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    apic/Vatican/ambassadeurs/ politique mondiale vue par le pape

    Rome: Discours du pape au corps diplomatique (130197)

    La communauté internationale a besoin d’une loi morale

    Le regard de Jean Paul II sur la situation politique mondiale

    Rome, 13janvier (APIC) Ce qui manque peut-être le plus aujourd’hui à la

    communauté internationale, ce ne sont ni les Conventions écrites, ni les

    enceintes où s’exprimer, c’est "une loi morale et le courage de s’y référer", a déclaré lundi Jean-Paul II devant les 166 ambassadeurs accrédités

    près le Saint-Siège. Et d’appeler de ses voeux une refonte du droit international, comme un droit de la paix conçue en fonction de la justice et de

    la solidarité. Se livrant à un tour d’horizon géopolitique, le pape n’a pas

    caché, en particulier, la vigilance du Vatican concernant le retour de Honk

    Kong à la Chine continentale. Il a aussi appelé à redoubler d’efforts pour

    assurer la paix au Moyen Orient.

    L’échange de voeux entre le pape et les ambassadeurs accrédités près le

    Saint-Siège est un rendez-vous annuel attendu des observateurs. Le pape se

    livre en effet à un tour d’horizon de la situation politique mondiale,

    souvent construit en trois parties: les progrès, les détériorations et une

    méditation sur un thème précis. De moins de quatre-vingt en 1979, le nombre

    d’ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège a doublé sous le pontificat

    de Jean-Paul II. Ce sont toujours les pays qui demandent l’établissement de

    relations diplomatiques. Elles se soldent par un échange d’ambassadeur à

    Rome, et de nonce apostolique dans le pays concerné.

    L’"après-guerre froide"

    Cette année, Jean-Paul II a choisi de poser la question de la refonte du

    droit international dans le cadre de ce qu’il appelle "l’après-guerre froide" et la liberté de "l’après 1989". En effet, après que le droit international a longtemps été un droit de la guerre et de la paix, le pape croit

    qu’il est de plus en plus appelé à devenir exclusivement un droit de la

    paix conçue en fonction de la justice et de la solidarité. Pour l’Eglise,

    en effet, le nouvel ordre mondial de l’après-guerre froide ne peut être

    fondé sur la loi des plus forts, des plus riches ou des plus grands imposant leur modèles culturels, leurs diktats économiques ou leurs modes idéologiques.

    Le pape ajoute même que si le développement des initiatives humanitaires

    constitue le signal positif d’un réveil de la solidarité, il faut se garder

    de toute naïveté et être attentif à ce que ces générosités ne deviennent

    pas rapidement la justice des vainqueurs, ou qu’elles ne cachent pas des

    arrières-pensées hégémoniques qui feraient raisonner en termes de sphères

    d’influence, de chasses gardées ou de reconquête des marchés.

    Ainsi, pour Jean-Paul II, "la morale doit féconder le droit". Le droit

    international, explique-t-il, est fondé sur des valeurs, comme la dignité

    de la personne, la garantie du droit des nations, qui sont des principes

    moraux avant d’être des normes juridiques. Et, pour appuyer son propos, le

    pape rappelle que ce sont des philosophes et des théologiens qui, au XVe et

    au XVIIe siècle, ont été les premiers théoriciens de la société internationale.

    Des motifs d’espoir...

    Abordant son panorama mondial, le pape a tout d’abord ouvert le chapitre

    de l’espérance. Il y classe en premier lieu la signature du Traité d’interdiction totale des essais nucléaires, qui ne doit pas pour autant faire lever la garde sur la production des armements conventionnels ou chimiques. A

    ce sujet, il a demandé, pour les mines anti-personnel, qu’un "accord juridique contraignant et avec des mécanismes de contrôles adaptés" puisse voir

    le jour lors de la réunion de Bruxelles en juin prochain.

    Le pape est revenu brièvement sur le sommet mondial de la FAO, avec ce

    commentaire: "Le droit au logement et le partage équitable des ressources

    de la terre sont apparus comme des priorités pour les années futures: ce

    sont là des pas décisifs." Puis il a salué l’accord de paix conclu à Abidjan fin 1996 pour la Sierra Leone, espérant que cet acte puisse inspirer le

    Liberia voisin. Même espérance pour le Guatemala où un accord a été signé

    le 29 décembre dernier, qui devrait aider à résoudre les nombreux problèmes

    sociaux de ce pays.

    A propos de Hong-Kong, qui sera réintégré dans la Chine continentale le

    1er juillet 1997, Jean-Paul II a déclaré: "En raison de la consistance et

    de la vitalité de la communauté catholique qui réside dans ce territoire,

    (4,2 % de la population - ndr), le Saint-Siège suivra avec un intérêt tout

    particulier cette nouvelle étape, souhaitant que le respect des différences, des droits fondamentaux de la personne humaine et de la suprématie du

    droit jalonne ce nouvel itinéraire, préparé par de patientes négociations."

    ... et des zones d’ombre

    Jean-Paul II a ensuite abordé les zones d’ombres de la planète, en commençant par l’Algérie et "son abîme de violence inouïe donnant la triste

    image d’un peuple toute entier pris en otage". L’Eglise y a payé un lourd

    tribut avec l’assassinat barbare des sept moines et la mort brutale de Mgr

    Pierre Claverie. Abordant la division de l’île de Chypre, le pape souhaite

    qu’une solution soit trouvée, mais à un niveau européen.

    Se tournant plus à l’Est, au Moyen Orient, Jean-Paul II s’est longuement

    arrêté sur le processus de paix, issu de la conférence de Madrid: "Tout

    doit être tenté pour que les sacrifices et les efforts consentis ces dernières années ne soient pas rendus vains", a-t-il lancé. "Tous ensemble,

    juifs, chrétiens et musulmans, israéliens et arabes, croyants et incroyants

    doivent créer et consolider la paix: la paix des traités, la paix de la

    confiance, la paix des coeurs ! Dans cette partie du monde, comme ailleurs,

    la paix ne pourra être juste et durable que si elle repose sur le dialogue

    loyal entre partenaires égaux, dans le respect de l’identité et de l’histoire de chacun, si elle repose sur le droit des peuples à la libre autodétermination de leur destin, sur leur indépendance et sur leur sécurité. Il

    ne peut y avoir d’exception !".

    Dans cet esprit, le pape a demandé que tous ceux qui sont plus directement engagés dans le processus de paix de redoubler d’efforts pour que le

    modeste capital de confiance accumulé ne soit pas dissipé, mais au contraire, augmenté et fructifié."

    Grands Lacs: urgence

    A propos de la crise des Grand Lacs en Afrique, le pape a eu cette demande: "La communauté internationale - et j’y inclus les Organisations régionales africaines - doit non seulement porter remède à l’indifférence manifestée ces temps derniers face à des drames humanitaires dont le monde

    entier a été témoin, mais encore accroître son action politique pour éviter

    que de nouveaux développements tragiques, des dépeçages de territoires ou

    des déplacements de populations n’en viennent à créer des situations que

    personne ne serait en mesure de contrôler."

    Constatant que les espoirs de paix se sont brisés au Sri Lanka, pour lequel le pape appelle de ses voeux un cessez-le-feu, c’est par l’Europe que

    Jean-Paul II a conclu son tour d’horizon.

    Une mise en garde à l’Europe

    "Pour le moment, dans trop de régions d’Europe, on a l’impression que

    les peuples cohabitent plus qu’ils ne coopèrent", a-t-il déploré. C’est

    pourquoi les Européens doivent demeurer vigilants, car les dérives sont

    toujours possibles, comme l’a montré la crise des Balkans: la persistance

    des tensions ethniques, les nationalismes exacerbés, les intolérances de

    toute sorte constituent des menaces permanentes. Les foyers de tensions qui

    persistent dans le Caucase nous disent que la contagion de ces énergies négatives ne peut être enrayée que par l’instauration d’une véritable culture

    et d’une véritable pédagogie de la paix. (apic/imed/ba)

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