pays occidentaux. D’autant plus grande est la tentation pour les politiciens d’utiliser la visite

    de pape pour leur profit personnel. Le président croate Franjo Tudjman n’a

    d’ailleurs pas caché mercredi dernier à Zagreb "l’importante signification

    politique" de cette visite papale, en mentionnant notamment la légitimité

    de la récupération de la Krajina contrôlée par les Serbes, par des moyens

    pacifiques et avec l’aide de la communauté internationale. Et si les moyens

    pacifiques sont inopérants, "par tout autre moyen légal".

    Les milieux protestants de Zagreb ont pour leur part mis en garde contre

    le risque d’exploitation politique de cet important événement. Malgré tout,

    la population se réjouit pourtant grandement de la visite du pape. Sa venue

    a été attendue si longtemps!.

    Les Croates avaient déjà espéré voir Jean Paul II en 1984, lors du Congrès eucharistique de Marija Bistrica, à l’occasion du 1’300e anniversaire

    de la christianisation de la Croatie. Aujourd’hui, la visite de pape ne

    devrait pas être orchestrée comme une mise en scène triomphale, mais au

    contraire comprise plutôt comme un appel à conversion et à l’approfondissement de la vie religieuse, estime-t-on dans les milieux ecclésiastiques.

    Sera-ce aussi un signal pour un pas vers la paix? C’est ce que beaucoup de

    gens espèrent. Non seulement en Croatie, mais aussi à l’étranger. (apickpr/fs)

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